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La course des paris entre les Arabes et les Israéliens

Lundi, 01 avril 2019

La décision du président américain, Donald Trump, de reconnaître la souveraineté d’Israël sur les territoires syriens du Golan a soulevé des réactions arabes enflammées. Cependant, ces réactions soulèvent une question critique: les Arabes possèdent-ils autre chose que la colère ?

Cette question devient de plus en plus critique à la lumière des mutations importantes qui surviennent en Algérie et qui ont jeté leur ombre sur le sommet arabe. En effet, les manifestations populaires dans ce pays voisin de la Tunisie sont sur le point de transformer l’équation de « le peuple veut » à celle de « le peuple peut ». Elle le devient encore plus à la lumière du pari américano-israélien qui s’est imposé avant que Trump ne reconnaisse Jérusalem comme capitale de l’entité sioniste et ne décide de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem. Est-ce que le drame arabe se répétera encore en ce qui concerne le Golan syrien? Est-ce que les Arabes se contenteront d’exprimer leur colère, incapables de faire quelque chose ? Est-ce que les Israéliens et les Américains gagneront leur pari éternel que la déclaration, signée par Trump en présence de Netanyahu au cours de sa visite aux Etats-Unis, se transforme en une loi promulguée par le Congrès ? Et par conséquent, aucun autre président n’aura le droit de la révoquer.

Ceux qui refusent cette supposition pessimiste et qui aspirent à une véritable position arabe sont confiants dans le fait que les Arabes adopteront cette fois-ci une décision tranchante pour de nombreuses raisons. La première est que Trump a déclaré à travers Twitter: « Après 52 ans, il est temps pour les Etats-Unis de reconnaître pleinement la souveraineté d’Israël sur le Golan, qui a une importance stratégique pour l’Etat d’Israël et la stabilité régionale ». Cette déclaration est donc à même d’ancrer un nouveau principe dans la gestion des relations internationales et notamment dans la gestion de l’avenir de la Syrie. Le principe qui octroie à tout pays le droit de s’approprier les terres de ses voisins s’il y voit un intérêt relatif à sa sécurité. Cependant, ceci se contredit avec la loi internationale et toutes les conventions internationales qui refusent l’annexion des territoires par la force. Ceci se contredit également avec la résolution 242 promulguée à la suite de l’agression israélienne de 1967 et qui régit la position internationale envers le conflit arabo-israélien. Israël ne s’est pas contenté d’intensifier son expansion colonialiste dans le Golan à la suite de son occupation, il a également promulgué une loi de la Knesset reconnaissant la souveraineté israélienne sur le Golan, le 14 décembre 1981. Depuis cette date, il tente d’obtenir un soutien international et notamment américain. Mais il n’y a pas réussi pendant toutes ces années surtout après que l’Assemblée générale de l’Onu eut adopté la célèbre résolution qui condamne la décision israélienne d’annexer le Golan la considérant comme « nulle et non avenue ». Raison pour laquelle la nouvelle décision américaine est fort dangereuse, car elle octroie à Israël le droit d’annexer le Golan. Les Etats-Unis avaient essayé une première fois de reconnaître ce droit, sous prétexte que l’administration américaine condamne le président syrien et ses politiques. L’ex-ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, Nikki Haley, avait confirmé que Washington ne resterait pas impartiale vis-à-vis de la résolution de l’Assemblée générale qui condamne l’imposition de la souveraineté israélienne sur le Golan et que Washington allait voter pour le soutien de celle-ci. Elle a expliqué le revirement de la position américaine vis-à-vis de la résolution de l’Assemblée par le fait que « cette résolution dévoile un parti pris évident contre Israël. De plus, les atrocités que le régime syrien continue de commettre prouvent son manque d’aptitude à gouverner qui que ce soit ». Et voilà que cette fois, les Etats-Unis soutiennent l’imposition de la souveraineté israélienne sur le Golan pour des raisons relatives aux besoins sécuritaires d’Israël et à l’instauration de la paix dans la région.

Ces deux prétextes américains, celui de punir Al-Assad en lui confisquant une partie de ses territoires et les octroyant à Israël et celui des besoins sécuritaires israéliens, non seulement anéantissent tous les fondements du droit international et de l’instauration de la paix, mais font aussi de la Syrie et des pays arabes des proies faciles pour les pays voisins. Surtout pour la Turquie, qui a des avidités dans les territoires syriens et iraqiens et qui possède des prétextes historiques qu’elle ne cesse de déclarer haut et fort à travers lesquels elle confirme son droit d’imposer sa souveraineté sur le nord de la Syrie jusqu’à Alep, et sur l’Iraq jusqu’à Mossoul et Kirkouk. Ceci représente un danger auquel les Arabes ne peuvent échapper car le silence octroiera à tous les pays du voisinage arabe le droit de s’approprier des territoires arabes.

La raison la plus importante qui pousse à croire que les Arabes ne se tairont pas sur cette décision américaine est que celle-ci marque ouvertement le début de l’exécution du projet du « Grand Israël » qui se dissimulait derrière le slogan de « l’Euphrate jusqu’au Nil », alors que d’aucuns parlent des droits des juifs sur le nord de la péninsule arabique jusqu’à Médine. En effet, un ouvrage récent paru sous le nom de La Route jusqu’à La Mecque montre les juifs comme les véritables propriétaires non seulement de la Palestine mais aussi de tous les pays voisins. Les dirigeants arabes sont-ils conscients de tout ceci? Cela ne suffit-il pas pour faire tomber le ciel sur la tête d’Israël et des Etats-Unis et restituer leurs droits ? Sont-ils conscients de la gravité de leur ignorance des acclamations du peuple algérien dont les échos parviennent à tous les peuples arabes? Les acclamations qui confirment qu’il n’est plus permis que le fossé de la confiance demeure aussi grand entre le peuple et son dirigeant. Ou bien les Arabes ne feront-ils rien et leurs priorités demeureront-elles leurs conflits entre eux-mêmes ignorant totalement la volonté populaire qui refuse catégoriquement la négligence des droits arabes ? De toute façon, on verra bientôt qui gagnera le pari, les Arabes ou les Israéliens et Américains .

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