Lundi, 17 juin 2024
Opinion > Opinion >

Une nouvelle polarisation dans la crise syrienne

Mardi, 19 mars 2019

Lorsque le président syrien, Bachar Al-Assad, décide de faire une visite sur­prise à Téhéran, cela signifie qu’une crise prend forme non seulement au niveau des relations syro-russes, mais également entre Téhéran et Moscou. En d’autres termes, la crise est en train de prendre une plus grande ampleur au niveau de la coalition russe à l’in­térieur des territoires syriens.

Le président syrien a récemment effectué une visite-éclair d’une seule journée à la capi­tale iranienne et a rencontré le guide spirituel de la République islamique iranienne, Ali Khamenei, et le président iranien, Hassan Rohani. La raison n’était certes pas unique­ment de féliciter le président iranien pour le 40e anniversaire de la Révolution iranienne, mais il était visiblement question de réarran­ger les cartes entre les deux alliés iranien et syrien pour faire face à la déviation dans la position russe qui s’est imposée voilà des mois suite à la crise qui a émergé entre la Russie et l’Etat d’Israël. Moscou a fait assu­mer à Israël officiellement, à travers son ministre de la Défense Sergueï Choïgou, la responsabilité de la chute de l’avion russe près des côtes de Lattaquieh en septembre 2018, ce qui a valu la mort à 15 militaires russes qui étaient à son bord.

La chute de cet avion a causé une crise pro­visoire dans les relations russo-israéliennes. Conséquence : la Russie a remis à la Syrie des batteries de missiles S-300 en vertu d’un contrat conclu avec Damas parmi d’autres mesures militaires et techniques russes en Syrie visant à priver l’aviation israélienne de survoler l’espace syrien à nouveau. Quelques semaines plus tard, Tel-Aviv est revenu pour frapper farouchement et de manière sans pré­cédent pas seulement les sites iraniens sur les territoires syriens, mais également les sites syriens. Mais le plus important est la déclara­tion officielle par le premier ministre israé­lien, Benyamin Netanyahu, proclamant la responsabilité de l’aviation israélienne de ces agressions qui ont frappé des objectifs ira­niens à proximité de l’aéroport de Damas le 11 janvier 2019. Plus surprenant encore était le silence russe contre ces agressions affir­mant les doutes qui se profilent à Téhéran et à Damas. Selon lesquels il existe un projet russe qui fait intervenir Israël dans l’équation qui refaçonne l’avenir de la Syrie ayant amené Israël à agir avec cette audace contre l’Iran en Syrie.

L’Iran et la Syrie se sont assurés qu’un changement qualitatif est intervenu dans la position russe. Et ceci s’est manifesté à eux non seulement dans l’existence de canaux d’entente russes avec les Israéliens ayant donné à Tel-Aviv le signal de frapper les sites iraniens en Syrie, mais aussi cette entente russe s’est prolongée sur le volet turc en ce qui concerne l’avenir du nord de la Syrie et la partie qui remplirait potentiellement le vide dans l’est de l’Euphrate. A part cela, d’autres interrogations se suivent. Comment la crise peut-elle se résoudre ? D’une part, Ankara désire établir une région sécuritaire au nord de la Syrie, qui serait sous son contrôle total, afin de sécuriser les frontières nord des risques de menaces provenant des milices terroristes kurdes syriennes. D’autre part, les Forces syriennes qui sont soutenues démocratique­ment par l’Amérique et l’Europe qui rejettent cette présence turque et qui revendiquent des Casques bleus internationaux, pour reprendre les mots de Riyad Darrar, président conjoint du Conseil démocratique de la Syrie.

La position russe affichée à cet égard avant la tenue du sommet de Sotchi disait que c’est l’armée qui doit remplir le vide d’un éventuel retrait américain. Mais, il semble que les déclarations rigoristes du président turc au sommet de Sotchi qui l’a réuni avec les prési­dents russe et iranien et son insistance à ce que ce soit la Turquie qui comble le vide du retrait américain, ont convaincu le président syrien du complot russe avec la Turquie ; ce qui a entraîné Bachar à mener une attaque violente contre son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. D’autres raisons ont mené à cette escalade comme la passivité du président russe aux déclarations turques et les tergiver­sations russes à trancher le dossier d’Idleb, comme le désirent les Syriens et les Iraniens.

C’est au milieu de ces circonstances qu’est intervenue la visite du président Bachar Al-Assad à Téhéran. Elle peut être considérée comme jetant les fondements d’une nouvelle étape dans le conflit à l’intérieur de la Syrie et dictée par une nouvelle polarisation. Cette polarisation réunit, d’une part, la Syrie et l’Iran qui favorisent la présence militaire ira­nienne en Syrie contre le gré de Damas. Et d’autre part, elle rassemble sous une même ombrelle le trio : Russie, Turquie et Israël. C’est la visite du premier ministre israélien à Moscou, trois jours après la visite du président syrien à Téhéran, qui confirme l’existence de ce trio. Cette visite a été décrite par le journal russe Rossiyskaya Gazeta dans son numéro du 1er mars 2019 le lendemain de la visite de Netanyahu à Moscou, d’être intervenue comme un droit de rétorsion à la visite effec­tuée par le président Assad à Téhéran. Le journal a également évoqué le bilan de la visite de Netanyahu à Moscou et la déclara­tion du président russe, Vladimir Poutine, à l’issue de cette visite sur la formation d’un « mécanisme international comprenant un groupe d’action pour garantir le retrait des forces étrangères de la Syrie ». Comme si ce mécanisme, qui impose Israël comme une partie intégrante dans le règlement de la crise syrienne, est la réplique russe à cette visite effectuée par Bachar Al-Assad à Téhéran sans en informer Moscou. Une information qui a été affirmée par le journal russe qui a écrit littéralement : « La visite d’Assad à Téhéran a représenté une frappe au Kremlin, parce qu’elle véhicule la volonté d’Assad à préser­ver les forces iraniennes en Syrie ».

Des indices d’une séparation russo-ira­nienne coïncident avec des indices d’un partenariat russe avec Israël dont les grandes lignes ont été dessinées par le chef des ser­vices secrets israéliens qui a accompagné Netanyahu à Moscou. Ce partenariat a confirmé deux évolutions. La première : Interdire aux officiers iraniens de consulter les secrets des missiles russes S-300, et la seconde consiste à mettre fin à la présence militaire iranienne en Syrie.

Ce nouveau partenariat russe a pris sa forme finale lorsque le président russe en personne a affirmé la nécessité de la sortie de toutes les forces étrangères de la Syrie sans parler des forces russes présentes sur le sol syrien ou bien les forces israéliennes qui occupent le Golan syrien. Ce qui signifie également que l’Iran est devenu la cible du côté russe dans le cadre de l’opération de la restructuration de la Syrie, après l’achèvement du retrait américain et après avoir asséné un coup final à ce qui reste de Daech sur les territoires syriens.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique