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Le difficile dialogue Washington-Téhéran

Mardi, 18 juin 2019

Après une escalade, qui a duré quelques semaines, l’intervention de plusieurs acteurs internationaux pour désamorcer la crise entre les Etats-Unis et l’Iran a réussi à réduire la tension. Cela dit, la situation reste volatile et peut dégénérer à tout moment. Si l’option militaire est difficile, la voie diplomatique ne l’est pas moins, et ce, malgré les multiples médiations effectuées par le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. Sa visite à Téhéran a été une occa­sion pour l’Europe de réitérer son attachement à l’accord nucléaire, sans toutefois réussir à construire un pont de dialogue entre Washington et Téhéran. Les efforts de médiation du premier ministre japonais, Shinzo Abe, et même ceux du Qatar n’ont pas donné plus de résultats. Les Iraniens estiment qu’un dialogue avec Washington exige la levée préalable des sanc­tions américaines. Pour eux, il n’est pas question que le dialogue s’étende à leur programme de missiles balistiques ou à leur politique régionale. Les Iraniens se disent seulement prêts à discuter de la modification de certaines dispositions de l’accord nucléaire en vigueur, mais pas de l’éla­boration d’un nouvel accord.

De leur côté, les Etats-Unis insistent sur le fait que le dialogue doit être global, traitant tous les dossiers, à savoir le programme nucléaire, celui des missiles balistiques, le soutien du terrorisme à travers les tentacules iraniens dans la région, ainsi que le dossier des droits de l’homme. Washington réclame un nouvel accord nucléaire pour pallier les failles de l’accord signé en 2015 en éliminant toute possibilité pour l’Iran d’ac­quérir l’arme nucléaire. Les Américains exigent en outre l’arrêt du programme de missiles balis­tiques et de tout soutien iranien au terrorisme.

Washington utilise la politique du bâton en faisant monter la pression par le biais de sanc­tions internationales, qui englobent presque tous les secteurs de l’économie iranienne. Les sanc­tions visent désormais les secteurs du pétrole, des banques et des métaux. Dernièrement, elles se sont étendues au secteur pétrochimique qui représente 25 % des exportations iraniennes. L’Administration américaine espère que la poli­tique de sanctions finira par porter ses fruits en amenant le régime iranien à mettre fin à ses agis­sements malveillants et déstabilisateurs dans la région. Du moins, l’Iran se retrouverait obligé à revenir à la table de négociations, selon les termes définis par le ministre des Affaires étran­gères, Mike Pompeo.

Selon un autre scénario envisagé par les Etats-Unis, les sanctions économiques entraîneraient la chute du régime iranien. Avec la détérioration de l’économie, les citoyens iraniens réaliseront comment la politique régionale hégémoniste du régime militaro-religieux en place a entraîné une détérioration de leur niveau de vie en provo­quant des sanctions internationales et en dissi­pant les ressources de leur pays dans des dépenses militaires au Yémen, en Iraq, en Syrie et au Liban.

Washington se considère donc dans une posi­tion de force et ne se sent pas obligé de faire des concessions relatives aux sanctions économiques ou aux exigences qu’il a formulées. Tout en adoptant cette politique de longue haleine, les Etats-Unis poursuivent leur mobilisation mili­taire face à la politique du bord du gouffre adop­tée par les Iraniens. Ces derniers réitèrent leurs menaces de bloquer le détroit d’Ormuz, couloir maritime par lequel transitent les exportations pétrolières des pays arabes du Golfe, et de s’en prendre au trafic maritime. Déjà, quatre navires ont été attaqués au large des Emirats arabes unis.

Les choix de l’Iran se trouvent limités et le pari sur l’Europe semble perdant. Les positions européenne et américaine se sont beaucoup rap­prochées quant à l’importance d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire et de l’amener à négocier son programme de missiles et à arrêter ses activités déstabilisatrices au Moyen-Orient. C’est ce qu’a confirmé le président français, Emmanuel Macron, lors de son entretien avec son homologue américain, Donald Trump, en marge du 75e anniversaire du débarquement en Normandie. D’autres pays européens signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, notamment l’Angleterre et l’Allemagne, ont exprimé une position semblable. Les pays européens ont en outre rejeté les menaces et les ultimatums ira­niens relatifs à la reprise de l’enrichissement de l’uranium.

Les décisions de l’Iran risquent de lui faire perdre la sympathie de l’Europe, notamment après le meurtre et les tentatives d’assassinat d’opposants iraniens aux Pays-Bas et en France, et surtout à un moment où l’Europe commence à ressentir les retombées économiques des sanc­tions américaines.

La reprise du dialogue avec l’Iran sera donc tributaire de l’impact des sanctions et des pres­sions exercées par les Etats-Unis. Or, si l’Iran décide de reprendre l’enrichissement de l’ura­nium, cela signifiera l’effondrement de l’accord nucléaire et la réactivation des sanctions interna­tionales par le Conseil de sécurité de l’Onu.

Bref, le régime iranien a le choix de poursuivre sa fuite en avant au risque de courir à sa perte, ou de reprendre le dialogue selon les termes et les conditions définis par Washington.

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