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La carte de la gauche européenne

Mardi, 30 juillet 2019

De nombreuses études ont der­nièrement essayé de dessiner la carte de la nouvelle gauche euro­péenne, ou plutôt la gauche postmo­derne (humaniste), qui se distingue de la gauche classique. Il s’agit de définir la gauche postmoderne, de retracer son cheminement historique, de présenter ses théoriciens, d’éclair­cir les questions qu’elle pose et leur importance pour la pensée humaine, et enfin de découvrir la dynamique des partis et des mouvements de gauche en Europe.

D’après l’historien marxiste Perry Anderson, auteur de Lineages of The Absolutist State (l’Etat absolutiste, ses origines et ses voies), la gauche postmoderne se distingue de la gauche classique (et des tentatives de la renouveler dans les années 1960), par l’intérêt qu’elle accorde à l’inte­raction entre les êtres humains et leur environnement, ce qui échappait complètement à la gauche classique. La nouvelle gauche s’est affranchie du poids de l’idéologie et de la mobi­lisation. Premièrement, sur le plan intellectuel, la gauche postmoderne est plus libérale que le marxisme historique qui fut associé à des cou­rants comme le léninisme, le trots­kisme, le maoïsme, etc. La nouvelle gauche a profité des critiques formu­lées par les promoteurs du renouvel­lement de la gauche dans les années 1950 et 1960 et a essayé de com­prendre les développements qui se sont produits dans la société moderne à la lumière de la mondialisation et de la révolution technologique. La littérature de la gauche postmoderne comprend non seulement des cri­tiques, mais aussi des idées radicales dans de nombreux concepts et sujets tels que l’histoire, la démocratie, le rôle des intellectuels d’avant-garde, l’éthique, les classes, la définition de l’ouvrier révolutionnaire, la place centrale de la classe ouvrière, etc.

En outre, la gauche postmoderne est pleinement engagée dans des dos­siers émergents tels que le post-fémi­nisme, les conflits d’identité, l’im­pact de la technologie et du numé­rique sur les classes sociales, l’inéga­lité historique entre une minorité riche et une majorité pauvre, le capi­talisme moderne, l’impact de la mon­dialisation sur l’Etat-nation, les vel­léités indépendantistes de certains groupes ethniques, l’exacerbation des problèmes liés à la citoyenneté, la montée des impérialismes non-occi­dentaux, etc.

Deuxièmement, nous noterons que les symboles de la gauche post­moderne se sont libérés de la domi­nation partisane. Alors que Lénine était lié à la démocratie socialiste russe et Gramsci au parti commu­niste italien, la nouvelle gauche évolue comme un « courant » visant à influencer la société à tra­vers de multiples voies, sans être associée à un parti. En effet, l’une des caractéristiques de la pensée de la gauche postmoderne est qu’elle s’éloigne de la lutte des partis, des mouvements et des groupes sociaux, sans toutefois perdre contact avec les nouveaux mouve­ments revendicateurs et de contes­tation. En effet, de nombreux mou­vements européens apparus au cours de la dernière décennie, tels que le mouvement espagnol Podemos, s’inspirent des idées d’Ernesto Laclau, de Chantal Mouffe et d’autres.

L’émancipation intellectuelle et politique des symboles de la gauche postmoderne leur a permis de com­muniquer directement avec les citoyens et d’influencer les divers mouvements civiques sans revendi­quer une quelconque autorité poli­tique. Et ce, grâce à leurs idées qui mettent en avant deux valeurs fon­damentales, à savoir la liberté et l’égalité, tout en soulignant l’obso­lescence de l’équation politique en vigueur depuis la Seconde Guerre mondiale et qui consiste à faire alterner au pouvoir le centre droite et le centre gauche, un arrangement que l’Europe occidentale a trouvé commode.

Il serait temps de bouleverser la structure politique qui existe depuis des décennies pour accueillir le mouvement citoyenniste européen qui cherche une refonte institution­nelle, intellectuelle, sociale et poli­tique.

Le livre Hémisphère gauche: Une cartographie des nouvelles pensées critiques présente les idées de plus de 30 grands penseurs européens influents comme Robert Cox, David Harvey, Toni Negri, Michael Hardt, Nancy Fraser, Fredric Jameson, Erik Olin Wright, Giovanni Arrighi, Slavoj Zizek, Judith Butler, Jacques Rancière et d’autres... Alors que le livre Mapping The European Left, édité en 2016 par la fondation Rosa Luxemburg, suit les nouveaux mou­vements et les partis de gauche dans une vingtaine de pays européens, ainsi que leur représentation dans les parlements nationaux et le Parlement européen, et leurs liens avec d’autres mouvements et par­tis… A suivre

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