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La démission de Hariri : début ou fin de la crise ?

Mardi, 05 novembre 2019

Le premier ministre libanais, Saad Hariri, a présenté sa démission au président Michel Aoun. Cette démission ainsi que la formation d’un gouvernement de technocrates étaient les demandes du mouvement populaire au Liban. Certains appelaient également à la dissolution du Conseil des députés, voire à la démission du président de la République entres autres demandes comme la lutte contre la corruption et la restitution des fonds détournés.

En ce qui concerne la démission de Hariri, il y a ceux qui estiment qu’elle a eu lieu après que celui-ci eut échoué à convaincre Michel Aoun de procéder à un remaniement ministé­riel. En tête de liste de ceux qui devaient être concernés par ce remaniement, le ministre des Affaires étrangères, Gobran Bassil, qui rêve de devenir le prochain locataire du palais de Baabda et qui s’était attiré une bonne partie de la grogne populaire. Il y a également le ministre des Finances qui appartient au mouvement Amal, Ali Hassan Khalil, qui voulait imposer de nouveaux impôts aux Libanais. Mentionnons aussi le ministre d’Etat pour le Commerce extérieur, Hassan Abdel-Réhim Mourad. Quoique n’ayant pas été concerné par la grogne, il est le ministre sunnite que le Hezbollah avait imposé à Hariri, qui voulait l’écarter à tout prix.

La démission de Hariri : début ou fin de la crise ?

Certains affirment que s’il avait procédé à un remaniement, Hariri se serait libéré de la responsabilité de l’escalade entre Amal et le Hezbollah d’un côté et les manifestants de l’autre. Il n’est pas un secret que les manifes­tants ont fait l’objet d’agressions sur la place Riyad Al-Solh par Amal et le Hezbollah.

Hariri aurait ainsi déconcerté l’élite politique et sa popularité serait montée dans la rue. Partant de cette logique, si jamais Hariri est chargé de former un nouveau gouvernement, il sera assuré que les contestations sur son pro­gramme économique seront moins fortes.

Mais plus importantes sont les interrogations sur les répercussions de cette démission sur le plan interne au Liban. D’une certaine manière, les manifestants sentiront que c’est grâce à leurs pressions que le chef du gouvernement a démissionné et que l’élite politique a répondu à leurs appels. Ceci les amènera à rester dans la rue pour continuer leurs pressions. En effet, l’objectif de ces contestations n’était pas la démission en soi de Hariri, sa reconduction ou encore la nomina­tion d’une autre personnalité sun­nite de renommée. Mais l’objectif était de former un gouvernement de technocrates neutres sans apparte­nance aux forces politiques. Il reste à savoir si cela est possible.

Ceci nous amène à analyser la position des autres parties de l’équation poli­tique libanaise. D’ailleurs, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait déclaré dans ses discours prononcés les 19 et 25 octobre qu’il ne préférait pas de remaniement gouvernemental. La démission de Hariri a été réalisée sans consultation avec le président de la République, ni avec Hassan Nasrallah. Ce dernier la considère comme un complot exté­rieur destiné à mettre fin à l’entente entre Aoun, Hariri et Nasrallah ces trois dernières années.

Une lecture plus approfondie du discours de Nasrallah du 25 octobre montre qu’il parle beaucoup de complots extérieurs et du rôle des ambassades étrangères qui a fait bouger la rue libanaise. Selon Nasrallah, le pari d’une guerre potentielle entre les Etats-unis et l’Iran ne tient plus et, par conséquent, un autre pari est en train de prendre forme. Il s’agit d’affaiblir le Liban qui « dérange Israël ». Dans ce cas, il y a des doutes que Nasrallah accepte un gouvernement de technocrates.

Premièrement parce que cette demande n’émane pas de ceux qu’il appelle la catégorie des nationaux loyaux qui se trouvent dans les rues et dont les demandes se limitent à améliorer les niveaux de vie et à alléger les fardeaux économiques. Deuxièmement parce qu’il a mentionné qu’en sa qualité de parti politique, il n’a pas participé aux sit-in dans les rues et donc il ne pourra pas accepter le fait accompli auquel il n’a pas pris part.

L’idée du gouvernement de technocrates a été minée par le président de la République, car il n’y a pas de noms pour le poste de premier ministre. Récemment, certains noms ont cir­culé. Mais le problème est qu’ils ne comblent pas le vide laissé par Hariri, surtout à la lumière des conjonctures économiques difficiles à l’égard desquelles le gouverneur de la Banque Centrale du Liban avait mis en garde. De même, le candidat potentiel aura à établir des liens étroits avec les institutions de finance­ment dans la région du Golfe et sur le plan international, ce qui nécessite beaucoup de temps. Michel Aoun acceptera-t-il de renoncer à son gendre Gobran Bassil au sein du nouveau gouvernement ? Il s’agit là d’une autre ques­tion épineuse. Il est vrai que l’isolement de Gobran est une demande consensuelle et des autres pôles du pouvoir libanais comme Nabih Berry, le président du Conseil des députés, qui s’était opposé à Gobran en public. En fin de compte, quelles que soient les divergences, il est essentiel de préserver la cohésion du mou­vement du 8 Mars, qui a été déstabilisé en rai­son de la crise actuelle. Ajoutons à cela que Walid Joumblatt soutient la nomination à nou­veau de Hariri.

Le président Aoun a fait preuve d’intelli­gence lors de son dernier discours lorsqu’il a placé la balle dans le camp du mouvement populaire et du parlement. Et ce, lorsqu’il a déclaré que le gouvernement de technocrates non partisans doit avoir l’approbation popu­laire et l’approbation du Conseil des députés. Des divergences pourraient se manifester sur les candidats potentiels. Et ce, parce que le mécanisme désigné pour sonder l’avis du peuple ou plus précisément du mouvement populaire n’est pas suffisamment clair. Quant au fait que le parlement accorde sa confiance au gouvernement, c’est une chose obligatoire conformément à la Constitution. Il est difficile de comprendre que le Parlement accepterait d’exclure toutes ses forces politiques parti­sanes. Ainsi, le président Aoun aurait, de façade, accepté l’une des demandes du mou­vement populaire. Ce sont les interactions populaires et parlementaires qui détermine­ront plus tard de ces demandes.

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