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Le G7 et les pays en développement

Dimanche, 20 juin 2021

Une bonne nouvelle pour les pays en développement. Les dirigeants du groupe des sept pays les plus industrialisés (G7) — Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Canada et Italie — ont annoncé au terme de leur sommet en Grande-Bretagne, le 13 juin, un vaste plan visant à mobiliser des milliards de dollars pour aider les pays en développement à promouvoir la croissance verte, dans des secteurs tels que le climat, la santé et la tech­nologie numérique. Baptisé « Reconstruire le monde en mieux », il vise à stimuler le financement des projets luttant contre le réchauffe­ment climatique et à faible émission de carbone, comme les parcs éoliens et les chemins de fer. Le plan est conçu pour aider à atteindre les 40000 milliards de dollars estimés nécessaires à la croissance des pays en développement d’ici 2035 et au fait de remplir a posteriori la pro­messe faite par le G7 en 2010 de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider les pays en développement à lutter contre le réchauffement climatique.

La vraie raison de l’annonce maintenant de ce plan, que certains responsables occidentaux appellent « plan Marshall vert », est la volonté de contrer l’influence économique et politique grandissante de la Chine dans les pays en déve­loppement, en Afrique et en Asie. Il s’agit de présenter, sous l’impulsion des Etats-Unis, une alternative occidentale à l’initiative chinoise lancée en 2013 « La Ceinture et la Route », qui a permis à Pékin de signer des accords de coopé­ration dans les infrastructures avec plus de 100 pays. Le président américain, Joe Biden, a ainsi lancé des appels à ses alliés occidentaux pour fournir aux pays pauvres une nouvelle source de financement des infrastructures, offrant une alternative « démocratique » aux prêts chinois qui sont considérés en Occident comme un outil pour étendre l’influence mondiale de Pékin.

Cependant, les alliés européens de Washington se sont bien gardés de qualifier l’initiative occidentale de plan anti-Chine. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, hôte du sommet, a soigneusement évité de mettre la Chine à l’index lorsqu’il a présenté le plan, se contentant de le qualifier de « ceinture verte et route ». Les responsables britanniques ont souligné que leur pays voulait que les prin­cipales économies occidentales « montrent pour quoi nous sommes, pas contre qui nous sommes », mettant l’accent sur la volonté de financer des initiatives vertes et des pro­grammes de réduction des émissions de car­bone.

Plan américain contre la Chine

L’Administration américaine est toutefois favorable à un ensemble plus large de soutien aux infrastructures dans les pays en développe­ment et a clairement indiqué vouloir fournir un contrepoids à l’influence croissante de la Chine. Le président Biden a fait de la contestation d’une Chine montante et d’une Russie perturbatrice la pièce maîtresse d’une politique étran­gère conçue pour édifier des démo­craties dans le monde comme rempart contre la propagation de l’autorita­risme. Il a utilisé le sommet du G7 pour faire valoir son argument selon lequel la lutte fondamentale dans l’ère post-pandémie sera entre les démo­craties et les autocraties.

Tiré d’un thème de campagne de Biden, le plan présenté par la Maison Blanche met l’accent sur la protection de l’environnement, les efforts de lutte contre la corruption, la libre circulation de l’information et les conditions de financement qui éviteraient l’endettement excessif des pays en développement, en l’occurrence vis-à-vis de la Chine. L’une des critiques de l’initiative « La Ceinture et la Route » est qu’elle laisse les gou­vernements qui s’y engagent dépendants de la Chine, donnant à Pékin trop de poids sur eux. Les dirigeants du G7 conviennent largement du fait que la Chine utilise sa stratégie d’investisse­ment à la fois pour renforcer ses entreprises publiques et pour construire, via le géant Huawei, des systèmes de communi­cation sur lesquels elle exerce un contrôle important.

L’initiative américaine s’articule sur des projets qui existent déjà aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, ainsi qu’un encouragement au finan­cement privé. La partie américaine du plan présente un mélange de modestes ajustements du Congrès aux règles régissant la Banque d’import-export pour concurrencer les prêts chinois dans le domaine de la haute technolo­gie, et d’efforts pour interdire la société Huawei, le leader chinois des télécommunications.

Le risque pour le plan américain est que ce patchwork de programmes distincts — couplé à une insistance occidentale sur de bonnes pra­tiques environnementales et sur les droits de l’homme — pourrait être moins attrayant pour les pays en développement que le paquet tout-en-un de financement et de nouvelles technolo­gies offert par Pékin. Il est beaucoup plus com­mode pour ces pays de traiter avec un seul groupe de constructeurs, de financiers et de res­ponsables gouvernementaux que d’avoir à faire avec plusieurs gouvernements et décideurs. Il est établi que les pays en développement apprécient la vitesse à laquelle la Chine passe de la phase de planification à celle d’exécution des projets. Ils louent également sa disposition à construire ce que les pays hôtes veulent plutôt que de leur dire ce qu’ils devraient faire.

Dissensions américano-européennes

Le G7 et les pays en développement
(Photo:AFP)

La stratégie américaine se heurte également aux visions discordantes de ses alliés européens sur la manière de contrer la montée en puissance de la Chine. Lors du sommet du G7, les discus­sions ont reflété le débat sur l’oppor­tunité de considérer la Chine comme un partenaire, un concurrent, un adversaire ou une menace absolue à la suprématie occidentale. Les divi­sions sur la façon de considérer la Chine expliquent pourquoi l’Occi­dent n’a pas jusqu’à présent réussi à développer une réponse coordonnée à « La Ceinture et la Route » et il est loin d’être clair que les pays du G7 seront en mesure d’élaborer une réponse globale.

D’une part, l’Allemagne, l’Italie et l’Union européenne craignaient de risquer leurs impor­tants accords de commerce et d’investissement avec la Chine et d’accélérer ce qui prend de plus en plus l’allure d’une nouvelle guerre froide. L’Allemagne, pour laquelle la Chine est devenue le premier marché mondial des voitures Volkswagen et BMW, reste profondément résis­tante à une nouvelle guerre froide. Elle est reve­nue sur sa décision interdisant l’utilisation des équipements de communication fabriqués en Chine, après les menaces de responsables chinois de riposter en interdisant la vente de voitures de luxe allemandes en Chine. L’Italie, elle, est devenue le premier membre du G7 à adhérer à « La Ceinture et la Route » en 2019. Depuis, elle a signé près de deux douzaines d’accords avec la Chine, dont la pièce maîtresse de l’investisse­ment en Europe est un réseau ferroviaire qui relierait ses usines à Londres. L’Italie, qui se trouve sur le tracé de cette voie ferrée, voit les investissements chinois comme un stimulant salutaire pour son économie en difficulté.

D’autre part, le Royaume-Uni, qui menait autrefois la politique la plus favorable à la Chine en Europe, s’est fermement rangé der­rière la ligne dure américaine, en particulier sur Huawei que les Etats-Unis considèrent comme une menace pour la sécurité. Après avoir tenté d’accommoder Huawei, le gouvernement bri­tannique a annoncé, sous le premier ministre Boris Johnson, qu’il enlèverait les anciens équipements de la société chinoise de ses réseaux de communication. En fait, Londres s’est rapproché de la position de Washington sous la pression de l’ancien président Donald Trump. Mais c’était moins parce qu’il a changé d’avis sur la stratégie ou les risques sécuri­taires posés par la Chine que parce que, au lendemain du Brexit, il craignait d’être isolé de son plus important allié .

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