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Une décision périlleuse

Dimanche, 14 juin 2020

Que le premier ministre israé­lien, Benyamin Netanyahu, soit prévenu. Sa décision d’annexer la Cisjordanie est hautement périlleuse. Si une telle décision devait se concrétiser, elle mettrait officiellement fin à la solution des deux Etats, prônée par la commu­nauté internationale, et saperait toutes les chances d’un règle­ment juste et global de la ques­tion palestinienne. Les consé­quences régionales en seraient pour le moins fâcheuses. Le pre­mier ministre israélien veut visi­blement « enterrer » définitive­ment la question palestinienne. Netanyahu a obtenu le feu vert des Américains. Son objectif est clair: faire plaisir à sa base électo­rale, mais aussi aux partis extré­mistes de la droite au sein de la coalition au pouvoir.

Mais que le chef du gouverne­ment israélien le sache. Toute annexion des Territoires palesti­niens se retournerait immanqua­blement contre lui. D’abord parce qu’elle mettrait la question pales­tinienne sous le feu des projec­teurs. L’effondrement de l’Auto­rité palestinienne amènerait immanquablement l’annulation de toute coopération sécuritaire entre celle-ci et Israël, laissant Tel-Aviv assumer seul la responsabi­lité des territoires sous occupa­tion. Israël aurait alors l’obliga­tion, en tant que force occupante, de respecter les termes de la quatrième convention de Genève de 1949, relative à la protection des populations civiles en temps de guerre, et ce, en vertu de la résolution 2 334 du Conseil de sécurité de l’Onu. La convention en question interdit toute mesure visant à altérer la composition démographique ou à changer le statut et le caractère des terri­toires occupés comme la confis­cation des terrains, la démolition des maisons et le déplacement des populations. La résolution affirme en outre que l’établisse­ment de colonies dans les terri­toires occupés « n’a aucune vali­dité légale » et « constitue une fla­grante violation du droit internatio­nal ».

Mais ce n’est pas tout, l’an­nexion de la Cisjordanie va, d’une part, radicaliser les mouvements islamistes palestiniens et, d’autre part, dégrader la situation des Palestiniens qui perdraient alors tout espoir de fonder un Etat indépendant. Résultat: une éven­tuelle troisième Intifada après celles de 1987 et 2000. Parallèlement, une éventuelle annexion de la Cisjordanie met­trait sous tension les relations d’Israël avec les pays arabes, notamment l’Egypte et la Jordanie. Cette dernière compte une forte population palesti­nienne. Or, Israël tente depuis quelques années de se rappro­cher de certains pays de la région dans le contexte de la montée en puissance de l’Iran. Enfin, l’an­nexion de la Cisjordanie peut aller jusqu’à endommager les relations d’Israël avec l’Adminis­tration Trump et les pays euro­péens car elle risque de déstabili­ser la région. Netanyahu y a tout à perdre .

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