Samedi, 20 juillet 2024
Opinion > Opinion >

Israël et les élections palestiniennes

Lundi, 19 avril 2021

Les 4es législatives anticipées ont eu lieu le 23 mars dernier et les élections législatives palestiniennes sont prévues pour le 22 mai pro­chain. En observant les résultats du premier scrutin et les préparatifs du second, on conclut que les Palestiniens seront perdants s’ils abor­dent le processus électoral sur la base d’un conflit interpalestinien sur le pouvoir. Les Palestiniens doivent s’engager dans ces élec­tions en se basant sur le conflit avec l’entité israélienne et en s’unifiant autour d’un projet national palestinien visant à fonder un Etat national palestinien indépendant, dont la capi­tale serait Jérusalem.

Aujourd’hui, la droite et l’extrême-droite israéliennes font complètement fi de l’existence d’un conflit avec les Palestiniens. Cette classe au pouvoir est donc convaincue qu’elle a réussi à trancher le conflit dans son intérêt. Les rela­tions avec les Palestiniens et le processus de paix ne figurent même plus dans les campagnes électorales. Ceci impose aux Palestiniens de ne pas compter sur une éventuelle entente avec les dirigeants israéliens. Une paix juste ne sera pas réalisée qu’à travers un projet national apte à récupérer les droits palestiniens.

Un autre motif, qui impose aux Palestiniens de s’engager dans leurs élections législatives en s’unifiant autour d’un projet national palesti­nien, est que l’occupation obtient un soutien américain. Et ce, alors que certaines parties régionales, et peut-être palestiniennes, oeuvrent en vue de l’annulation, ou au moins du report, des élections législatives palestiniennes, et ce, pour 3 raisons. La première est la conviction de certains que le Hamas va les remporter et que cette victoire va l’encourager à s’engager dans l’élection présidentielle. Or, le Hamas ne s’est pas engagé aux conditions imposées par le Quartet international concernant la reconnais­sance officielle de l’Etat israélien, aussi, il est accusé de terrorisme et est appelé à renoncer définitivement au choix de la résistance. La deu­xième raison est la division amère existant à l’intérieur du Fatah et qui a été dévoilée au moment de déposer les candidatures pour les législatives. Cette division a abouti à l’existence de 3 listes en concurrence. La première est celle du mouvement Fatah sous la présidence de Mahmoud Abbas, et les deux autres sont des listes dissidentes en concurrence avec celle de Mahmoud Abbas.

Cette division qui existe à l’intérieur du Fatah a suscité des inquiétudes chez les Israéliens qui craignent que l’aile de Mahmoud Abbas ne disparaisse de la scène politique et que le nouveau Conseil législatif ne soit un partenariat entre le Hamas et les membres du Fatah qui se sont rebellés contre le leadership du président palestinien. Ce qui impose aux Israéliens d’empêcher la tenue des élections. La troisième raison qui rend les Israéliens convaincus de la nécessité d’empê­cher la tenue des élections est l’entrée de nou­velles parties dans le jeu politique qui appartien­nent à des générations qui ont perdu tout espoir dans la couche politique palestinienne tradition­nelle.

Le 6 avril, la Commission électorale a annon­cé l’enregistrement de 36 listes électorales. Ce nombre énorme de candidats reflète une ambi­tion populaire de réaliser un changement et de briser le monopole du Fatah et du Hamas, paral­lèlement avec l’apparition d’une nouvelle classe formée d’élites et de jeunes sur la scène poli­tique après une inertie qui a duré 14 ans. C’est pour cela que les Israéliens planifient de ne pas permettre à l’Autorité palestinienne de tenir les élections, utilisant la carte de Jérusalem: Israël ne compte pas laisser le scrutin se tenir à Jérusalem, pariant sur le fait que sans Jérusalem, il ne peut pas y avoir d’élections.

Le Fatah et l’Autorité palestinienne en font une exigence, ceci est certainement justifié mais suscite des interrogations: s’agit-il d’une manoeuvre pour annuler les élections à cause des divisions internes au sein du Fatah ? Des divisions qui seront sans aucun doute au profit du Hamas? Ou bien est-il question d’une position israé­lienne ni plus ni moins, et l’Autorité palestinienne et le président Abbas sont-ils innocents de cette accusation ? La preuve en serait l’affrontement qui a eu lieu entre le président Mahmoud Abbas et Nadav Argaman, chef du Shin Bet, alors que Abbas a refusé les mises en garde d’Argaman concernant l’annula­tion des élections pour empêcher la participation du Hamas.

L’énigme de Jérusalem restera le facteur essentiel de la tenue ou de l’annulation des élec­tions qui constituent pour les Palestiniens un tournant pour l’instauration d’un nouvel avenir palestinien et d’un projet national palestinien capable de récupérer les droits usurpés .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique