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Les civils palestiniens

Vendredi, 27 octobre 2023

Il est inacceptable de prendre pour cible des civils dans une guerre ou un conflit armé, quelle qu’en soit la justification.

Il incombe à la communauté internationale de condamner cet acte quels que soient le pays ou les victimes. Mais ce principe est entièrement absent dans les affrontements actuels de Gaza. La communauté internationale a condamné l’opération du Hamas et s’est attachée au principe de la condamnation du ciblage des civils israéliens. Mais elle n’a pas fait de même en ce qui concerne les victimes civiles qui tombent chaque jour dans la bande de Gaza, si ce n’est quelques actions timides qui exigent le respect du droit international lors des affrontements armés. Ce droit international qu’Israël viole tous les jours en ciblant des civils, y compris des personnes âgées, des enfants, des femmes et des hommes dans la bande de Gaza.

Ce n’est pas la première fois qu’Israël tire sur des civils. Il le fait tous les jours. En effet, l’Intifada de la pierre a éclaté quand le conducteur israélien d’un camion a écrasé, le 8 décembre 1987, un groupe de travailleurs palestiniens non armés dans le camp de réfugiés de Jabalia dans le nord de la bande de Gaza. A cette époque, personne en Occident n’a qualifié le conducteur israélien de terroriste comme il le fait quand il s’agit d’extrémistes islamistes.

Après cette attaque, des dizaines de milliers de Palestiniens ont manifesté dans les villes palestiniennes et ont attaqué des cibles israéliennes à l’aide de pierres et de couteaux, tandis que les forces d’occupation ont utilisé des armes à feu et des chars, faisant 1 162 morts palestiniens, dont 241 enfants, et près de 90 000 blessés, détruisant 1 228 maisons et déracinant 140 000 arbres des vergers palestiniens, alors que 160 Israéliens, pour la plupart des soldats, ont trouvé la mort. A l’époque, le gouvernement israélien avait arrêté quelques 60 000 Palestiniens de toutes les régions, y compris des Arabes de 1948. Un nombre stupéfiant, mais qui n’a pas dissuadé le peuple palestinien de défendre son droit à instaurer un Etat indépendant. Le ciblage des civils palestiniens avait donc été l’étincelle qui a déclenché l’Intifada. Mais la communauté internationale n’a adopté aucune position envers les agressions israéliennes, ce qui a incité l’Etat de l’occupation à poursuivre la même politique au cours des dernières décennies.

Les Palestiniens ont été très déçus par le parti pris américain en faveur d’Israël et par l’absence de tout progrès sur le plan politique, alors qu’Israël poursuivait ses pratiques agressives contre le peuple palestinien et que le taux de construction de colonies en Cisjordanie doublait. Ensuite, la visite contestée d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des mosquées en 2000 a déclenché l’Intifada d’Al-Aqsa, qui peut être considérée comme la première protestation contre l’échec de la voie politique. Celle-ci a fait 4 412 morts et 48 322 blessés parmi les Palestiniens et 1 069 morts et 4 500 blessés parmi les Israéliens. Cette Intifada représentait une situation hybride entre l’Intifada civile populaire et l’action armée. Elle a marqué le début du changement dans les méthodes de résistance palestinienne ayant passé de l’action civile populaire à l’action armée.

On peut dire qu’en raison de la politique israélienne menée par Sharon et poursuivie par Netanyahu, les rêves de la paix et de la solution à deux Etats se sont évaporés. Le nombre de colons en Cisjordanie a été multiplié par 7 en 20 ans alors que 40 % des terres de la Cisjordanie sont sous le contrôle d’Israël via la construction de dizaines de colonies qui ont quasiment anéanti la solution à deux Etats.

Les scènes en provenance de Gaza avec les centaines de victimes civiles sont claires. 50 familles ont été complètement anéanties et presque 3 000 civils palestiniens ont été tués, soit plus du double des victimes israéliennes. Près de 10 000 Palestiniens ont été blessés et ce, sans aucune assistance médicale. Même en Cisjordanie, l’armée israélienne a ouvert le feu contre les manifestations non armées, tuant une soixantaine de civils palestiniens sans que la communauté internationale condamne cet acte. Il est certain que le parti pris américain pour Israël l’a aidé à poursuivre sa politique de colonisation et a rendu difficile de parler d’un règlement de paix. Israël n’est pas encore arrivé au stade de revoir ses positions et de constater qu’après toutes ces confrontations, ces victimes et ces morts, il a besoin de paix et il doit en payer le prix. Il est encore gouverné par l’arrogance de la force. Ce qui a poussé l’écrivain israélien Gideon Levy à sortir de l’ordinaire. Il a écrit dans Haaretz commentant l’attaque palestinienne : « Quelques centaines de militants palestiniens ont réussi à franchir la barrière frontalière et à envahir Israël, prouvant qu’il est impossible d’emprisonner pour toujours 2 millions de personnes sans payer un lourd tribut ». Et d’ajouter : « Israël punit Gaza depuis 1948, sans s’arrêter un seul instant. 75 ans d’abus. Les menaces actuelles ne prouvent qu’une chose : nous n’avons rien appris. L’arrogance est là pour rester, même après qu’Israël a payé un lourd tribut ». L’agression israélienne contre Gaza et les tentatives de la vider de ses habitants ont rendu des voix comme Gideon Levy inefficaces face à la décision israélienne.

En plus, la division entre le Fatah et le Hamas, et entre la Cisjordanie et Gaza, a affaibli la position du négociateur palestinien et a donné à Israël un prétexte pour dire qu’il n’y a pas de partenaire palestinien. Le gel de l’Autorité palestinienne, le non-renouvellement de sa direction et le refus de la communauté internationale de traiter avec le Hamas, le considérant comme une organisation terroriste, ont provoqué une crise dans la représentation politique de la résistance armée palestinienne.

Bref, la politique de deux poids, deux mesures restera l’une des principales raisons de la poursuite du conflit israélo-palestinien. Mais il n’y a d’autre solution à la cause palestinienne que l’application des résolutions de la légitimité internationale et l’instauration d’un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale.

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