Mardi, 23 juillet 2024
Opinion > Opinion >

La culture nationaleet la normalisation avec Israël

Mohamed Salmawy , Mardi, 10 août 2021

Je ne suis pas d’accord avec ceux qui croient que la vague de normalisation arabe avec Israël est due à des mutations survenues ces dernières années dans les sociétés arabes. Des mutations qui nous ont conduits à la scène actuelle où des responsables arabes en sont venus à déclarer qu’Israël est un pays ami épris de paix, alors que les forces d’occupation poursuivent leur guerre d’extermination contre les Arabes en Palestine.

Mohamed Salmawy

En fait, la sous-estimation des raisons objectives et historiques du conflit arabo-israélien et l’ignorance des violences israéliennes reviennent à l’ère de Sadate, qui avait été le premier à prétendre que le conflit arabo-israélien revenait en grande partie à des raisons psychologiques. En fait, il est certain qu’il existe des entraves psychologiques et culturelles qui empêchent l’établissement de relations naturelles entre les Arabes et Israël. Cependant, ces entraves sont dues aux politiques expansionnistes et pratiques violentes, voire barbares d’Israël du massacre de Deir Yassine en 1948 aux attaques sanglantes consécutives contre la bande de Gaza en passant par le bombardement de l’école de Bahr Al-Baqar à Charqiya en 1970.

Il est fort étonnant que cette normalisation gratuite survienne au moment où le monde a commencé à dénoncer les politiques israéliennes. Pour la première fois, des voix se sont élevées dans l’Occident, historiquement pro-israélien, pour accuser l’Etat hébreu de racisme, d’apartheid et de discrimination raciale, pour considérer les attaques contre les Palestiniens comme une guerre d’extermination où les forces d’occupation exercent des crimes de guerre punis par la loi, et pour réclamer que les dirigeants israéliens soient conduits aux tribunaux internationaux. Sans oublier les campagnes de boycott des produits provenant des colonies israéliennes construites sur les territoires palestiniens occupés ou les campagnes de refus de la normalisation avec Israël dans de nombreux domaines tels que les échanges académiques. Bien plus, une compagnie mondiale d’eau gazeuse a dernièrement déclaré refuser de distribuer ses produits dans les territoires occupés par Israël. Par ailleurs, l’Institut électoral juif aux Etats-Unis a dernièrement effectué un sondage d’opinion prouvant que le tiers des électeurs juifs aux Etats-Unis considèrent Israël comme un Etat d’apartheid, que ce taux s’élève à 38 % parmi les moins de 40 ans, que 22 % des juifs américains pensent qu’Israël exécute une guerre d’extermination contre les Palestiniens, alors que ce taux atteint 33 % parmi les jeunes.

Qu’est-ce qui pousse donc certains régimes à renoncer à leurs politiques de boycott que certaines institutions mondiales ont commencé à suivre, prétendant qu’il n’existe pas de problèmes directs avec Israël et que l’Etat hébreu a le droit de vivre en paix malgré ses politiques barbares qui commencent à se dévoiler devant le monde ? Puis, on vient dire que ce sont les mutations culturelles survenues dans les sociétés arabes. Il est vrai que les changements dans l’opinion publique mondiale envers les politiques israéliennes reviennent à des raisons culturelles grâce aux réseaux sociaux qui ont transmis les crimes israéliens à chaque foyer via les écrans d’ordinateur et de portable. L’image d’Israël est passée d’un pays pacifique victime de l’agressivité de ses voisins à un pays voyou qui bafoue le droit international et les résolutions onusiennes. Il est vrai aussi que ces mutations culturelles ont eu un impact sur les positions politiques de certains pays européens. Nous avons entendu, au sein des Etats-Unis, le soutien éternel d’Israël, des voix au Congrès qui critiquent Israël et ses politiques agressives sans craindre l’accusation toute prête d’antisémitisme.

Par contre, dans le monde arabe, la situation est radicalement différente. Les décisions de normalisation ne surviennent pas à cause de mutations culturelles qui ont changé l’opinion publique, ni maintenant ni durant l’ère de Sadate. Ces décisions ont eu l’effet de surprise, voire même de choc pour l’opinion publique arabe. Elles surviennent malgré la culture répandue dans les différentes sociétés arabes et non pas à cause de cette culture. La culture populaire dans le monde arabe qui résulte de la politique agressive d’Israël demeure jusqu’à présent la plus grande entrave sur la voie des politiques arabes de normalisation, que ce soit en Egypte ou dans les autres pays arabes qui ont récemment normalisé avec Israël. L’incident de la présence d’un jeune acteur égyptien à la popularité dévastatrice dans une soirée dans un pays arabe avec un chanteur israélien est l’exemple le plus concret de la nature de la culture répandue dans le monde arabe. En effet, la popularité de ce jeune homme a chuté du jour au lendemain après les critiques acerbes qui lui ont été adressées par son public. Où sont donc ces mutations culturelles qui ont conduit à cette vague de normalisation ? J’aimerais que quelqu’un me les montre. Il se peut que la culture soit effectivement la principale locomotive des événements dans notre monde d’aujourd’hui, le monde des informations et d’Internet. Mais la culture est essentiellement le préservateur de la conscience populaire et l’emblème de son identité. Par conséquent, elle est le réservoir de ses constantes nationales face aux tentatives de déformations effectuées actuellement en son nom.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique