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Les Palestiniens et le paysage politique israélien

Dimanche, 22 septembre 2019

Que va-t-il changer pour les Palestiniens après les élections israéliennes? A priori rien. Les deux candidats au poste de premier ministre en Israël, Benyamin Netanyahu (Likoud, droite) et Benny Gantz (Bleu et blanc, centre), ont des positions relativement proches en ce qui a trait au dossier palesti­nien. Si Netanyahu est connu pour son intransigeance à l’égard des Palestiniens, et ses « flirts » incessants en période électorale avec l’extrême droite, Benny Gantz, lui, pré­conise la défense des colonies juives de Cisjordanie, et les projets d’annexion de cette région ne semblent pas l’offusquer outre mesure, même s’il se dit prêt à reprendre les négociations avec les Palestiniens. Autant dire que pour les Palestiniens, c’est bonnet blanc et blanc bon­net, et quelle que soit l’issue de la crise post-électorale en Israël, les Palestiniens n’ont strictement rien à gagner de ces élections.

D’abord parce que le rêve d’une paix durable entre Israël et les Palestiniens et la solution des deux Etats se sont, semble-t-il, volatilisés après la mort de Yitzhak Rabin en 1995. L’ancien premier ministre israélien avait eu le courage de conclure avec les Palestiniens les accords d’Oslo en 1993. Accords qui lui avaient valu le prix Nobel de la paix conjointement avec Yasser Arafat.

Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts et le paysage politique israélien a bien changé. La gauche est désormais marginalisée (le parti travailliste ne dispose que de 6 sièges au sein de la Knesset) et l’on assiste depuis quelques années à un ancrage à droite de la société israélienne. Les gouvernements israé­liens successifs ont basculé l’un après l’autre vers l’extrême droite. Ainsi, on a vu Netanyahu adopter, élection après élection, un discours de plus en plus radical à l’égard des Palestiniens. En février dernier, le premier ministre sortant n’a pas hésité à nouer une alliance avec le parti suprématiste Kach, un parti d’extrême droite fondé par le rabbin Meir Kahane, avant son assassinat en 1990. Ce parti prône l’expulsion des Palestiniens et la destruction de la mosquée d’Al-Aqsa de Jérusalem, entre autres aberrations.

Les guerres successives à Gaza ont visible­ment renforcé les partis d’extrême droite en Israël qui profite du climat de tension pour propager la haine et diffusser leur rhétorique guerrière hostile aux Arabes, considérés alors comme un « ennemi aussi bien interne qu’ex­terne » ! Au cours de la dernière guerre à Gaza, la ministre de la Justice du gouverne­ment sortant, Ayelet Shaked, avait posté sur sa page Facebook un texte qualifiant le peuple palestinien d’« ennemi d’Israël » et justifiant ainsi « sa destruction, y compris ses vieillards, ses femmes, ses villes et ses villages ». Naftali Bennett, ministre de l’Education du gouverne­ment Netanyahu, préconisait, lui, de « tuer tous les terroristes arrêtés plutôt que de les mettre en prison». Et d’expliquer: « J’ai tué beaucoup d’Arabes, aucun problème avec ça ». Quant à l’ancien ministre de la Défense, Avigdor Liberman, il affirme que « les Israéliens arabes n’ont pas leur place ici. Ils peuvent prendre leurs baluchons et disparaître ».

L’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis n’a fait que conforter cette ten­dance extrémiste et radicale au sein de la société israélienne. Trump a soutenu à outrance les décisions de Netanyahu en reconnaissant notamment la souveraineté d’Israël sur le Golan et en transférant l’am­bassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

Benny Gantz a rejeté les offres de Netanyahu de former un gouvernement d’union sous sa direction. Aucun des deux partis arrivés en tête des élections n’a évoqué le plan de paix américain avec les Palestiniens. Le fameux « Deal du siècle » apparaît aujourd’hui plus comme un mirage bien loin de la triste réalité .

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