Lundi, 11 décembre 2023
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Al-Azhar sur les bancs des spectateurs

Mohamed Salmawy , Mardi, 02 novembre 2021

J’aurais aimé qu’une certaine position émane d’Al-Azhar, cette institution que nous connaissons tous, dont nous sommes fiers et qui a toujours travaillé pour diffuser les préceptes religieux corrects. J’ai imaginé après l’appel lancé par le président Abdel-Fattah Al-Sissi au début de son mandat en faveur d’une réforme du discours religieux erroné qui nous a conduits à l’arriération, à l’ignorance, au fanatisme et au terrorisme, que ce soit Al-Azhar qui assume cette mission religieuse et culturelle noble et que ce soit lui qui mène une réforme de grande envergure similaire à celle menée par le cheikh Mohamad Abdou ou Al-Afghani et dont nous avons grand besoin aujourd’hui.

Mohamed Salmawy

Ceci au lieu de rester cantonné dans la pensée traditionnelle et conservatrice qui a été exploitée par certaines tendances politiques sous le couvert de la religion, des Frères musulmans aux salafistes. Ces tendances fanatiques nous ont conduits au terrorisme qui ne sera déraciné qu’à travers un mouvement de réforme que le président a assigné à Al-Azhar.

La position que j’aurais aimé voir de la part d’Al-Azhar se rapporte aux propos très importants tenus il y a quelques mois par le prince héritier saoudien, Mohamad bin Salman. J’ai attendu longtemps que l’institution prestigieuse adopte une approche similaire à celle de Mohamad bin Salman. Mais des mois se sont écoulés et Al-Azhar n’a réagi ni à l’appel du président ni au discours du prince héritier. Le prince avait annoncé que tous les hadiths attribués au prophète au cours des siècles derniers et dont l’exactitude est remise en cause car ils contredisent d’autres hadiths, et parfois même certains versets du Coran, seraient revus. Il a annoncé clairement et sans détour dans un discours diffusé à la télévision saoudienne que tous les hadiths Ahad (dont la chaîne de transmission est basée sur un seul narrateur) seraient supprimés. Cette décision s’applique à 90 % des hadiths considérés comme authentiques mais qui ne le sont pas en réalité. Le prince héritier saoudien a dit littéralement que les hadiths Ahad ne seront plus contraignants, même s’ils figurent dans les deux Sahih d’Al-Boukhari et Moslim. Il a appelé à s’en tenir au Coran et aux hadiths basés sur des chaînes de transmission comprenant plusieurs narrateurs. Cette décision élimine la légitimité des Hodoud (châtiments corporels) qui ne sont pas mentionnés dans le Coran et qui sont basés sur ces hadiths Ahad dont l’authenticité n’est pas catégorique.

Je voudrais tout simplement dire, et c’est ce qui m’importe le plus, qu’Al-Azhar aurait dû lancer cette réforme pour que Le Caire soit à l’avant-garde d’une renaissance dont le monde arabe et l’islam ont grandement besoin. La réforme du discours religieux doit aller de pair avec la grande révolution culturelle à laquelle nous aspirons après l’achèvement des méga-projets d’infrastructures qui sont en cours d’exécution. Rappelons ici que l’esprit religieux éclairé de l’imam Mohamad Abdou était l’autre facette de la renaissance culturelle que l’Egypte a connue au début du XIXe siècle et qui a donné naissance à la Révolution de 1919. Dans ces moments de grandeur, Al-Azhar était un centre de rayonnement culturel à l’origine de la prospérité qu’a connue le pays dans un certain nombre de domaines. Tandis qu’un savant azhari, Ali Abdel-Razeq, a créé le concept de la laïcité en islam, un autre azhari et doyen de la littérature arabe, Taha Hussein, était l’initiateur du grand développement qu’a connu le discours littéraire dans le monde arabe. N’oublions pas non plus le musicien Mohamad Abdel-Wahab, qui a passé des années dans les écoles coraniques dépendant d’Al-Azhar. Lui, qui a introduit des changements majeurs et sans précédent dans la musique arabe.

Pour que soit ressuscitée cette mission culturelle nationale, Al-Azhar doit mener à bien sa mission de modernisation du discours religieux, qui a été audacieusement entreprise par le prince héritier saoudien. Jusqu’à quand l’institution d’Al-Azhar se contentera-t-elle du rôle de spectateur comme elle l’a fait ces derniers mois, comme si elle n’était pas concernée.

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