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Le Soudan sort de son isolement

Lundi, 24 mai 2021

Le soudan est en passe de réintégrer la communauté financière internationale. Ce pas important a été rendu possible grâce à la Conférence internationale d’appui à la transition soudanaise qui s’est tenue à l’initia­tive de la France, le 17 mai à Paris. Khartoum y a notamment obtenu l’assurance que des milliards de dol­lars de sa dette extérieure seront annulés. La France a décidé d’effa­cer sa dette de 5 milliards de dollars. L’Arabie saoudite a fait de même, annulant 4,5 milliards de dollars. D’autres pays leur ont emboîté le pas, dont l’Allemagne et l’Italie qui ont effacé 1,5 milliard de dollars.

La Conférence de Paris est inter­venue à la suite d’étapes importantes franchies par le gouvernement sou­danais dans l’assainissement de son économie et le remboursement d’une partie de sa lourde dette envers les institutions financières multilaté­rales, notamment la Banque Mondiale (BM) et la Banque Africaine de Développement (BAD).

Khartoum a récemment réglé ses arriérés dus à la BM grâce à une aide de 1,15 milliard de dollars des Etats-Unis, et à la BAD après avoir obtenu un prêt de 425 millions de dollars financé par la Suède, le Royaume-Uni et l’Irlande. Il restait à apurer les arriérés envers le Fonds Monétaire International (FMI), ce que la France a confirmé qu’elle faciliterait grâce à un prêt relais de 1,5 milliard de dol­lars. D’autres pays présents à la Conférence de Paris, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite, ont également annoncé leur contribution à régler les arriérés de Khartoum envers l’institution monétaire internationale.

L’ensemble de ces développe­ments ouvre la voie au Soudan pour obtenir un soulagement de ses créan­ciers mondiaux dans le cadre de l’initiative dite des « Pays Pauvres Très Endettés ». Khartoum estime ainsi pouvoir bénéficier dès juin prochain d’un effacement de 45 à 50 milliards de dollars sur une dette extérieure de 60 milliards contractés auprès de créanciers publics et pri­vés. Sur la dette bilatérale du pays, estimée à 38 milliards de dollars, environ la moitié est due aux membres du Club de Paris, qui est un groupe informel des 22 princi­paux pays créanciers dans le monde. Le rôle du Club est de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiement des pays débiteurs. La dette contractée auprès des banques commerciales– avec des taux d’intérêt élevés— repré­sente, quant à elle, environ 10 mil­liards de dollars, une proportion inhabituellement élevée de l’en­semble de la dette extérieure du Soudan. La moitié de cette somme est due aux membres du Club de Londres, un groupe informel des principaux créanciers privés sur la scène internationale qui devrait éga­lement décider prochainement du soulagement de la dette soudanaise.

La baisse et la restructuration de la dette du Soudan devraient ouvrir la voie à des investissements étran­gers qui font cruellement défaut dans des domaines aussi fonda­mentaux que l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, les mines, les transports et les télécommuni­cations. Ces investissements sont indispensables pour relancer une économie ravagée par des décen­nies de corruption, de mauvaise gestion, de sanctions économiques et d’isolement international sous l’ancien président évincé Omar Hassan Al-Béchir. L’actuel gouver­nement de transition, où le pouvoir est partagé entre militaires et civils, tente de sortir le pays de cette crise économique profonde marquée par une inflation galopante de plus de 300 % par an, des pénuries – ali­mentées par un manque de réserves de devises— de produits de base tels que le carburant, l’électricité et les médicaments, et le doublement du taux de pauvreté pendant les trente dernières années. Ces défis ont été exacerbés par la pandémie du Covid-19 qui a provoqué un ralentissement économique.

Le gouvernement du premier ministre, Abdallah Hamdok, a fait du redressement de l’économie sa priorité et a procédé à des réformes radicales, notamment depuis la levée du Soudan de la liste américaine des pays soutenant le terrorisme, le 14 décembre 2020. Depuis le remanie­ment ministériel en février dernier, le rythme de la réforme économique s’est accéléré. L’unification des taux de change, décidée en février, a réduit les possibilités de corruption, a ouvert la porte à l’octroi d’aide internationale et a encouragé les Soudanais de la diaspora à achemi­ner leurs envois de fonds par le biais du système bancaire officiel, contri­buant ainsi à renflouer les réserves de change du pays. D’autres mesures de réforme commanditées par le FMI, comme la suppression des subventions aux carburants et l’aug­mentation des tarifs de l’électricité, ont rendu encore plus difficile la vie quotidienne de millions de Soudanais et accentué la paupérisation de la population.

C’est pour amortir le choc de ces mesures que le gouvernement a mis en place un programme de soutien financier aux ménages qui consiste à verser des paiements en espèces à 80% de la population. Le Soudan a reçu 820 millions de dollars de la BM et des pays donateurs pour les deux premières phases du pro­gramme, qui visent à couvrir 24 millions de personnes dans 12 Etats pendant 6 mois. Mais le programme n’est pas encore financé pour atteindre le reste des 32,5 millions de personnes visées, ou pour une extension potentielle des paiements à un an.

Le succès du gouvernement dans la transition d’un régime autoritaire à la démocratie et dans le processus de réconciliation nationale dépendra également en grande partie de sa capacité à faire face à la crise écono­mique. La mise en oeuvre de l’ac­cord de paix de Juba progresse lente­ment, notamment en raison du manque de ressources. Signé le 31 août 2020 au Soudan du Sud, cet accord historique entre le gouverne­ment et les cinq principaux groupes rebelles dans les provinces de Darfour (ouest), du Kordofan du Sud (sud) et du Nil bleu (sud-est) prévoit plusieurs dispositions dont l’application exige d’importants financements, notamment l’intégra­tion des membres des mouvements armés dans les forces gouvernemen­tales, le paiement de compensations et de réparations aux victimes civiles, le retour des déplacés et des réfugiés, le développement de la filière nomade et la redistribution des terres dans les régions qui étaient affectées par les rébellions .

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