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Le dilemme éthiopien

Mercredi, 09 septembre 2020

Alors que les négociations entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie autour du barrage de la Renaissance sont dans l’im­passe, les Etats-Unis ont annon­cé qu’ils suspendaient une par­tie de l’aide qu’ils fournissaient à l’Ethiopie, en raison de la déci­sion unilatérale d’Addis-Abeba de remplir le barrage sans accord préalable avec l’Egypte et le Soudan. « Les Etats-Unis sont de plus en plus préoccupés par l’absence de progrès dans les négociations sur le fonctionnement et le remplissage du barrage », a déclaré un porte-parole du département d’Etat, sans men­tionner ni le montant, ni la durée de cette suspension.

La décision américaine joue en faveur de l’Egypte qui mène depuis 8 ans des négociations ardues avec l’Ethiopie sans jamais être parvenue à un accord, en raison des tergiver­sations continues d’Addis-Abe­ba. Pour l’Egypte, c’est une vic­toire symbolique qui montre que l’offensive diplomatique menée récemment par Le Caire pour convaincre la communauté internationale de la justesse de sa cause et mettre à nu les argu­ments éthiopiens a commencé à porter ses fruits. Les Américains ont vu eux-mêmes comment les Ethiopiens ont « claqué la porte » des négociations parrai­nées par Washington après avoir accepté un projet d’ac­cord approuvé par l’Egypte.

C’était en novembre dernier, les négociateurs égyptiens ont agi avec beaucoup d’intelligence et de perspicacité. Ils sont allés jusqu’au bout des pourparlers et, tout en sachant que l’Ethio­pie ne signerait pas le projet, l’ont paraphé montrant ainsi les bonnes intentions de l’Egypte et la mauvaise volonté de l’Ethio­pie.

En réalité, les Ethiopiens ne veulent pas d’accord avec les pays en aval. S’ils négocient c’est pour éviter l’embarras et gagner du temps. Les hommes poli­tiques éthiopiens sont certes allés trop loin dans leur rhéto­rique sur le barrage. Ils l’ont présenté à la population éthio­pienne comme le « projet du siècle » qui va sauver l’Ethiopie de la pauvreté. Ils ont dit aux Ethiopiens que le Nil était une propriété éthiopienne et qu’ils « pouvaient en faire ce qu’ils vou­laient », tout en sachant que ceci n’est pas vrai, le Nil étant un fleuve soumis au droit fluvial international. Une fois sur la table des négociations, ils ne pouvaient plus faire marche arrière de peur de perdre la face vis-à-vis de leur population.

C’est là le dilemme de l’Ethio­pie. Tout en adoptant un dis­cours favorable aux négocia­tions, la direction éthiopienne continue sur le plan interne à présenter le barrage sous un angle patriotique, rendant plus difficile encore toute solution avec les pays en aval. L’Egypte continuera sa politique de pres­sion diplomatique sur Addis-Abeba, car elle n’est absolument pas disposée à renoncer à ses droits dans les eaux du Nil.

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