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L'avenir incertain de la confrérie

Lundi, 26 août 2013

Quel avenir pour les Frères musulmans ? La confrérie, évincée du pouvoir après le coup de force de l’armée le 3 juillet dernier, fait face au pire scénario. Ses dirigeants, accusés d’incitation à la violence et au terrorisme lors des troubles qui ont précédé l’éviction de Mohamad Morsi, sont poursuivis et traduits en justice. Le premier procès de hauts responsables Frères musulmans s’est ouvert dimanche 25 août devant la Cour d’assises au Caire, pour être immédiatement reporté au 29 octobre. A la tête des accusés : le guide suprême de la confrérie, Mohamad Badie, et ses deux adjoints, Khaïrat Al-Chater et Rachad Bayoumi. Trois autres membres de la confrérie, dont deux sont en fuite, sont accusés de meurtre prémédité et de détention illicite d’armes à feu.

Quelle sera la stratégie les Frères face à cette situation ? Après le coup de force de l’armée, les Frères avaient placé tous leurs espoirs en deux facteurs : l’appui de Washington et la capacité de mobilisation de leur mouvement. L’alliance avec Washington était le reflet d’intérêts mutuels. Les Frères pensaient que « faire plaisir » aux Américains était le seul moyen d’assurer la continuité de leur pouvoir. Le rapprochement avec Washington était pour eux une mesure tactique visant à gagner le temps nécessaire pour asseoir leur autorité. L’appui de Washington aux Frères émanait, lui, d’une attitude pragmatique de l’Administration américaine visant à préserver ses intérêts stratégiques dans la région. Mais le soutien de Washington n’est pas infini. Tiraillés entre leur soutien aux valeurs démocratiques et la préservation de leurs intérêts stratégiques, les Etats-Unis opteront toujours pour cette dernière. Et les Américains finiront par privilégier leurs intérêts avec le nouveau pouvoir égyptien.

L’autre facteur sur lequel les Frères comptaient était leur capacité à mobiliser. Or, cette capacité a été nettement réduite. En effet, il est impossible pour une organisation, quelle que soit sa force, de maintenir un rythme de mobilisation massive pendant plusieurs mois. Les Frères avaient appelé leurs partisans à manifester massivement le 23 août. Or, seuls quelques milliers de militants ont manifesté, signe que la confrérie a été diminuée par l’arrestation de ses leaders et n’arrive plus à mobiliser.

Privés de soutien, rejetés par une grande partie de la population et encerclés par le pouvoir, on peut se demander où vont les Frères musulmans ? S’ils ne réintègrent pas le processus politique, il est probable qu’ils replongent dans la clandestinité. Comme dans les années 1950, la confrérie pourrait alors retrouver son ancien statut d’organisation souterraine, avec les dérives que cela peut représenter pour un mouvement qui était, il y a encore quelques semaines, au sommet de l’Etat. La dissolution du groupe (envisagée par le pouvoir actuel) ne pourrait que conforter cette tendance et consolider le rapprochement entre les Frères et les groupes djihadistes. Les événements actuels dans le Sinaï en sont la preuve .

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