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Egypte-Etats-Unis : Une nouvelle relation

Mardi, 02 octobre 2012

Il y a quelques jours, le journal turc Yeni Safak, affilié au Parti de la Justice et du développement au pouvoir, a dévoilé le contenu de la réponse du chef d’état-major des armées américaines, le général Martin Dempsey, à une proposition faite par son homologue turc, le général Nada Avail. Et ce, au cours de leur dernière rencontre à Ankara, réclamant une coopération américo-turc au niveau des services de renseignements contre le parti travailliste du Kurdistan.

Le chef d’état-major américain n’a pas refusé cette demande de la part du dirigeant de l’armée de l’un des plus importants alliés militaires et politiques des Etats-Unis, qui est membre fondateur de l’Otan. Cependant, l’approbation américaine a été conditionnée par 2 réclamations que le chef d’état-major turc a immédiatement refusé, parce qu’elles portent atteinte à la souveraineté nationale turque constituent une ingérence inacceptable dans la prise de décision du pays. Les 2 conditions qui ont été décrites par le journal comme étant 2 pièges sont : premièrement, que la Turquie fait la guerre aux talibans en Afghanistan et, deuxièmement, que la Turquie participe à une opération dont l’objectif est de faire la guerre à n’importe quelle présence d’Al-Qaëda en Syrie, y compris l’instauration, après la chute de Bachar Al-Assad, d’un régime où le parti Baas et les chrétiens seront représentés.

Cet exemple est l’un des milliers qui dévoilent comment les Américains gèrent leurs relations avec leurs alliés, sans parler des ennemis. Cette méthode montre que les aides matérielles, militaires et politiques octroyées par les Etats-Unis sont souvent conditionnées. Elles ont été décrites par l’Institut conservateur comme étant un outil de promotion des intérêts nationaux américains et non un programme d’aides sociales. C’est-à-dire que les Etats-Unis ne sont pas un ministère des Affaires sociales qui présente des aides partant de motifs humains éthiques et de principes et valeurs politiques. Les Etats-Unis sont une superpuissance qui vise à imposer son hégémonie et sa souveraineté sur le monde entier. Et pour réaliser cet objectif, cette superpuissance n’hésite pas à écraser le concurrent qui pourrait la menacer ou s’y opposer. C’est pour cela qu’il n’était pas étrange que le président Obama réponde à une question portant sur la révision des aides présentées par les Etats-Unis à l’Egypte et à la Libye après les dernières manifestations devant l’ambassade américaine aux Etats-Unis, l’attaque contre le consulat américain à Benghazi et l’assassinat de l’ambassadeur américain en disant : « Les Etats-Unis n’ont pas le choix de se retirer du monde. Nous sommes l’Etat indispensable ».

Le danger des aides américaines n’est pas uniquement qu’elles sont toujours liées à des conditions relatives à la souveraineté et la dépendance des Etats. Le danger réel réside dans le fait que ces aides coïncident toujours avec des moments très critiques où les Etats n’ont pas la capacité de refuser les conditions imposées. Le résultat est donc de casser la volonté des Etats et de les transformer en Etats affiliés. Cela signifie que les aides américaines font partie d’un processus très compliqué où elles jouent le rôle de stupéfiants dont les doses sont prises graduellement pour devenir une habitude, et jusqu’à ne plus pouvoir s’en passer. Vient alors l’étape de la déclaration des conditions et tout refus rencontre la menace de stopper les aides, c’est-à-dire casser la volonté des Etats et les obliger à accepter les conditions en contrepartie des aides.

L’Egypte ne sera pas loin de cette opération diabolique. Pendant les années 1950 et 60, le pays avait réussi à résister aux conditions et à refuser la dépendance. L’Egypte avait alors été exposée à des sanctions énormes dont la plus importante était le retrait du financement du Haut-Barrage, puis l’attaque tripartite. Puis, quand elle a accouru vers les aides après la guerre de 1973, elle est tombée dans le piège des conditions. C’est de là qu’est venue la liaison entre les aides et la paix avec Israël. Et la relation a évolué, d’amitié à l’époque de Sadate à une alliance dévoilée à l’époque de Moubarak. C’est alors que l’Egypte s’est transformée en outil employé pour servir les intérêts américains au détriment de ses intérêts, sa sécurité et sa souveraineté nationale. Et quand l’Egypte s’est révoltée contre le régime de Moubarak, les Etats-Unis et Israël ont parié sur l’incapacité du nouveau régime de changer la politique étrangère, en particulier ses engagements envers Israël et les accords de paix. Et ce, pour une raison essentielle, à savoir que l’économie égyptienne dépend principalement de sources de financement étrangères qui ne permettent pas au responsable de la prise de décision de changer un engagement.

Cette conviction signifie que l’Egypte est devenue totalement dépendante des aides étrangères, qu’elle est incapable de refuser les conditions d’octroi et de sortir du cercle de la dépendance des Etats-Unis. Malheureusement, cette conviction a été affirmée par les pratiques égyptiennes durant l’ère actuelle du gouvernement de Dr Hicham Qandil. Citons la poursuite de la coordination sécuritaire avec l’Etat sioniste et l’insistance sur le respect de l’Egypte du traité de paix malgré les énormes dangers résultant de cet engagement, surtout en ce qui concerne le volet sécuritaire et le fait de vider le Sinaï des forces armées égyptiennes. L’incident de Rafah et les affrontements entre l’armée égyptienne et les groupes terroristes du Sinaï en sont la preuve la plus évidente. N’oublions pas aussi que l’Egypte continue à compter entièrement sur les aides étrangères — surtout les aides américaines — et qu’elle continue également à présenter davantage de garanties aux investisseurs étrangers, à tel point de leur permettre d’investir dans le Sinaï avec la participation des Egyptiens sans réaliser le danger que peuvent représenter ces investissements sur la sécurité nationale. En effet, le Sinaï peut se transformer à tout moment en une région de litige, alors qu’Israël peut menacer de soumettre son dossier au Conseil de sécurité.

De nouvelles évolutions sont donc survenues dans la conception de la relation des Etats-Unis avec l’Egypte. Ces évolutions peuvent nous inciter à formuler une nouvelle conception nationale de nos relations partant d’une vision stratégique de la politique étrangère de l’Egypte. Une conception qui nous débarrasserait de toutes les contraintes de la dépendance exagérée des aides étrangères avec l’instauration d’une relation équilibrée avec tous les pays du monde, afin d’assurer la dignité et la souveraineté de l’Egypte.

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