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Hauts risques de conflit

Vendredi, 13 janvier 2023

Le retour de Benyamin Netanyahu en tête d’un gouvernement d’extrême droite en Israël constitue un nouveau tournant plus dangereux que ceux qui l’ont précédé.

Netanyahu a fait une déclaration selon laquelle il est prioritaire pour lui d’asséner une frappe militaire à Téhéran en vue de lui interdire de fabriquer l’arme nucléaire. Le danger qui se profile à l’horizon tient à plusieurs raisons. La première est l’échec des manifestations en Iran à renverser le régime, sur lesquelles les Etats-Unis, Israël et leurs alliés pariaient pour éliminer la «  menace iranienne ». Malgré le soutien fort et diversifié à ces protestations, le régime iranien a tenu bon. Du coup, l’option d’une frappe militaire est devenue l’espoir le plus proche pour Washington et Tel-Aviv afin d’empêcher l’Iran de produire une bombe nucléaire. Ceci intervient au moment où Téhéran a augmenté le niveau d’enrichissement d’uranium, doublé son stock d’uranium hautement enrichi et empêché l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) d’inspecter périodiquement des installations nucléaires pour vérifier le caractère pacifique de son programme.

La composition du gouvernement actuel de Netanyahu est le plus extrémiste de l’histoire d’Israël, surtout avec le nombre de portefeuilles assignés aux partis religieux et leur participation aux décisions militaires et sécuritaires. Le gouvernement a accusé l’Iran de soutenir les opérations palestiniennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza qui ont pris de l’ampleur l’année dernière, au point de devenir une menace pour Tel-Aviv.

Malgré le coup de froid entre Netanyahu et le président américain, Joe Biden, ils sont d’accord sur la nécessité de confronter l’Iran. Les Etats-Unis l’accusent de fournir des drones à la Russie, de participer à des attaques contre les infrastructures ukrainiennes et de causer de grandes destructions, bien que l’Iran et la Russie aient nié ces accusations et exigé que les Etats-Unis fournissent des preuves. L’autre raison supplémentaire et la plus importante est que l’endiguement de la Russie par les Etats-Unis et leurs alliés ne peut être réalisé qu’en se débarrassant du rôle iranien, qui constitue une protection du flanc mou de la Russie, dans le sud du pays, et qui entrave une pénétration américaine dans les pays du Caucase, riches en gaz et en pétrole, ce qui pourrait relancer le gazoduc Nabucco qui avait été instauré en 2009. Ce dernier a été conçu pour approvisionner l’Europe en gaz de la mer Caspienne via l’Azerbaïdjan. Mais la Russie a contrecarré le projet en faisant pression sur les pays participants et en achetant une partie de leurs parts. Mais l’importance de rendre le gazoduc opérationnel a pris de l’ampleur après l’arrêt des flux de gaz russe vers l’Europe à la suite de la guerre ukrainienne, qui a produit des taux d’inflation dangereusement élevés. Les Etats-Unis, quant à eux, craignent un retournement de la position de l’Europe s’ils persistent dans leur soutien à l’Ukraine.

L’Iran estime, de son côté, que le risque d’une frappe israélo-américaine augmente, raison pour laquelle il affiche une volonté de reprendre les négociations sur l’accord nucléaire, mais sans faire de concessions. Il menace de faire usage de ses missiles et de ses capacités militaires qui pourraient mettre le feu dans toute la région, du Yémen au nord de la Syrie en passant par Israël et les pays du Golfe, dont certains ont été accusés par Téhéran d’être impliqués dans les manifestations. L’Iran n’a pas seulement fait allusion à l’usage de la force, mais est allé jusqu’à frapper des zones au Kurdistan iraqien.

Il y a une raison tout aussi importante: la Russie a commencé la bataille hivernale en Ukraine. Du coup, le président ukrainien a décrit les batailles dans le Donbass comme douloureuses et difficiles, à l’heure où les dirigeants militaires russes disent qu’ils font des progrès continus, bien que lents. Les Etats-Unis essaient de remonter le moral en Ukraine pour empêcher un éventuel effondrement si les frappes russes s’intensifient, mais la capacité de l’Ukraine à tenir ne peut être certaine en aucun cas.

Les risques de conflit armé ne se limitent pas à l’Iran et au Moyen-Orient, mais s’étendent à l’Asie de l’Est, où les manoeuvres militaires conjointes entre les Etats-Unis et la Corée du Sud risquent de mettre le feu aux poudres face aux provocations de la Corée du Nord. Surtout après que Séoul eut menacé de répondre directement à la violation de son espace aérien par Pyongyang. Ce qui est certain, c’est que le monde n’a jamais été confronté à des choix aussi destructeurs auparavant.

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