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L’Europe et le conflit libyen

Mardi, 28 janvier 2020

De nombreux analystes russes, occidentaux et certains arabes estiment que la Russie est devenue un acteur principal au Moyen-Orient et que ses objectifs sont en accord avec un grand nombre d’acteurs régionaux, qui lui vouent une grande confiance. Cependant, des mises en garde ont été lancées sur les retombées de son implication dans certains dossiers.

Historiquement, beaucoup de peuples de la région, surtout en Afrique du Nord, portent un regard positif sur les interventions russes qui se font sur fond d’intérêts communs et qui s’inscrivent loin de toute ingérence dans les affaires internes des pays. Sur ce point, Moscou a une position radicalement différente de l’Occident qui a toujours justifié son ingérence par sa volonté de défendre la démocratie et les droits de l’homme. Chose que la Russie ne fait pas. Sa logique est de défaire les groupuscules extrémistes et terroristes qui agissent contre les intérêts des Etats. La Russie a exprimé des réserves au sujet des mouvements de contestation populaires qui ont eu lieu dans un nombre de pays de la région depuis 2011. Moscou estime que ces mouvements nuisent à la stabilité à laquelle elle croit fermement étant donné son approche conservatrice qui ne préfère pas les aventures non calculées.

Il semblerait que tous ces constats sont actuellement reconsidérés par la Russie. Depuis l’intervention russe en Syrie en 2015, Moscou est devenue un acteur à part entière totalement impliqué dans les affaires de la Syrie et de la région. Son intervention a changé la carte stratégique en Syrie et dans la région.

Une certaine flexibilité a gagné donc les positions russes, et Moscou cherche désormais à s’approprier un plus grand prestige et une influence qui n’étaient pas de mise auparavant.

Par ailleurs, les évolutions de la politique étrangère de Trump, qui oscille entre l’affirmation de la présence américaine et un retrait partiel, donnent un plus grand espace à la Russie qui veut s’accaparer une grande part du gâteau, surtout dans ses zones d’influence.

Les analystes pensent qu’il existe un jeu entre Mocou et Washington. Les Etats-Unis souhaitent se retirer quelque peu de la région donnant libre cours à Moscou pour se focaliser davantage sur les menaces chinoises. Dans ce contexte, la Russie cherche à façonner un nouvel ordre régional où elle bénéficiera d’un plus grand espace de manoeuvre, sans prendre en considération les impératifs de la lutte antiterroriste. Preuve en est sa coopération avec certaines forces régionales qui ne respectent pas le droit international, protègent le terrorisme et qui exercent du chantage contre les voisins. Ces nouveaux partenaires de la Russie fomentent les troubles, violent les droits et ont tendance à s’accaparer les ressources des autres pays et à occuper leurs territoires. Moscou donne à ces partenaires l’ombrelle nécessaire pour mener à bien leurs plans. Exemple: les deux opérations lancées au nord-est de la Syrie, par la Turquie, qui ont été menées avec l’accord de la Russie et des Etats-Unis. Il y a aussi les efforts déployés pour faire passer le modèle de l’intervention militaire directe en Libye à l’aide de mercenaires syriens. L’objectif est de créer une nouvelle réalité sur le terrain faite de colonisation et de pillage des ressources de l’ouest de la Libye. Il s’agit là d’une contradiction évidente avec la politique russe des deux dernières décennies.

L’objectif de Moscou d’éloigner les terroristes d’une région qui lui est proche (la Syrie) vers un autre pays plus lointain comme la Libye est une aventure qui porte atteinte à la crédibilité de la Russie.

Le fait d’éloigner les mercenaires syriens et autres d’Idleb réalise un intérêt latent à la Russie. Et le fait de les transférer à l’ouest de la Libye sous prétexte de soutenir un gouvernement reconnu internationalement, sans que cela provoque un refus ou une condamnation, représente une évolution dangereuse et frappe les relations d’amitié avec les amis historiques.

Dans les relations internationales, il existe deux écoles. La première est l’école réaliste qui adopte la force afin d’imposer des réalités et de réaliser des intérêts aux dépens des autres. La seconde école est basée sur la coopération, les intérêts communs, l’équilibre et l’éthique.

Il est clair que les évolutions au Moyen-Orient ne sont basées que sur la force absolue. Il est important dans ce contexte de ne dépendre que de soi-même et de posséder une force dissuasive. Il est également important de cesser d’avoir confiance en les parties non crédibles et qui cherchent l’hégémonie absolue. Telle est la leçon à retenir de toutes ces turbulences qui traversent la région l

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