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Les BRICS et le Moyen-Orient

Vendredi, 09 juin 2023

Les ministres des Affaires étrangères des BRICS se sont réunis les 1er et 2 juin en Afrique du Sud pour discuter, entre autres, de l’adhésion de nouveaux Etats membres, en tête desquels ceux du monde arabe et du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite, l’Egypte, les Emirats Arabes Unis (EAU), l’Algérie, Bahreïn, l’Iran et la Turquie.

 Les pays des BRICS, Chine, Russie, Inde, Brésil et Afrique du Sud, soutiennent l’élargissement du groupe, car il renforce son poids sur la scène internationale et l’aide dans son objectif d’instaurer un monde multipolaire, réduisant l’hégémonie qu’exercent l’Occident et les Etats-Unis sur l’ordre mondial.

Au déclenchement de la guerre en Ukraine, la concurrence entre l’Occident et ses rivaux, notamment la Russie et la Chine, a gagné en ampleur. Dans ce contexte, les BRICS, qui se veulent une alternative crédible à l’ordre économique mondial dirigé par les Etats-Unis, ont naturellement cherché à élargir l’adhésion au groupe, avec des pays dits « noeuds » de localisation stratégique et de puissance économique. L’inclusion d’importants pays pétroliers comme l’Arabie saoudite, les EAU, l’Algérie et l’Iran — qui souhaitent rejoindre le bloc — consoliderait le contrôle des BRICS sur la production mondiale de pétrole, dont la valeur géopolitique a été mise en évidence depuis que la Russie avait envahi l’Ukraine. L’adhésion de ces économies pourrait faire basculer la puissance financière mondiale vers l’Est et créer un nouvel ordre mondial où le dollar perdrait son statut de monnaie de réserve mondiale.

Les pays arabes et moyen-orientaux, qui devraient rejoindre bientôt les BRICS, sont unis dans leur désir d’exploiter les nouvelles opportunités qu’offre leur adhésion au groupe, dans un monde de plus en plus multipolaire. L’Arabie saoudite, malgré sa grande richesse et ses relations de sécurité étroites avec les Etats-Unis, cherche à développer ses échanges avec la Chine et d’autres économies émergentes, compte tenu des exigences de son économie en pleine transformation. En effet, l’adhésion de Riyad aux BRICS soutiendrait les efforts de diversification de son économie, qui l’ont beaucoup rapproché de Moscou et de Pékin ces dernières années. La Chine est le plus important client pétrolier du Royaume, alors que la coordination avec la Russie via l’OPEP+ est cruciale pour soutenir les prix du brut. Aussi bien pour l’Arabie saoudite que pour les EAU, rejoindre un bloc économique aussi important que les BRICS, qui pèse 31,5 % du PIB mondial, est logique dans la mesure où ils cherchent à élargir leurs liens commerciaux et à se développer en tant que plaques tournantes mondiales de transit.

Avec l’isolement économique de la Russie en raison des sanctions occidentales, les Etats arabes et du Moyen-Orient se sont vu rappeler les lourdes conséquences lorsque des Etats tombent sous le coup de Washington, et l’attrait d’une alternative crédible à l’économie mondiale dirigée par les Etats-Unis — et en particulier à la domination du dollar — que les BRICS cherchent à développer. Les sanctions occidentales ont étouffé de nombreux régimes dans l’histoire contemporaine, comme ceux d’Iraq, de Syrie, d’Iran, de Libye et du Soudan. L’établissement d’un nouveau système économique, loin de la domination de l’Occident, offrirait aux régimes de la région une plus grande marge de manoeuvre stratégique avec moins de conséquences. Il n’est donc pas étonnant de constater que l’engouement des pays de la région pour les BRICS, fondés en 2009, est intervenu après que le bloc a décidé, à la suite du conflit ukrainien, d’échanger dans leurs monnaies nationales, loin du billet vert. Ces pays sont prêts à abandonner ce dernier dans leurs règlements commerciaux internationaux et à pousser en faveur d’une monnaie de référence alternative que souhaitent les BRICS.

Mais les intérêts économiques ne sont qu’une dimension de l’attrait ; les considérations stratégiques de la géopolitique jouent également un rôle décisif. La coopération avec la Chine et d’autres membres des BRICS représente un antidote bienvenu pour les pays arabes et moyen-orientaux à leurs relations difficiles avec l’Occident. A titre d’exemple, il n’était pas fortuit que la nouvelle de l’intérêt de Riyad pour une adhésion aux BRICS soit annoncée en juin 2022, juste avant la visite du président Joe Biden au Royaume en juillet. La double logique économique et géopolitique est également partagée par l’Egypte. Bien que l’Occident puisse considérer l’adhésion du Caire aux BRICS comme une preuve de réalignement stratégique, il est plus plausible d’y voir la continuation d’une quête naturelle de politique étrangère plus équilibrée, synonyme d’une liberté d’action extérieure plus large.

Le désir de s’engager davantage avec des groupes comme les BRICS n’équivaut toutefois pas à un rejet de l’Occident, mais représente le désir de jeter stratégiquement des ponts avec les deux pôles de la fracture géopolitique mondiale. Ce faisant, les Etats arabes et du Moyen-Orient cherchent à maximiser les avantages de la concurrence géopolitique mondiale, à minimiser ses conséquences et à échapper à ses contraintes.

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