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Le Soudan courtise les Etats-Unis

Mardi, 18 février 2020

Le Soudan multiplie les ini­tiatives pour surmonter sa crise économique et sortir de son isolement diploma­tique, hérités de l’époque de l’an­cien président Omar Hassan Al-Béchir. Le gouvernement intéri­maire a annoncé, jeudi 13février, qu’il était parvenu à un règlement financier avec les familles des vic­times de l’attentat contre le des­troyer américain USS Cole au port d’Aden, au Yémen, le 12octobre 2000. L’accord conclu le 7février fait partie des efforts de Khartoum pour persuader les Etats-Unis de retirer le Soudan de la liste des Etats soutenant le terrorisme.

Un avocat des familles des vic­times, Adam Hall, a précisé que l’accord prévoyait d’accorder 30,6millions de dollars aux familles des morts et 39,4millions de dollars à ceux qui avaient été blessés. Dix-sept marins américains sont morts et 39 autres ont été blessés lors de l’at­taque revendiquée par l’organisation terroriste Al-Qaëda. Les familles des victimes et des blessés ont pour­suivi le gouvernement soudanais devant les tribunaux américains, réclamant des dédommagements pour le soutien apporté par Khartoum à Al-Qaëda. Le gouver­nement intérimaire a souligné jeudi dans le communiqué annonçant le règlement que le Soudan « n’était pas responsable de cet acte ni d’au­cun autre acte de terrorisme » et que l’accord sur les dédommagements répond aux « conditions préalables fixées par l’Administration améri­caine pour retirer le nom du Soudan de la liste des Etats parrainant le terrorisme international » et vise à permettre la normalisation des rela­tions avec les Etats-Unis.

Le département d’Etat a reconnu avoir fait pression sur le Soudan ces derniers mois pour obtenir des répa­rations, affirmant que l’indemnisa­tion des victimes du terrorisme serait une priorité si les Etats-Unis devaient retirer le Soudan de la liste des Etats parrainant le terrorisme. Khartoum est par ailleurs en cours de négociation en vue d’un règle­ment semblable avec les familles des victimes des attentats à la bombe contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en août 1998. Ces attaques presque simulta­nées à Nairobi et à Dar es Salam, attribuées à des membres locaux d’Al-Qaëda, ont tué 224 personnes, dont 12 Américains, et blessé des milliers.

Le Soudan a été ajouté à la liste américaine en 1993, à l’époque du régime d’Al-Béchir. Cette inclusion a entraîné des restrictions sur l’aide économique étrangère, l’interdiction des ventes d’armes et de matériel de défense et la limitation des transac­tions financières. Une assistance financière du Fonds monétaire inter­national et de la Banque mondiale devenait également impossible. L’inscription sur la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme a eu pour conséquence de paralyser l’économie du Soudan et dissuader les investisseurs étrangers et les banques commerciales de faire des affaires dans le pays. En restant sur la liste, le Soudan n’a pas accès aux 10milliards de dollars d’aide dont il espérait obtenir pour renflouer son économie, en crise aiguë.

Le premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, un éminent éco­nomiste, s’est rendu à Washington en décembre dernier dans le but de faire pression sur l’Administration du président Donald Trump pour retirer son pays de la liste établie par le département d’Etat. A son retour de Washington, Hamdok a annoncé que Khartoum allait fermer les bureaux du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais, tous deux dési­gnés par les Etats-Unis comme des groupes terroristes.

Mais l’initiative la plus spectacu­laire prise par le régime intérimaire a été son ouverture en direction d’Is­raël en vue d’obtenir son aide dans sa requête auprès de l’Administra­tion américaine. Le 3 février, le président du Conseil souverain de transition, le général Abdel-Fattah Al-Burhan, a rencontré à Entebbe en Ouganda, le premier ministre israé­lien Benyamin Netanyahu. Une pre­mière entre les deux pays. Al-Burhan a reconnu, dans un entretien avec le journal Asharq Al-Awsat, que la rai­son de la rencontre sans précédent était d’obtenir le soutien d’Israël, un proche allié des Etats-Unis, pour la levée de son pays de la liste améri­caine des Etats soutenant le terro­risme. Selon la chaîne 13 de la télé­vision israélienne, Netanyahu a pro­mis son aide et a soulevé la question avec le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, lors de sa visite à Washington au cours de laquelle le président Trump a annoncé son plan de paix pour le conflit israélo-pales­tinien. Netanyahu a également indi­qué qu’Israël et le Soudan allaient normaliser leurs relations après des décennies d’inimitié.

Sur un autre plan, le ministre sou­danais de l’Information et porte-parole du gouvernement par intérim, Faisal Saleh, a révélé que l’Admi­nistration américaine avait placé la refonte de l’appareil de sécurité de son pays comme une autre condition pour retirer le Soudan de la liste du terrorisme. « Les Américains pen­sent que le soutien du Soudan au terrorisme a été assuré par son appareil de sécurité », a-t-il précisé, ajoutant que les Etats-Unis « veulent donc être assurés qu’il y a eu un changement radical » dans son fonctionnement. Le gouvernement soudanais, qui se veut discret sur la question, cherche à l’évidence à accéder à la demande américaine. Dans une lettre fuitée adressée le mois dernier au secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, le premier ministre, Hamdok, a demandé à l’organisa­tion internationale d’envoyer une mission politique au Soudan en vue de fournir un appui technique à la réforme des secteurs judiciaire et sécuritaire.

L’annonce, le 11 février par Khartoum, de son intention de livrer à la Cour pénale internationale à LaHaye l’ancien président et 4 de ses hommes de main s’inscrit dans le même effort déployé par le Soudan en vue de la normalisation de ses rapports avec Washington et de sa réhabilitation sur la scène internationale. Al-Béchir est accusé de génocide au Darfour, une région de l’ouest soudanais qui était en proie à un conflit armé entre des groupes rebelles et le gouvernement depuis 2003

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