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Le dilemme de l’indépendance européenne

Mercredi, 14 décembre 2022

Après de nombreuses rencontres avec les élites des décideurs politiques américains, le président français, Emmanuel Macron, a déclaré que ses négociations avec Biden ont tout fixé. La déclaration reflète un grand optimisme vis-à-vis des relations franco-américaines d’une part et celles des Etats-Unis avec le vieux continent de l’autre. Macron a parlé au nom de l’Europe et a refusé toutes les prises de position américaines qui menacent les industries européennes et la liberté du commerce intereuropéen. Ainsi, l’Europe devient une arène de compétition sino-américaine, sans que les Européens ne disposent de la force de contenir cette compétition économiquement, commercialement et industriellement, qui est appelée à gagner en intensité dans les mois ou années à venir.

En réalité, il est difficile d’imaginer que tout a été fixé comme l’avance Macron suite à une simple visite présidentielle et un nombre de rencontres de haut niveau. D’autant que les causes qui ont empoisonné les relations sont nombreuses et touchent au coeur les aspects politique, économique et sécuritaire des deux parties et qui persistent jusqu’à aujourd’hui. Le sentiment qui prévaut dans un nombre d’Etats européens est que la coalition solide refusant l’opération militaire russe en Ukraine s’est fissurée à cause des positions américaines qui ont entraîné l’Europe dans des soutiens économiques et militaires exagérés à l’Ukraine aux dépens de ses besoins nationaux. Ce qui a frappé dans le coeur ses économies. Et ce, à l’heure où ces positions ont été bénéfiques pour l’oncle Sam. D’ailleurs, le président français, Macron, a lui-même déclaré cela publiquement plus d’une fois dans les trois derniers mois, lorsqu’il a critiqué ouvertement la politique de la Maison Blanche de vente du gaz américain à l’Europe au lieu du gaz russe à un prix 4 fois supérieur au prix dominant.

Mettre fin à la guerre est pour l’Europe une option idéale, mais nécessaire. Alors que Washington tient à la poursuite de la guerre malgré la dévastation et le coût humain énorme que l’Ukraine endure. Le président américain, Biden, de sa part, était clair et décidé à écarter l’option des négociations pour mettre fin à la guerre. La condition de retrait des forces russes des territoires ukrainiens, qu’il a posée pour parler avec Poutine, veut dire rejeter catégoriquement le principe du règlement pacifique. En contrepartie, l’Europe paraît, tel qu’exprimé par Macron, ne pas écarter le principe des négociations et continue de parler avec Poutine et prendre en compte certaines angoisses sécuritaires russes, y compris l’annexion par la Russie de régions limitées, sans toutefois renoncer à ce qu’il est convenu d’appeler la nouvelle Ukraine. L’Europe paye cher le prix de la guerre en Ukraine et l’insistance des Etats-Unis à écarter un règlement négocié. Ce qui veut dire que la guerre persistera pour devenir un mécanisme d’humiliation du président Poutine et de limitation du poids mondial de la Russie qui aspire à restructurer l’ordre mondial dans un sens multipolaire. En même temps, Washington cherche par la poursuite de la guerre à freiner l’ascension économique et technologique de la Chine en contenant son ambition de transformer l’ordre international en monde multipolaire semblable à celui prôné par le président Poutine. L’Europe se trouve dans une position de choisir entre deux alternatives amères. Elle a la capacité d’imposer des négociations pour mettre un terme à la guerre diplomatiquement. Cette politique est basée sur des principes protectionnistes qui affectent négativement les industries européennes et limitent leur capacité de compétition et réduit l’attraction de l’investissement en Europe en comparaison aux Etats-Unis.

L’Europe, qui continue de souffrir des résultats de fermeture pendant la pandémie du Covid-19 et qui assume des fardeaux sécuritaires et stratégiques sans précédent à cause de la guerre en Ukraine, se trouve dans une impasse d’absence de choix stratégiques indépendants et n’a que se résigner à la politique américaine. Maintenant, des voix en colère s’élèvent au niveau populaire et officiel dans un nombre d’Etats européens industriels, comme l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, contre la loi américaine de lutte contre l’inflation. Et ce, à cause du soutien qu’elle apporte à certaines industries que Washington veut localiser. Les plus éminentes sont celles de production des puces électroniques, des systèmes d’intelligence artificielle et des batteries des voitures électriques. Par contre, ces industries ne sont pas soutenues par les budgets européens, ce qui affecte le principe de compétition et porte atteinte aux industries européennes et au commerce entre les deux rives de l’océan Atlantique. Cette loi a fait l’objet d’une discussion profonde, conformément aux sources françaises, lors des rencontres de Macron à Washington. L’amendement de la loi américaine, qui était au départ conçu pour tenir la compétition avec la Chine, est difficilement concevable, pour la simple raison qu’il signifie le recul du soutien apporté aux industries américaines face à ses homologues chinoises. Une chose qui n’est pas envisageable par les Etats-Unis dans un avenir prévisible.

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