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De la confusion pour tous

Dimanche, 13 janvier 2019

Depuis que le président américain Donald Trump a annoncé sa soudaine décision de retirer les troupes américaines de Syrie, la confusion règne en ce qui concerne la situation militaire dans le nord de la Syrie. Cette confusion s’est imposée chez toutes les parties, avec en tête les Etats-Unis eux-mêmes, où le secrétaire à la Défense, James Mattis, a présenté sa démission, considérant que la décision de Trump n’accordait aucun intérêt aux avis des militaires américains, ni ne respectait la volonté et les intérêts des alliés de Washington.

Il s’agissait, au départ, d’une confusion militaire, qui s’est rapidement transformée en une confusion politique dans la relation des Etats-Unis avec ses alliés, avec les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et leur aile militaire, les Unités de protection du peuple kurde (YPG) d’une part, et la Turquie d’autre part. En effet, le retrait américain a placé les deux antagonistes face à face pour la première fois sans intermédiaire ni tierce partie capable de contrôler leurs réactions.

La Turquie considère les YPG comme le prolongement du Parti des travailleurs du Kurdistan turc (PKK), classé par Ankara comme organisation terroriste. Elle a ainsi trouvé dans le retrait américain l’occasion propice pour éliminer les YPG et anéantir le rêve kurde de réaliser une entité kurde indépendante dans le nord de la Syrie avec un soutien et un parrainage américains. Les FDS et les YPG se sont soudainement trouvés dans une impasse historique, ou bien entrer dans un affrontement militaire aux résultats tranchés d’avance avec l’armée turque, qui aboutirait à l’anéantissement du rêve kurde, ou bien faire appel à Damas pour demander à l’armée syrienne de prendre position à Manbij, à l’ouest de l’Euphrate, pour se déployer ensuite dans les régions de l’est du fleuve après le retrait des forces américaines. Ce qui signifierait aussi la fin du rêve kurde.

La confusion est même parvenue jusqu’à la Russie, bien que de nombreux observateurs croient que la Russie et l’Iran seront les principaux vainqueurs du retrait des forces américaines de Syrie. La Russie s’est trouvée dans la situation de devoir trouver une conciliation entre ses alliés, notamment la Syrie et la Turquie. En effet, l’incursion de la Turquie à Manbij et à l’est de l’Euphrate ne représenterait pas seulement une violation de la souveraineté nationale syrienne, mais mènerait aussi à un affrontement entre ses deux alliés, la Syrie et la Turquie. Raison pour laquelle la Russie s’est empressée d’organiser une réunion quadripartite à Moscou le samedi 29 décembre dernier, regroupant les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de Russie et de Turquie, pour étudier la crise que les Américains ont exportée vers la Russie, en plus de la crise d’Idlep, que la Turquie n’a pas réussi à résoudre sans intervention militaire comme elle l’avait promis à ses alliés russe et iranien, c’est-à-dire sans l’avancée des forces syriennes, pour liquider le dernier foyer terroriste sur les territoires syriens à Idleb.

Mais il semble que les choses soient fort compliquées, à tel point que cette réunion quadripartite n’a abouti à aucun résultat et a soumis le problème à un sommet tripartite qui devrait réunir prochainement les chefs d’Etat de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. Cependant, les événements survenus ces derniers jours à Idleb ont complètement changé la situation.

En effet, l’Organisation de libération du Levant (autrefois Front Al-Nosra) a réussi à liquider complètement la présence de l’organisation terroriste adversaire, le mouvement de Noureddine Al-Zeinky, fortement liée à la Turquie, et a commencé à avancer vers Alep en direction des forces syriennes. Ce qui signifie que l’armée syrienne, soutenue par ses alliés russe et iranien, se trouvera dans l’obligation d’affronter l’Organisation de libération du Levant. Ce qui représente une violation des accords de Sotchi entre la Turquie et la Russie, qui mandataient la Turquie de la résolution de la crise des organisations terroristes à Idleb sans affrontement militaire.

De la confusion pour tous

Cette évolution peut annuler à l’avance le sommet tripartite prévu à Moscou entre les présidents russe, turc et syrien. En effet, elle place la Turquie face à face à la Russie, à l’Iran et à l’armée syrienne. De plus, la Turquie se trouve devant une question assez difficile : Si Ankara perd la Russie et l’Iran, qui sera son allié après le retrait américain et la perturbation des relations israéloturques ? La confusion a même atteint Israël, qui a été fort choqué de la décision américaine. Israël s’est effectivement trouvé devant de nouvelles réalités. La plus importante est qu’il ne lui reste plus que l’allié russe dans la région. Par conséquent, il lui faudra oeuvrer par tous les moyens à réinstaurer les précédentes ententes avec Moscou en Syrie, qu’il s’agisse de lui permettre d’attaquer les objectifs iraniens en Syrie qu’Israël juge dangereux pour sa sécurité, ou qu’il s’agisse d’obtenir le soutien russe aux revendications israéliennes de mettre un terme à la présence militaire iranienne sur les territoires syriens.

S’il incombe maintenant à la Russie de trouver des solutions à la confusion survenue dans ses relations avec ses alliés à cause du conflit des intérêts en conséquence de la décision américaine, la crise à Washington semble encore plus grande, à tel point que Trump est revenu sur sa décision d’exécuter un retrait rapide des troupes américaines. Il a en effet décidé de prolonger le délai à quatre mois, afin d’apaiser les craintes de ses alliés israéliens et kurdes et de calmer ce que l’on peut appeler la vague de rébellion interne au sein de l’armée américaine contre ses décisions confuses.

Il semble que c’est la raison pour laquelle le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, s’est empressé d’effectuer sa visite en Israël et en Turquie pour contrer toutes ces répercussions négatives. Bolton a déclaré en Israël, le 6 janvier : « Le retrait de larmée américaine du nord-est de la Syrie est conditionnépar lexigence que la Turquie garantisse la sécuritédes Kurdes ». Cependant, la principale confusion des Etats-Unis avec Israël est que les promesses de Washington à Tel- Aviv de former un « Otan arabe » sont devenues impossibles à la lumière des tendances de plus en plus favorables au retour de la Syrie dans le giron arabe, mais aussi à la lumière des tendances de la politique trumpiste de se retirer de la région .

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