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Après l’échec de Washington, Pékin réussira-t-il ?

Mercredi, 05 avril 2023

Un pur hasard a voulu que la signature de l’accord saoudo-iranien sous les auspices chinois coïncide avec le 20e anniversaire de l’invasion de l’Iraq par les Etats-Unis.

Cette guerre absurde par excellence, qui a grandement affecté la présence américaine dans la région et cédé la place à la Chine et la Russie. Depuis la fin de la Guerre froide en 1990, les Etats-Unis ont été incapables d’instaurer la sécurité et le développement au Moyen-Orient. L’invasion de l’Iraq était un indice flagrant de cet échec américain. Elle a plongé le pays dans une spirale de chaos politique et sécuritaire dont il ne s’est pas encore remis. De plus, le monde entier a découvert que le prétexte de la guerre, les prétendues « armes de destruction massive » que possèderait l’Iraq, n’avait aucun fondement et que l’invasion n’a apporté aucune démocratie en Iraq comme le prétendait Washington. Lorsque Larry Diamond, professeur de sciences politiques à l’Université de Stanford, sélectionné par l’Administration Bush pour répandre la démocratie en Iraq, a écrit son premier livre, The Squandered Victory in Iraq, il était clair que l’autocritique violente de la décision d’entrer en guerre en Iraq allait influencer la mentalité de la jeune génération dans les institutions décisionnelles américaines, comme Jonathan Finer, qui était journaliste pour le Washington Post lorsqu’il s’est rendu à Bagdad pour couvrir la guerre avec les forces américaines. Puis, après l’expérience acquise, il a décidé de travailler dans le gouvernement et il est maintenant conseiller adjoint à la sécurité nationale dans l’Administration du président Biden. Dans un commentaire, il a critiqué la décision de la guerre en disant que « le décideur doit réaliser que la vie de vraies personnes vivant à des kilomètres de distance sera affectée par les décisions qu’il prend ». Colin Kahl, actuel sous-secrétaire à la Défense pour la politique, qui pendant la guerre en Iraq était un académicien, puis a décidé de rejoindre le gouvernement, a révélé que les Etats-Unis n’avaient pas réussi à se préparer à la concurrence avec la Chine, malgré leurs investissements dans le Grand Moyen-Orient.

Les indices de l’échec américain au Moyen- Orient sont clairs, au moins au cours de la dernière décennie : des conflits armés par procuration dans plusieurs points chauds, des guerres civiles en Syrie, en Libye et en Iraq, du terrorisme endémique, une contestation de l’Etat, un soutien à l’islam politique qui a conduit au chaos avec lequel les expériences démocratiques émergentes ont rechuté, une incapacité d’instaurer une paix arabo-israélienne et l’avortement de la solution de deux Etats qui a donné le feu vert au gouvernement israélien pour l’expansion des colonies. En plus, les accords d’Abraham conclus entre certains pays arabes et Israël n’ont pas réussi à instaurer la paix dans la région.

Sous l’Administration de Joe Biden, les Etats- Unis ont commencé leur retrait du Moyen-Orient en faveur d’autres régions telles que les océans Indien et Pacifique, alors que l’intérêt de Washington s’est limité au dossier nucléaire iranien. Tout cela a créé un vide stratégique, ainsi qu’un ressentiment des pays du Golfe envers les Etats-Unis. Biden a inauguré sa campagne électorale par une attaque contre l’Arabie saoudite. Puis, sous le poids des répercussions de la guerre en Ukraine, il s’est rendu à Djeddah en juillet 2022, à la recherche d’une augmentation de la production du pétrole et de la formation d’une alliance Golfe-Israël face à l’Iran. Ce qu’il n’a pas pu réaliser.

L’initiative de la Chine de réaliser un rapprochement entre l’Arabie saoudite et l’Iran a coïncidé avec une volonté des deux parties. Il s’agit d’une première initiative de cette ampleur entreprise par une superpuissance autre que les Etats-Unis au Moyen-Orient. Une initiative qui établit des ponts entre l’Iran, qui veut alléger la pression internationale sur lui et sortir de son isolement régional et de ses défis internes, et l’Arabie saoudite, qui cherche à mettre fin à la guerre au Yémen, à instaurer le calme dans la région et à jouer un rôle mondial en tant que puissance financière et pays industriel. Quant à la Chine, elle a abandonné sa prudence habituelle de ne pas s’engager dans des conflits internationaux en dehors de son cercle géographique et a commencé à jouer un rôle dans la réalisation de la stabilité au Moyen-Orient, puis à l’échelle mondiale, dans le contexte de son initiative de sécurité mondiale. Cependant, une question s’impose : si Washington a échoué à exécuter un plan de sécurité stratégique clair au Moyen-Orient, Pékin y réussira-t-il sur la base de l’accord entre Riyad et Téhéran et de ses étroites relations avec la Russie ?

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