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Le fauteur de troubles

Mardi, 04 août 2020

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, se singularise par son éton­nante capacité à se métamorphoser passant d’un extrême à l’autre. Champion de la politique du « zéro problème » au début et au milieu des années 2000, le chef de l’Etat turc est aujourd’hui aux prises avec son entou­rage régional, et même avec ses alliés internationaux. Après son arrivée au pouvoir en 2002, la politique étrangère turque a changé de manière radicale. A l’époque, le Parti de la justice et du développement (AKP) considérait que la Turquie avait commis une erreur en délaissant pendant des décennies le monde arabo-musulman et qu’il était donc temps pour Ankara de revitaliser ses relations avec cette région. En accord avec cette approche, le gouver­nement turc a engagé une politique de rapprochement avec la Syrie, l’Iran, l’Iraq et d’autres pays de la région. La Turquie prônait alors une politique de non ingérence dans les affaires des pays voisins et était perçue comme « un modèle de gouvernance islamiste avisé ».

Mais cette situation allait changer drastiquement sous l’effet de deux facteurs. Le refus de l’adhésion de la Turquie par l’Union européenne et le Printemps arabe. Frustré à l’idée de ne pas pouvoir réaliser ses ambitions à l’Ouest, le président turc se tourne vers l’Est. C’est alors qu’on voit un autre visage d’Erdogan. Le Printemps arabe lui offre une occasion en or. Le recul des Etats-nations au profit des identités tribales et sectaires a affaibli le monde arabe. Erdogan en profite et multiplie alors les ingérences. En Syrie tout d’abord, il soutient la rébellion islamiste contre le régime de Bachar Al-Assad. Mais l’intervention russe met rapidement fin à ses ambitions d’établir un régime islamiste inféodé à la Turquie à Damas. Erdogan récidive en Egypte où il tente d’établir un partenariat avec le régime des Frères musulmans. Mais la chute de celui-ci en juillet 2013 met encore brutalement fin à ses ambi­tions.

Le coup d’Etat manqué contre Erdogan en juillet 2016 marquera une autre étape dans le processus de trans­formation du leader turc. Sur la scène interne, il multiplie les violations aux droits de l’homme. Et sur le plan externe, il multiplie les provocations à l’égard de l’Union européenne. Il fait des prospections gazières au large de Chypre et entre en collision avec les pays de l’Est de la Méditerranée : l’Egypte, la Grèce et Chypre. Il est également en mauvais termes avec Israël et a de nombreux déboires avec son allié américain qu’il provoque à maintes reprises, notamment en ache­tant à la Russie des missiles S-400 anti-aériens. Il tente même d’étendre son influence au Yémen en soutenant les Frères musulmans dans ce pays, ce qui inquiète fortement l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. L’échec d’Erdo­gan en Syrie et en Egypte l’a mené en Libye, où il tente de mobiliser des mil­liers de mercenaires issus des mouve­ments djihadistes en Syrie. Il se trouve désormais face à face avec l’Egypte, plus grande puissance de la région, mais aussi face à la France, qui désap­prouve ses politiques expansionnistes.

Que s’est-il passé ? Ebloui par le pouvoir et ulcéré par ses échecs suc­cessifs, Erdogan a succombé à ses désirs expansionnistes. Il est devenu le fauteur de troubles par excellence.

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