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De l'improvisation à l'écriture d'une nouvelle histoire

Mercredi, 06 janvier 2021

Depuis plus d’un demi-siècle, et plus particu­lièrement depuis le début des années 1960, le monde connaît une mouvance de jeunesse sans précédent dans l’his­toire de l’humanité. Cette mouvance est passée de l’indignation à la colère, à la protestation, au refus de s’intégrer dans les statuts déjà exis­tants pour arriver à la construction de leur propre monde. Cette mou­vance, qui a pris le nom de « Youthquake », constitue l’assise d’une nouvelle phase de l’histoire du monde.

Selon le dictionnaire d’Oxford, le « Youthquake » est un changement énorme que les jeunes ont réussi à réaliser, que ce soit par des actes directs ou par l’exercice de pres­sions dans les domaines politiques, culturels, sociaux et économiques. Ce qui a mené à l’instauration d’un mode de vie différent de celui que le monde connaît. Ce changement, caractérisé par le dynamisme et la continuité et qui se prolonge depuis les années 1960 jusqu’à présent, a connu deux points culminants pen­dant les 50 dernières années : la révolution estudiantine de 1968 et la naissance des générations numé­riques ou la génération Google depuis la moitié des années 1990.

Premièrement, en ce qui concerne les événements de 1968, ou la géné­ration de « l’improvisation », c’était un mouvement de protestation et de colère exprimé par la génération de l’après-Seconde Guerre mondiale. Ceux qui ont pris part à ce mouve­ment étaient les intellectuels. Cette génération a alors affiché son refus de s’intégrer dans des institutions qui monopolisent la connaissance, les richesses et la culture à travers une autorité paternelle, despote et tyrannique pratiquée contre les jeunes, les obligeant à accepter par la force des valeurs, des idées et des directives qui n’ont rien à voir avec leurs ambitions.

Ce que la génération des années 1960 a réussi à réaliser, c’est l’im­provisation face au texte historique qui a guidé la trajectoire humaine au niveau des valeurs, des idées et des institutions. Il n’est plus obligatoire que les jeunes pratiquent la politique à travers la démocratie parlemen­taire ou reçoivent les valeurs cultu­relles et religieuses à travers les institutions officielles et tradition­nelles. Ils ont alors fondé leur domaine public parallèle, dans tous les domaines.

Deuxièmement, la naissance de la génération numérique ou la généra­tion Google et l’écriture d’un nou­veau texte historique sont le résultat d’un essor au niveau de la connais­sance, et par conséquent, d’un renouvellement technologique croissant. Cet état de fait a donné naissance à ce qu’on appelle « les jeunes numériques » qui ont réussi à assimiler et à digérer les trois vagues de libération du despotisme culturel, politique et économique. Ces vagues ont permis aux jeunes de pratiquer l’improvisation et d’écrire un nou­veau texte qu’ils ont eux-mêmes inventé, aidés par l’essor réalisé dans le domaine des technologies numériques. C’est à partir de là qu’une nouvelle époque complexe est née. La génération numérique a vraiment réussi à créer un nouvel activisme sociétal qui ne s’est pas réalisé d’un seul coup, mais de façon graduelle et croissante à travers les générations X, Y puis en arrivant à la génération Z.

Dans ce contexte, il est possible d’enregistrer quatre traits essentiels qui caractérisent la génération numérique. Le premier trait est la rupture complète avec les généra­tions précédentes. Effectivement, cette génération se lance seule dans l’acquisition de sa culture et de ses expériences dans tous les domaines, sans prendre en considération les aînés. Le deuxième trait est le désen­gagement aux références et médias traditionnels et la création de mondes indépendants. Grâce au pro­grès croissant au niveau de la connaissance, les sources auxquelles les jeunes ont eu recours se sont variées, et par conséquent, ils ont acquis la capacité de choisir leurs références et de rompre avec des références pour passer à d’autres plus utiles. Les générations X, Y et Z sont gérées par l’intérêt direct et palpable, le refus des certitudes et de la vénération et la volonté de créer des mondes nouveaux autres que la famille, l’institution éducative tradi­tionnelle et l’institution religieuse. Les nouvelles références de la géné­ration numérique sont les moteurs numériques de recherche (tel Google), les cybernet, les cafés et les discussions à travers les réseaux sociaux, etc. Le troisième trait est l’aspiration à ce qu’il y a de mieux. Grâce à la mondialisation en tant que culture transfrontalière, les jeunes contemplent des niveaux de vie distingués, des espaces libres et variés d’expression et une estima­tion sociétale naturelle et spontanée qui augmente envers les personnes créatives et celles qui font des réali­sations importantes. C’est ainsi que les jeunes n’acceptent plus de renon­cer à un niveau de vie décent, aux services, à l’égalité, à la dignité, aux libertés, etc. Ceci explique l’union des générations X, Y et Z partout sur la planète terre autour des mêmes slogans : la dignité humaine, la jus­tice et la liberté. Ce sont les « cos­mopolites numériques », ou comme on les appelle les jeunes citoyens numériques. Le quatrième trait est l’harmonie complète avec les tech­nologies numériques et de commu­nication, qui ressemblent à des gènes de force dont le rôle est d’améliorer les générations numé­riques consécutives. En effet, la génération actuelle Z est une évolu­tion génétique des générations pré­cédentes.

Pour mieux comprendre la généra­tion Z, on peut citer certaines véri­tés. La première est que les jeunes d’aujourd’hui choisissent ce qui est capable d’être leur expression et celle de leur réalité loin du cliché de la belle ancienne époque que cer­tains insistent à leur imposer. C’est pour cela qu’ils oeuvrent calmement à créer une nouvelle époque, avec ses génies, ses symboles et ses per­sonnalités, qui jouissent d’une légi­timité directe de la part des jeunes sans tutelle ni directives de la part des prêtres, des médias et de la culture. Une nouvelle époque qui inclut des idées et une production culturelle variée et où ils voient leurs rêves et leurs soucis sans aucun embellissement.

La deuxième vérité est qu’il existe un réseau de communication et de solidarité que les jeunes créent entre eux, malgré leurs différences. Ce réseau est parallèle à tous les réseaux organisés et institutionnels, et ses membres tentent de créer un monde propre à eux où ils produisent leurs idoles et leurs symboles, conformé­ment à leurs normes, et où ils échan­gent les expériences selon les néces­sités effectives de la vie.

La troisième vérité est que les jeunes n’accordent aucun intérêt aux remarques et critiques adressées à leur nouveau monde. Ils ont décidé de donner le dos aux machines de réglage dans toutes les institutions destinées à diriger et guider les jeunes.

Il est donc question d’écrire le texte d’une nouvelle histoire qui diffère totalement de celle écrite par les jeunes des années 1960, un texte qui se caractérise par le renouvelle­ment, l’ouverture et le changement continu, car les nouvelles technolo­gies aident, incitent et imposent ceci.

Nous vivons donc un grand état de refus de tout ce qui est ancien accompagné d’une tendance préci­pitée à former une nouvelle époque et poussée par l’insistance des jeunes à dépasser tout ce qui est ancien : les personnalités, les insti­tutions, les politiques, les directives. Pour les jeunes, tout ceci est respon­sable des conditions auxquelles nous sommes arrivés et qui ne leur plaisent pas. Ils pensent aussi que la réalité sociétale n’est plus capable de les assimiler et de leur présenter ce qu’ils veulent. Ils doivent donc se lancer sans autorisation, parce que c’est leur droit, dans l’écriture de leur propre histoire.

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