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Défections en Turquie

Dimanche, 29 novembre 2020

Les défections se succè­dent dans le camp du pré­sident turc, Recep Tayyip Erdogan. Après la démis­sion, le 8 novembre der­nier, de l’ex-ministre des Finances et gendre d’Erdo­gan, Berat Albayrak, invo­quant « des problèmes de santé », c’est l’un des com­pagnons de route du chef de l’Etat turc et co-fonda­teur de l’AKP (Parti de la justice et du développe­ment, au pouvoir), Bulent Arinc, qui a fait défection le 24 novembre en présen­tant sa démission du Haut Conseil consultatif prési­dentiel. « Notre système judiciaire a besoin de réforme », a déclaré Arinc, qui a réclamé la libération de l’homme politique kurde, Selahttin Demirtas. Ancien coprésident du Parti démocratique du peuple pro-kurde, celui-ci est emprisonné depuis novembre 2016 pour « sou­tien au terrorisme ».

Erdogan est accusé par certains membres de son propre parti de jouer sur la corde du nationalisme et d’adopter une politique inflexible à l’égard des Kurdes pour faire plaisir aux ultranationalistes du MHP (Parti de l’action nationaliste), ses parte­naires de l’extrême droite au sein de la coalition au pouvoir. Les récentes défections dans le camp d’Erdogan ne feront qu’ac­croître sa dépendance vis-à-vis du MHP. Erdogan est également d’ailleurs contesté par certains membres du MHP, mécon­tents de l’état actuel de la Turquie.

Ce n’est pas la première fois que des proches de M. Erdogan font défection. L’année dernière, après la perte par Erdogan de la municipalité d’Istanbul, l’un des fondateurs du Parti de la justice et du développe­ment, Ali Babacan, alors vice-premier ministre char­gé de l’Economie, avait démissionné du gouverne­ment invoquant de « pro­fondes divergences ». En avril 2019, l’ancien premier ministre, Ahmet Davoduglu, un proche collaborateur de M. Erdogan, avait également démissionné de l’AKP.

Rongé par l’érosion après 20 ans de pouvoir mais aussi par la crise écono­mique, le régime d’Erdogan donne désormais des signes de faiblesse. La ten­dance de M. Erdogan à nommer dans les postes-clés des personnes issues de son milieu familial et son autoritarisme n’ont fait qu’aggraver les problèmes. Les défections dans son camp pourraient s’accélé­rer et donner lieu à une véritable spirale, surtout avec la crise économique .

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