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Le double langage d’Addis-Abeba

Lundi, 20 juillet 2020

Tandis que les négociations sur le barrage éthiopien de la Renaissance, menées sous l’égide de l’Union africaine, ne sont pas encore terminées, les médias officiels en Ethiopie nous ont surpris en annonçant que le « remplissage du barrage de la Renaissance a commencé » avant de se rétracter et de démentir cette information. La télévision d’Etat éthiopienne s’est même excusée en invoquant une « mésinterprétation ». Le ministre éthiopien de l’Eau, Sileshi Bekele, s’est alors empressé de déclarer que « le réservoir du barrage n’a pas été rempli » et que la montée des eaux dans le barrage, visible sur les images satellites, « est due à des pluies diluviennes ». Le problème est qu’en cas de pluies diluviennes, le niveau des eaux dans le bassin du Nil est censé monter. Or, c’est tout le contraire qui s’est produit. Selon le ministère soudanais de l’Irrigation, les eaux du Nil régressent à raison de 90 millions de mètres cubes par jour. « Les nilomètres de la station de Dimim, frontalière de l’Ethiopie, sont catégoriques », a déclaré le ministère.

Un fait qui semble indiquer que les portails du barrage ont bel et bien été fermés. Il a fallu attendre trois jours pour que M. Seleshi Bekele reconnaisse enfin le remplissage du barrage, affirmant que celui-ci se déroulait « conformément au processus naturel de sa construction » !

Les déclarations inconsistantes et incohérentes des responsables éthiopiens révèlent une fois de plus la mauvaise foi d’Addis-Abeba, qui a promis, il y a quelques jours à peine, de ne pas prendre de mesure unilatérale dans la question du barrage avant de conclure un accord avec les pays en aval. Depuis le début de la crise, le gouvernement éthiopien tient en fait un double langage. Tout en se disant disposé à dialoguer avec les pays en aval, il continue à mobiliser l’opinion publique interne en faveur d’une politique « sans compromis » arguant que les sources du Nil bleu sont « une propriété éthiopienne ».

Les informations sur le remplissage du barrage étaient sans doute voulues par les autorités éthiopiennes de même que leur démenti ! L’annonce du remplissage était destinée à la scène interne et visait à montrer que le gouvernement éthiopien « fait preuve de fermeté » et qu’il est résolu à « ne faire aucune concession ». Quant au démenti, il visait à ne pas embarrasser l’Union africaine qui parraine des négociations difficiles entre Le Caire, Khartoum et Addis-Abeba, et surtout à éviter les foudres de l’Egypte et du Soudan. Tout ceci pour gagner du temps. Une politique malheureuse.

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