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L’Europe et l’équilibre entre l’Amérique et la Chine

Dimanche, 30 avril 2023

Les idéologies ne régissent plus les relations internationales comme ce fut le cas à l’heure de la guerre froide.

Aujourd’hui, l’économie et les intérêts sont devenus le fil conducteur des relations entre les Etats. C’est dans ce contexte et dans la quête d’un équilibre entre les Etats-Unis et Pékin que sont intervenues les récentes visites de responsables européens en Chine, dont le président français, Emmanuel Macron, et la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen. Macron a déclaré à l’occasion qu’il était erroné que l’Europe suive la politique américaine en ce qui concerne la question de Taïwan. Ceci indique la volonté européenne d’adopter une politique étrangère indépendante des Etats-Unis vis-à-vis d’alliés stratégiques comme la Russie et la Chine. Cette tendance est essentiellement menée par la France, qui estime que l’identification avec les positions et les politiques américaines à l’égard de la Russie et de la Chine a nui aux intérêts européens. L’Europe a suivi Washington dans sa politique de sanctions et de pression maximale contre la Russie, suite à son intervention militaire en Ukraine. Et ce, afin de protéger ce qu’elle considère comme sa sécurité nationale et à cause de l’insistance des Etats-Unis à faire adhérer l’Ukraine à l’Otan et à déployer des missiles avancés en Europe de l’Est près des frontières avec la Russie.

Bien que Paris ait fait de son mieux pour éviter la guerre russo-ukrainienne, elle a échoué parce que Washington n’a pas donné à Moscou des garanties pour sa sécurité nationale. Ainsi, le vieux continent a payé cher cette guerre : il est considéré comme le plus grand perdant à cause des sanctions occidentales contre la Russie dans les secteurs du pétrole et du gaz et de la hausse sans précédent de l’inflation et des prix des denrées alimentaires, ainsi que l’aggravation des crises économiques. Raison pour laquelle l’Europe, surtout la France, ne veut pas répéter l’expérience de l’Ukraine à Taïwan, ce qui aggraverait les crises économiques en Europe. C’est ainsi que Macron et certains dirigeants européens ont adopté le principe du non-alignement et de l’indépendance vis-à-vis de la politique chinoise de Washington, comme le soutien militaire à Taïwan, les visites de responsables américains à l’île, la présence militaire intensive dans le détroit de Taïwan et la mer de Chine méridionale, ce qui constitue une provocation pour la Chine. Cette présence peut pousser la Chine à intervenir militairement dans l’île.

L’Europe ne considère pas la Chine comme un ennemi ou un adversaire stratégique, comme l’estime Washington. L’Europe n’est donc pas obligée de suivre la même politique américaine, mais elle doit chercher ses propres intérêts. On peut dire que la ruée européenne vers la Chine et le renforcement du partenariat économique avec elle ne représentent pas de rébellion contre l’Amérique, mais plutôt une tentative d’équilibrer les relations entre les deux parties. D’autant plus que l’Europe a d’énormes intérêts économiques et politiques avec les Etats-Unis et la Chine. Le volume des échanges commerciaux entre l’Europe et la Chine a atteint 912 milliards de dollars, contre 807 milliards de dollars pour le volume des échanges commerciaux euro-américains. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Europe. Par conséquent, il est difficile pour l’Europe de sacrifier ses relations commerciales avec elle, en particulier la France, le premier partenaire commercial de la Chine en Europe, avec des échanges commerciaux de 81 milliards de dollars. La France est également le premier pays européen à établir un mécanisme de coopération entre les entreprises françaises et chinoises dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route ». A la lumière des crises économiques auxquelles sont confrontés la France et les pays européens, le renforcement des liens économiques avec la Chine représente une solution pour sortir de ces crises causées par la pandémie de Covid-19 et la guerre russo-ukrainienne.

Cette orientation européenne vers la Chine reflète les efforts de l’Europe pour hiérarchiser ses relations et les placer dans le contexte du nouvel ordre international multipolaire qui se dessine. L’Europe, notamment la France, convient avec la Chine et la Russie que l’ordre international multipolaire est plus stable et équilibré que le système unipolaire dirigé par les Etats-Unis qui a bouleversé les relations internationales au cours des trois dernières décennies. Mais le problème majeur de l’Europe est sa division, car il n’y a pas de stratégie européenne commune sur la nature des relations à suivre avec la Chine, ainsi que sur la position envers la question de Taïwan. Au moment où la France adopte une politique de neutralité positive envers Taïwan et d’équilibre dans ses relations avec la Chine, d’autres pays européens, en particulier la Grande-Bretagne, adoptent des positions intransigeantes à l’égard de la Chine, conformes aux positions américaines. Ceci s’est manifesté dans l’alliance militaire « AUKUS » dirigée contre la Chine, qui comprend les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie. Aussi, les Pays-Bas ont interdit l’exportation des semi-conducteurs vers la Chine à la suite de l’interdiction américaine. De même, l’Allemagne adopte une position dure à l’égard de la Chine et de Taïwan, qui rejette toute solution unilatérale sur l’île. Il est également difficile pour l’Europe de se débarrasser du parapluie sécuritaire américain, en particulier de l’Otan, dont le rôle a été considérablement renforcé après la crise ukrainienne. Ceci se conjugue avec les efforts hésitants pour former une armée européenne unifiée. Le plus grand défi auquel sont confrontés la France et les pays européens est de trouver un point d’équilibre dans leurs relations avec la Chine et les Etats-Unis sans entrer en conflit avec ces derniers. Un exercice difficile, étant donné le fort enchevêtrement d’intérêts entre l’Europe et les Etats-Unis.

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