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Quelle solution au conflit soudanais ?

Vendredi, 21 juillet 2023

L’Egypte a réuni au Caire le 13 juillet les pays voisins du Soudan afin d’obtenir leur soutien à son initiative de paix, stipulant l’établissement d’un cessez le- feu durable, la création de couloirs sûrs pour l’acheminement de l’aide humanitaire et la mise en place d’un cadre de dialogue qui inclurait toutes les parties prenantes soudanaises.

Etaient présents à la réunion la Libye, le Tchad, l’Afrique centrale, le Soudan du Sud, l’Ethiopie et l’Erythrée. L’Egypte est consciente qu’aucun pays, aussi influent soit-il, ne peut résoudre seul le conflit soudanais. D’où sa volonté d’impliquer les pays voisins — qui ont le plus intérêt à faire cesser les arme — afin d’augmenter la pression sur les deux parties belligérantes, l’armée régulière sous la direction du chef du Conseil de souveraineté, Abdel-Fattah Al-Burhan, et la milice des Forces de Soutien Rapide (FSR), dirigée par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti. Ces parties sont toutefois loin d’être disposées à une cessation des hostilités, l’une et l’autre cherchant plutôt à en découdre avec son rival. Ce qui rend encore plus difficile la recherche d’une solution pacifique est l’absence à la réunion du Caire de deux pays qui ont une influence majeure sur les parties en conflit, l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis (EAU). Riyad entretient des liens étroits et de longue date avec Al-Burhan, tandis que les EAU ont beaucoup investi dans Hemedti au cours des dernières années.

Le soutien saoudien à l’armée soudanaise est motivé par plusieurs objectifs. En premier lieu, Riyad cherche à protéger ses intérêts stratégiques et économiques dans la région de la mer Rouge contre d’éventuels concurrents régionaux, tels que la Turquie, l’Iran et les EAU. Ce qui comprend la sécurisation des voies maritimes, l’accès aux ressources naturelles et le maintien de la stabilité et de la sécurité dans la région. L’accent mis par l’Arabie saoudite sur la sécurité de la mer Rouge fait partie intégrante de la Vision 2030 du prince héritier Mohamad bin Salman qui vise à diversifier l’économie du pays et à le positionner comme une plaque tournante mondiale pour le commerce, l’innovation et le tourisme. Le Royaume cherche également à protéger ses investissements importants dans divers secteurs au Soudan, notamment dans l’agriculture, l’énergie, l’eau, l’assainissement, les transports et les télécommunications. Etant donné que le Soudan a un potentiel important de croissance et de développement dans ces secteurs, l’Arabie saoudite considère que ses investissements dans ces secteurs sont essentiels pour ses intérêts économiques. Enfin, Riyad s’emploie à consolider son rôle de puissance régionale et à affirmer la position de son prince héritier en tant que leader régional.

C’est pour toutes ces raisons que l’Arabie saoudite a mené en mai, avec le soutien des Etats-Unis, une médiation aboutissant à des pourparlers directs entre les parties en conflit au Soudan. Ces pourparlers ont produit un accord de cessez-le-feu qui devait ouvrir la voie à des négociations politiques et, à terme, mettre fin au conflit. Mais la trêve n’a pas duré et les combats ont repris de plus belle. Malgré cet échec, la médiation de l’Arabie saoudite a révélé l’étendue de son influence au Soudan. Les EAU, quant à eux, ont tissé des liens étroits avec Hemedti ces dernières années, le reconnaissant comme un allié-clé qui pourrait faire avancer leurs intérêts au Soudan et dans la région. Le premier de ces intérêts est d’éradiquer les vestiges de l’ancien régime soudanais du président déchu Omar Al- Béchir, en particulier les islamistes qu’Abu- Dhabi considère comme son principal ennemi national et régional. Hemedti s’est habilement positionné avec les EAU comme le rempart contre les islamistes au Soudan et au-delà. Il n’est pas fortuit qu’il ait présenté son litige avec Al-Burhan comme une lutte contre « les islamistes radicaux qui espèrent maintenir le Soudan isolé et dans l’obscurité ».
 

Les EAU cherchent également à protéger leurs intérêts stratégiques et économiques en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique, où ils se sont déployés ces dernières années grâce à des concessions d’exploitation dans plusieurs ports. A titre d’exemple, Abu- Dhabi a conclu avec le Soudan, le 14 décembre dernier, un accord d’investissement de 6 milliards de dollars pour la construction d’un port, Abu-Amama, et d’une zone économique sur la mer Rouge. Enfin, les EAU ont investi dans le secteur agricole du Soudan pour sécuriser leurs approvisionnements alimentaires. Le 15 juin 2022, les deux pays ont signé un mémorandum d’entente pour la création d’un vaste projet agricole qui serait raccordé par une route au nouveau port sur la mer Rouge. Les EAU considèrent Hemedti comme un partenaire indispensable pour atteindre ces objectifs, lui apportant un soutien financier, politique et militaire au cours des dernières années. En plus, le chef des FSR, qui a amassé une richesse considérable grâce au commerce de l’or avec Dubaï, bénéficie d’un appui militaire apporté par le chef de l’Armée nationale libyenne, Khalifa Haftar, un allié majeur des EAU.

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