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Le nouveau virage du conflit israélo-palestinien

Dimanche, 12 février 2023

Le secrétaire d’état américain, Antony Blinken, a terminé, le 31 janvier, sa tournée en Israël et en Cisjordanie occupée sans tenter de réduire la tension entre Israéliens et Palestiniens, se contentant de souligner que c’est « fondamentalement à eux » de mettre fin à la violence après plusieurs jours d’effusion de sang. Se bornant à appeler à une « désescalade », il n’a proposé aucune nouvelle initiative américaine.

 La tournée, qui comprenait l’Egypte, était prévue de longue date mais est arrivée à un moment critique, qui témoignait d’une série d’attaques meurtrières dans les Territoires palestiniens, menaçant d’une crise plus large.

Cette flambée de violence a éclaté à la suite d’une attaque militaire israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine, le 27 janvier, faisant 10 morts, pour la plupart des hommes armés, mais aussi 2 civils, dont une femme de 61 ans. Le lendemain de ce raid, le plus meurtrier en Cisjordanie depuis des années, un homme armé palestinien a tué 7 Israéliens devant une synagogue à Jérusalem-Est, le plus lourd bilan israélien de mémoire récente. Dans le seul mois de janvier, plus de 35 Palestiniens et 7 Israéliens ont été tués, à la suite d’une année de violence impliquant des perquisitions et des arrestations militaires israéliennes et des représailles de militants palestiniens. En effet, la vague de violence actuelle remonte au printemps dernier, lorsque l’armée israélienne a lancé en Cisjordanie l’opération « Breakwater » — l’une des plus vastes en dehors du temps de guerre — après une recrudescence des attaques palestiniennes au couteau et à l’arme à feu. Cette campagne, composée de raids nocturnes presque quotidiens, se concentrait principalement sur les groupes armés palestiniens à Jénine et Naplouse. Elle a jusqu’à présent provoqué le nombre de morts le plus élevé depuis la fin de la deuxième Intifada en 2005, avec 190 Palestiniens tués en 2022, selon les Nations-Unies.

L’effusion de sang a connu une tournure plus dramatique au cours des premières semaines du nouveau gouvernement israélien, investi en décembre. Celui-ci, le plus extrémiste de l’histoire d’Israël, est déterminé à intensifier la dépossession des Palestiniens, à accélérer la construction de colonies et à légaliser des dizaines de petits avant-postes de peuplement juif au coeur de la Cisjordanie, anéantissant davantage toute perspective de paix négociée et d’établissement d’un Etat palestinien indépendant.

La réponse du nouveau gouvernement à la recrudescence de la violence a été notamment de punir les familles de ceux qui commettent des attaques, en ordonnant la démolition de leurs maisons, une pratique condamnée comme une punition collective. Cette politique est appliquée par les gouvernements israéliens successifs. Selon le Bureau central palestinien des statistiques, 1 058 bâtiments, dont 353 maisons, ont été détruits par Israël en Cisjordanie et à Jérusalem-Est en 2022, dont la plus grande proportion (29 %) se trouvait dans le gouvernorat de Jérusalem. Le nouveau gouvernement envisage également d’annuler les droits aux prestations de sécurité sociale des proches des assaillants. Ces mesures punitives des Palestiniens sont conformes aux positions des partenaires politiques d’extrême droite du premier ministre, Benyamin Netanyahu, dont le soutien lui a permis de revenir au pouvoir.

La montée de la violence dans les Territoires palestiniens est intrinsèquement liée à l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix depuis des années. Toutes les tentatives pacifiques de l’Autorité palestinienne de mettre fin à l’occupation israélienne ont échoué. Résultat : de plus en plus de jeunes dans les territoires occupés pensent que la résistance armée est leur seul chemin viable vers la liberté. Des sondages récemment publiés montrent que le soutien des Palestiniens au processus de paix moribond a atteint son plus bas niveau historique. Les jeunes Palestiniens ont grandi sans rien savoir d’autre que le régime de répression d’Israël qui contrôle leurs conditions de vie et leurs déplacements quotidiens. Souvent, leurs seules interactions avec les Israéliens sont avec des colons hostiles ou des soldats chargés de l’occupation, qui font souvent des descentes dans les maisons et emprisonnent les gens pendant des mois sans inculpation.

L’échec de l’approche de la non-violence et des négociations diplomatiques avec Israël, poursuivie depuis de longues années par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lui a fait perdre le soutien de la plupart des Palestiniens, selon les sondages. Même constat pour les forces de sécurité palestiniennes, formées par des instructeurs américains et internationaux pour patrouiller en Cisjordanie et coordonner avec les autorités israéliennes, afin d’empêcher les attaques contre les Israéliens. Elles ont perdu de leur légitimité parmi une bonne partie des Palestiniens qui les voient comme obéissant aux ordres d’Israël, maintenant l’occupation militaire plutôt que de lui résister.

Après presque 56 ans d’occupation militaire, Israël continue d’approfondir son emprise sur les Territoires palestiniens, étouffant tout espoir d’une solution à deux Etats, soutenue par la communauté internationale. Alors que les puissances mondiales sont actuellement distraites par la guerre en Ukraine, toute pression extérieure pour empêcher un possible glissement vers un conflit plus large en Cisjordanie semble exclue. Le nouveau gouvernement israélien — qui rejette ouvertement l’établissement d’un Etat palestinien — en profite pour mettre en place sa solution, celle de non-Etat. Il cherche ainsi à pérenniser un statu quo dans lequel les Palestiniens continuent de ployer sous le joug de l’occupation et de la colonisation. Mais la violence tragique de ces derniers jours montre que ce n’est plus une solution.

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