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Adieu Chirac ...

Dimanche, 29 septembre 2019

Avec le décès, cette semaine, de l’ancien président français, Jacques Chirac, c’est l’une des plus grandes figures politiques de la fin du XXe et le début du XXIe siècle qui disparaît. Le 22e président français restera dans les mémoires comme l’homme qui a tenu tête aux Etats-Unis en s’opposant à l’invasion américaine de l’Iraq. Son célèbre « coup de gueule » contre la sécurité israélienne lors d’une visite à Jérusalem en 1996 restera dans les annales, et explique en grande partie sa popularité dans le monde arabe. Une popularité qu’il doit notamment à une politique posée et réfléchie à l’égard des grands dossiers de la région. Il avait notamment soutenu la paix juste et durable au Proche-Orient, reconnaissant les droits des Palestiniens à un Etat indépendant et appelant à une paix entre Israël et la Syrie basée sur un retrait total du Golan occupé en 1967. Une position qui contrastait avec les politiques américaines traditionnellement alignées sur Israël et donc très impopulaires dans le monde arabe.

Jusque dans les années 1960, la politique de la France au Proche-Orient était basée sur le soutien inconditionnel à Israël. Paris était, à cette époque, le principal allié de l’Etat hébreu. En 1956, les forces israéliennes ont coopéré avec les armées britanniques et françaises durant la crise de Suez. Mais après la Guerre des 6 jours en 1967, cette approche allait changer sous la houlette du président Charles de Gaulle. Celui-ci procède à un rééquilibrage de la politique de la France au Proche-Orient l’orientant davantage vers un monde arabe riche en hydrocarbures et avec qui la France possède des relations historiques très fortes.

D’abord, en tant que premier ministre puis en tant que président de la République, Chirac renoue avec cette politique qu’avait voulue de Gaulle. Il renforce les relations d’amitié avec le monde arabe et les propulse vers de nouveaux horizons, rappelant au passage son attachement au partenariat euro-méditerranéen lancé lors de la conférence de Barcelone en 1995 et revendiquant pour l’Europe un plus grand rôle dans le processus de paix. En avril 1996, il déclare lors de sa visite au Caire: « La politique arabe de la France est une dimension essentielle de sa politique étrangère. Je souhaiterais donner à cette politique un élan ».

L’Egypte était au coeur de cette politique arabe de Jacques Chirac. Seul pays arabe (avec la Jordanie) à avoir conclu la paix avec Israël, l’Egypte a toujours joué un rôle modérateur dans le processus de paix, oeuvrant inlassablement en vue de rapprocher les points de vue entre Israéliens et Palestiniens. Et c’est dans ce contexte que Le Caire devient un partenaire majeur de la France dans la région. Et les deux pays coopèrent à tous les niveaux. Ils jouent un rôle majeur dans leurs régions respectives. La France au nord de la Méditerranée et l’Egypte au sud. La France, qui veut faire barrage au terrorisme, a besoin de l’expérience égyptienne dans ce domaine, et l’Egypte, qui cherche un puissant allié pour faire contrepoids aux Etats-Unis, a besoin de la France. Lié d’une amitié personnelle avec l’ancien président Hosni Moubarak, Chirac se rend maintes fois au Caire (en tout 7 visites) et Moubarak est le premier chef d’Etat à le féliciter en 1995 après son élection à la présidence de la République.

En septembre 1987, alors premier ministre, il vient dans la capitale égyptienne pour inaugurer la première ligne du métro souterrain, un projet hautement symbolique de la coopération franco-égyptienne. Puis en avril 1996, c’est un autre grand projet lancé en coopération avec la France qu’il inaugure avec Moubarak, celui de l’hôpital Qasr Al-Aïni. L’Université française d’Egypte ouvrira ses portes en 2006 lors d’une autre visite de Jacques Chirac. Avec cette coopération accrue, les liens économiques et culturels entre Le Caire et Paris connaissent un véritable élan. Tout cela a permis à Jacques Chirac de gagner le respect des Egyptiens. Aujourd’hui, nous ne pouvons que saluer la mémoire d’un homme d’Etat hors du commun et l’un des artisans de l’amitié franco-égyptienne .

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