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Paix en Libye ?

Mardi, 25 août 2020

L’accord de cessez-le-feu en Libye est sans doute un pas dans la bonne direction à condition qu’il soit suivi de mesures « sérieuses » et concrètes sur le terrain. Car il s’agit pour le moment de « déclarations de principes » par les deux parties. L’accord, annoncé d’un côté, par le Gouvernement d’union nationale de Fayez Al-Saraj (GNA), basé à Tripoli, et de l’autre, par le parlement élu, basé à Tobrouk et dirigé par Aguila Saleh, prévoit une cessation des combats sur l’ensemble du territoire libyen et la tenue d’élections. Le GNA propose la création d’une zone démilitarisée à Syrte et à Al-Jufra et le retrait des mercenaires syriens de Libye. Il existe cependant quelques zones d’ombre et des questions qui, pour le moment, sont sans réponse. Comment et où seront évacués les mercenaires djihadistes surtout que beaucoup d’entre eux ont reçu la nationalité libyenne ? La proposition de créer une zone démilitarisée à Syrte doit être étudiée minutieusement afin de s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une ruse de la part de la Turquie pour écarter les forces de l’Armée Nationale Libyenne (ANL), dirigées par Khalifa Haftar, loin de cette région.

L’accord intervient à un moment où la tension avait atteint son paroxysme en Libye avec notamment l’intervention militaire turque et le transfert de plusieurs milliers de mercenaires syriens dans ce pays, ce qui a permis au GNA de repousser les attaques du maréchal Khalifa Haftar aux portes de Tripoli. Le GNA et son allié turc prévoyaient de lancer une contre-offensive à l’est pour s’emparer des puits de pétrole dans cette région. Mais les mises en garde de l’Egypte, qui a menacé d’intervenir militairement en Libye si la Turquie et les mercenaires passaient la ligne Syrte-Al-Jufra, ont, semble-t-il, convaincu le GNA et Ankara qu’il était risqué d’avancer au-delà de la ligne rouge fixée par Le Caire. Un conflit armé avec l’Egypte dans le désert libyen n’aurait certainement pas été à l’avantage de la Turquie, qui ne dispose pas de troupes lourdes sur le sol libyen, alors que l’armée égyptienne est proche de ses bases. Par ailleurs, le risque d’un conflit ouvert dans la région a incité plusieurs acteurs internationaux à faire pression sur la Turquie pour qu’elle « fasse marche arrière ».

Il semblerait que les parties prenantes au conflit en Libye aient refait leurs calculs, chaque partie ayant la conviction que le cessez-le-feu est la seule voie possible pour avancer. La Turquie est soumise à une pression intense dans l’Est de la Méditerranée. Ses provocations répétitives dans cette région ont soulevé la colère de l’Union européenne. La France vient d’envoyer des navires de guerre en Méditerranée pour soutenir la Grèce qui veut empêcher la Turquie de faire des prospections gazières dans ses eaux. Et Ankara doit faire face à une coalition formée de la Grèce, la France, l’Egypte et Chypre. En acceptant le cessez-le-feu, Ankara veut soulager la pression qui pèse sur elle en Méditerranée orientale.

L’Egypte a salué par un tweet du président Abdel-Fattah Al-Sissi l’annonce de la fin des opérations militaires sur le territoire libyen. « Il s’agit d’un pas important sur la voie d’un accord politique réalisant les aspirations de stabilité et de croissance du peuple libyen », a déclaré le président. L’Egypte a toujours oeuvré en vue d’un règlement politique en Libye comme en témoigne la Déclaration du Caire, proposée en juin par le président Sissi, et qui excluait la solution militaire au profit d’un règlement politique global et juste de la crise libyenne sous les auspices des Nations-Unies et de la communauté internationale.

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