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L’actuel gouvernement israélien est-t-il différent du précédent ?

Jeudi, 20 janvier 2022

J’ai été attiré par un article inhabituel publié dans le Washington Post, connu pour ses tendances sionistes et anti-arabes, sur les politiques de l’actuel gouvernement israélien qui s’affiche comme étant différent de celui de Benyamin Netanyahu. L’article essaye de prouver le contraire, et accuse le chef du gouvernement israélien, Naftali Bennett, d’adopter la même politique mais avec beaucoup de précautions. L’actuel ministre israélien des Affaires étrangères, Yaïr Lapid, avait déclaré en juillet vouloir rectifier ce que l’insolence de Netanyahu avait gâché avec les pays européens. L’auteur de l’article, Mairav Zonszein, écrit : « Nous n’allons pas taxer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec nous d’antisémites ou d’hostiles à Israël. C’est une manière incorrecte de gérer les relations internationales ». Comme l’explique Mairav Zonszein, lorsqu’une compagnie a annoncé qu’elle n’allait pas vendre ses produits dans les colonies israéliennes illégitimes qui se trouvent dans les territoires palestiniens occupés, le ministre a répliqué en affirmant que cette décision était antisémite et anti-israélienne. En même temps, le gouvernement de Bennett poursuit la politique de colonisation de la même manière que Netanyahu, misant sur l’expulsion des Palestiniens de leurs terres et la destruction de leurs demeures.

Sur un autre plan, la ministre israélienne de l’Education a suspendu le décernement d’un prix israélien au professeur de mathématiques, Oded Goldreich, pour avoir décidé de boycotter l’université israélienne d’Ariel, qui se trouve à l’intérieur d’une colonie israélienne de la Cisjordanie occupée. L’adjoint au ministre des Affaires étrangères a également annoncé avoir annulé une rencontre prévue avec des responsables belges après que Bruxelles avait annoncé son intention de mettre un label sur les produits israéliens pour les identifier. Et ceci non pas à des fins de boycott, mais par transparence vis-à-vis du consommateur. Le ministère des Affaires étrangères israélien s’est, à son tour, empressé de publier un communiqué dans lequel il qualifie la décision belge « d’hostile à Israël » et « ignorant sa politique qui consiste à promouvoir la vie des Palestiniens et à améliorer les relations d’Israël avec les pays européens ».

En réalité, le gouvernement israélien considère les colonies dans les territoires palestiniens occupés comme faisant partie intégrante d’Israël. Le gouvernement de Netanyahu avait suspendu l’annexion officielle de la Cisjordanie occupée à Israël, et voilà que le gouvernement Bennett considère ces colonies comme étant annexées de facto. En plus, il considère le boycott comme un acte « nuisible » à l’Etat d’Israël. Ce gouvernement est donc encore pire que le précédent. Alors que le gouvernement Netanyahu était au moins clair dans sa politique, que nous soyons d’accord ou non, l’actuel gouvernement fait du marchandage et dissimule ses vraies intentions. Il se cache derrière le masque d’une fausse modération et prétend vouloir trouver un règlement avec les Palestiniens mais refuse d’approcher la table des négociations. Tout ceci au moment où la situation se détériore dans les territoires occupés. Il y a quelques jours, des groupes de colons extrémistes ont envahi la mosquée d’Al-Aqsa sous la protection des forces de sécurité. La vie des Palestiniens devient de plus en plus difficile aux mains d’un gouvernement raciste qui n’accepte pas l’autre, qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Les Palestiniens sont exposés à des persécutions systématiques pour restreindre leur présence et judaïser la terre sainte qui a été tout au long de l’Histoire le berceau de multiples religions. Récemment, les dirigeants chrétiens de Jérusalem ont mis en garde contre l’expulsion de leurs communautés hors des territoires occupés. Dans un article publié dans le Daily Telegraph britannique, le père Francesco Patton, gardien des lieux saints auprès de l’Eglise catholique, affirme que la présence des chrétiens à Jérusalem est incertaine et que leur avenir est en danger. Il explique que la vie des chrétiens est devenue insupportable à cause des groupes israéliens extrémistes qui veulent évacuer la vieille ville de Jérusalem et effacer toute trace chrétienne. Dans ce contexte, certains églises et lieux saints ont été détruits. Des crimes impunis sont commis contre les prêtres et les fidèles chrétiens régulièrement et sans réprimande. Dans son article, Patton dit que les chrétiens représentaient 20 % des habitants de Jérusalem et qu’aujourd’hui ils ne représentent plus que 2 %. Les patriarches des églises chrétiennes de la Ville Sainte ont publié un communiqué conjoint la semaine dernière dans lequel ils tirent la sonnette d’alarme contre le danger que représentent les groupes extrémistes qui visent à réduire la présence chrétienne à Jérusalem et dans les territoires occupés. Des mises en garde similaires ont émané de l’évêque britannique Justin Welby, dans un article co-signé avec le chef des évêques anglicans de la Ville Sainte, Hossam Naoum, dans le Sunday Times dans lequel il met en garde contre une tragédie historique qui est en train de se jouer à l’heure actuelle. Mais le gouvernement israélien a rejeté le communiqué et l’a considéré comme « portant atteinte aux innocents ». Où est donc cette prétendue différence entre le gouvernement actuel et celui qui l’a précédé ?

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