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Qu’attendre du prochain gouvernement israélien ?

Mercredi, 09 novembre 2022

Benyamin netanyahu est de retour aux affaires en Israël après son éviction en juin 2021 pour cause de corruption. Son parti le Likoud devrait former avec des formations ultra-orthodoxes et d’extrême droite un gouvernement de coalition soutenu par une majorité parlementaire de 64 sièges sur les 120 que compte la Knesset. Le grand gagnant des législatives du 1er novembre est cependant le « Parti religieux sioniste » qui a plus que doublé sa représentation au parlement de 6 à 14 sièges. Ce qui le place pour la première fois à la troisième place après le Likoud (extrême droite) et le Shas (ultrareligieux).

Ce parti d’extrême droite, dirigé par Bezalel Smotrich, a été propulsé à sa position actuelle grâce à Ben-Gvir, chef de la faction du « Pouvoir juif ». Les politiques préconisées par ces deux dirigeants comprennent l’opposition à toute concession territoriale aux Palestiniens, l’accélération de la construction de colonies, l’annexion pure et simple de la Cisjordanie occupée et le refus de la solution des deux Etats. Les dirigeants du parti profèrent régulièrement des menaces contre les Arabes et les Israéliens de gauche. Smotrich, qui dirigeait la liste du parti aux élections, est le cofondateur d’une organisation qui poursuit en justice les constructions palestiniennes dans les zones contrôlées par Israël en Cisjordanie occupée. Il s’oppose avec virulence à la coexistence judéo-palestinienne. De son côté, Ben-Gvir, le député charismatique du parti soutenu par un électorat jeune, est un ancien disciple du rabbin terroriste d’extrême droite Meir Kahane. Il a construit une carrière juridique en défendant les extrémistes juifs et a appelé dans le passé à la déportation des citoyens palestiniens d’Israël, qui représentent 20 % de la population. Smotrich et Ben-Gvir sont tous deux des défenseurs de la politisation de la justice israélienne et de l’octroi au parlement du pouvoir de passer outre les décisions de justice qu’ils n’aiment pas, ce qui profiterait à Netanyahu, qui voit son retour au pouvoir comme le meilleur moyen d’annuler son procès pour corruption.

Les électeurs du parti se trouvent principalement parmi les colons les plus extrémistes vivant illégalement en Cisjordanie. Ils se démarquent par leurs actions violentes contre la population palestinienne : ils attaquent les enfants sur le chemin de l’école, s’approprient des terres, brûlent des oliviers et volent des moutons. Leur but est de pousser les Palestiniens à quitter leurs terres en leur rendant la vie insupportable.

Les résultats des législatives confirment l’évolution globale de la politique israélienne vers la droite et l’extrême droite depuis plusieurs décennies, mais le succès sans précédent du « Parti religieux sioniste » marque un nouveau tournant dangereux. Privé des partenaires de coalition après avoir rompu ses promesses dans le passé, Netanyahu a organisé en février 2021 une fusion sous le nom du « Parti religieux sioniste » entre trois partis marginaux d’extrême droite, Tkuma, Noam et Otzma Yehudit, introduisant pour la première fois les sionistes religieux dans le courant politique dominant. A court terme, la démarche a porté ses fruits puisque ces alliés extrémistes ont plus que doublé leur nombre de sièges à la Knesset. Mais sur les moyen et long termes, la prochaine coalition gouvernementale enflammerait la situation dans les Territoires palestiniens occupés. La rhétorique incendiaire des nouveaux alliés de Netanyahu a encouragé les plus extrémistes des colons à multiplier leurs agressions contre la population palestinienne. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies a récemment signalé que la violence des colons contre les Palestiniens est à son plus haut niveau depuis 2005. Ces actes ont créé un cercle vicieux de violence et de contre-violence dont le bilan provisoire en 2022 est de plus de 100 Palestiniens tués en Cisjordanie par l’armée israélienne. La violence a également éclaté dans la bande de Gaza en août. Au moins 49 personnes, dont 17 enfants, ont été tuées en 56 heures de combats qui ont commencé par ce qu’Israël a décrit comme des frappes aériennes préventives contre le groupe du Djihad islamique, qui a tiré des roquettes sur Israël en réaction aux agressions contre les Palestiniens.

Il faut s’attendre à ce que la prochaine coalition gouvernementale renforce l’attitude hostile envers le peuple palestinien et rende les mesures d’occupation plus extrêmes, au risque de conduire à une nouvelle escalade du conflit. Dans un tel contexte, le retour à des pourparlers de paix entre Palestiniens et Israéliens relève de la fantaisie. Netanyahu s’accorde avec ses nouveaux alliés extrémistes sur le refus de l’établissement d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, mais ne partage pas plusieurs de leurs autres convictions. Mais même si le chef du Likoud peut tempérer certaines de leurs idées les plus extrêmes, les sionistes religieux ne manqueront pas d’entraîner la politique déjà belliciste de Netanyahu plus à droite. Pour les Palestiniens, plus de sept décennies d’oppression et de meurtres, de vol et de colonisation de leurs terres ont montré que, de gauche comme de droite, les gouvernements israéliens successifs ne font presque pas de différence pour leur avenir. Le régime israélien est fondamentalement basé sur leur oppression.

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