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L’Afrique de l’après-Occident

Samedi, 23 septembre 2023

Au cours de la seconde moitié du siècle passé, le discours politique en Afrique était dominé par l’idée de l’après-colonisation, annonçant une nouvelle aube.

Et ce, après des siècles d’esclavage et d’oppression durant lesquels les peuples africains ont souffert d’injustice, de sauvagerie et de l’avarie sans limites de la part des Européens qui ont usurpé et épuisé les ressources africaines. Durant cette même période, les partis de gauche se sont activés et les dirigeants socialistes sont apparus, tentant de parvenir à une formule africaine du socialisme différente de celle appliquée en Union soviétique.

Les anciennes puissances coloniales ont réussi très tôt à se débarrasser des dirigeants révolutionnaires dans le continent. Un coup d’Etat a été perpétré contre Kwame Nkrumah au Ghana, Patrice Lumumba a été assassiné au Congo, et aussi Thomas Sankara au Burkina Faso auquel on attribuait le surnom de Che Guevara de l’Afrique. Tous ceux-ci ont été remplacés par des dirigeants complices de l’ex-occupant. Ainsi, l’occupation est revenue sous un habit économique garni de symboles patriotiques et de souveraineté nationale. Les Etats africains sont devenus politiquement indépendants, possédant un drapeau et une hymne nationale, mais leurs économies et leurs richesses étaient gérées par les ministères des Affaires étrangères et les palais présidentiels des ex-colons. La chute de l’Union soviétique, qui était le principal soutien de tous ceux qui voulaient se débarrasser de la domination occidentale, a renforcé cet état de fait. Le monde s’est alors engagé dans une nouvelle phase dans laquelle le camp occidental décidait du destin de ce monde, sans aucune concurrence.

Puis c’est avec la naissance de puissances économiques émergentes au sein du groupe des BRICS, et le passage de la Russie de l’état de faiblesse et d’isolement à l’affrontement et au défi à travers la guerre en Ukraine, que le monde a commencé à s’engager graduellement dans la phase de l’après-Occident. Ce changement s’est concrétisé dans le continent africain. Pendant les dernières années, le président chinois a tenu des réunions avec tous les présidents de l’Afrique. Le résultat de ces sommets sans précédent est que la Chine est devenue économiquement présente dans tous les pays africains. Puis la Russie a suivi la Chine, et son président, Vladimir Poutine, a tenu cet été à Saint-Pétersbourg un sommet avec tous les dirigeants africains. Ce sommet a réalisé les mêmes résultats que les sommets sino-africains, voire encore plus, puisque la Russie a promis de fournir gratuitement du blé à 6 pays africains.

Il suffit de savoir que la France couvre la moitié des besoins de l’Europe en électricité grâce à l’uranium pas cher qu’elle obtient du Niger et qui permet de faire fonctionner les réacteurs nucléaires qui produisent de l’électricité à bas prix vendue plus cher aux pays européens, alors que la majorité du peuple nigérien vit sans électricité.

Les Africains n’avaient pas pensé à se révolter contre l’exploitation économique de leurs ressources parce qu’ils pensaient que si l’ex-puissance coloniale n’avait pas obtenu ces ressources au prix convenable, ils n’auraient pas trouvé d’acheteur et, par conséquent, n’auraient eu aucune valeur. Mais avec l’entrée de la Chine et de la Russie sur la scène de la concurrence économique en Afrique, surtout en ce qui concerne l’achat des matières premières, les Africains ont commencé à recouvrer leur volonté usurpée par le monopole colonial.

Puisque ce sont les armées africaines qui possèdent la force nécessaire pour réaliser les ambitions des peuples, et puisque les partis politiques sont faibles ou n’ont presque aucune présence, les armées étaient donc l’unique moyen de se débarrasser de l’état de dépendance et de corruption qui entrave le développement et cause la poursuite du sous-développement et de la pauvreté.

C’est pour cette raison que les coups d’Etat portant les soucis et les rêves des Africains, en particulier les jeunes, ont trouvé écho. Il semble que les peuples africains ne croient plus aux slogans de démocratie et de pouvoir civil comme auparavant. Nous sommes donc face à une nouvelle époque de pouvoir des militaires en Afrique, qui constitue le début de l’ère de l’après-Occident.

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