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Pour le retour de Damas à la Ligue arabe

Mardi, 11 décembre 2018

La Ligue arabe peut jouer un rôle très important dans les efforts de pacification en Syrie. Je pense que la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie était une grave erreur et il semble que le monde arabe est maintenant conscient de l’importance de ramener la Syrie au bercail arabe. Ces mots sont extraits du discours du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à la conférence des Dialogues méditerranéens tenue le 23 novembre à Rome.

C’est peut-être le discours le plus clair d’un haut responsable international sur l’importance d’une présence arabe dans la crise syrienne, après une absence qui a permis à des puissances internationales et régionales de s’ingérer, avec ou sans invitation, dans les affaires syriennes. Une présence arabe est donc une nécessité aussi bien pour la Syrie que pour tous les autres pays arabes, quelles que soient leurs divergences. Certains indices permettent d’affirmer qu’un dialogue est en cours entre certaines capitales arabes concernant le retour de la Syrie à la Ligue arabe. En effet, certains pays arabes ont pris des démarches dans ce sens, ce qui représente une nouvelle vision concernant la Syrie, la nature de la solution politique recherchée et le rôle actuel et futur du président Bachar Al-Assad. Ces indices ne sont pas séparés de la position du représentant spécial des Etats-Unis pour la Syrie, James Jeffrey, selon lequel Washington ne cherchait pas à renverser le régime du président Assad, mais à changer le comportement de celui-ci. Une position qui dénote avec celles de nombreux pays arabes, en particulier ceux qui exigeaient, il y a plusieurs années, un changement total du régime syrien en faveur de l’opposition. Des demandes qui sont aujourd’hui dépassées, à cause notamment de l’équilibre des forces sur le terrain qui a basculé en faveur du régime syrien, grâce au soutien de la Russie et du rôle assuré par l’Iran.

Mais le soutien assuré par la Russie n’est pas que militaire. Moscou joue aussi un rôle politique important dans le cadre du processus de Sotchi qui implique l’Iran et la Turquie et qui, dans la pratique, neutralise les efforts de l’Onu et le processus de Genève dirigé par l’envoyé onusien qui a quitté ses fonctions fin novembre, Staffan de Mistura. Dans sa dernière déclaration, ce dernier a affirmé que l’élaboration d’une nouvelle Constitution syrienne — tâche qu’il n’a pas réussi à accomplir pendant six mois— n’était plus obligatoire. Ceci laisserait le champ libre à la Russie qui oeuvre pour la formation d’une assemblée constituante pour une nouvelle Constitution qui sera naturellement différente de celle à laquelle aspirait Mistura. Alors que pour le régime syrien, la Constitution en vigueur n’a besoin que de quelques amendements. Cette assemblée constituante en cours de formation sera plus inclusive, mais acceptera l’idée du maintien du président Assad et de sa participation à une éventuelle future élection présidentielle.

Ces évolutions sont connues de tous. Mais la question centrale pour le monde arabe est : dans quelle mesure il faut renouer avec la Syrie, et quand ? Faut-il attendre qu’un processus politique soutenu par la communauté internationale ait lieu ? Les réponses divergent entre ceux qui estiment important de réintégrer la Syrie à la Ligue arabe, de mettre fin au boycott diplomatique et d’ouvrir les ambassades fermées sans attendre la « solution pacifique », et ceux qui pensent qu’il ne faut faire aucun pas envers la Syrie avant la fin du processus politique. Pour ces derniers, tout geste à l’égard de la Syrie dans la situation actuelle équivaudrait à l’abandon de « l’opposition modérée » et à un aveu d’échec politique qui viendrait s’ajouter à l’échec militaire. Ce débat tacite omet des sujets comme l’infiltration de l’Iran, l’occupation par la Turquie de larges pans de territoires dans le nord de la Syrie, la présence militaire américaine sous prétexte de protéger les Kurdes contre le terrorisme de Daech et du régime syrien, etc.

Il est logique de conclure qu’une telle situation est un résultat naturel de la sortie volontaire des Arabes de la Syrie. Ce sont les Arabes qui ont exclu la Syrie de la Ligue arabe, qui ont accepté l’internationalisation de la crise et qui ont fermé leurs ambassades à Damas. D’autres acteurs étaient prêts à combler le vide laissé par les pays arabes et à en profiter. Certains pays arabes sont même allés trop loin dans leur soutien politique, militaire et médiatique de l’opposition syrienne. Aujourd’hui, quiconque cherche à relancer le rôle arabe dans la crise syrienne devra reconsidérer toutes ces positions. Parce qu’il est important d’avoir des ambassades arabes à Damas, de poursuivre les consultations et les contacts avec les autorités syriennes et de soutenir tous les efforts visant à préserver l’Etat syrien.

La Jordanie et les Emirats arabes unis ont entrepris dernièrement des démarches importantes sur ce chemin. Ainsi, une liaison aérienne entre Lattaquié et Sharjah a été rétablie. Les Emirats arabes unis s’apprêtent aussi à rouvrir leur ambassade à Damas et à rétablir les relations diplomatiques avec la Syrie. Alors que le poste-frontière Nassib entre la Syrie et la Jordanie a été rouvert, et que des parlementaires jordaniens ont rencontré leurs homologues à Damas et transmis un message amical du monarque jordanien au président Assad. Et le sens est clair, la chute du régime syrien n’est plus à l’ordre du jour. Les autres pays arabes devraient prendre des mesures similaires, pour que les Arabes puissent retrouver une partie de leur rôle perdu. La Ligue arabe abordera peut-être cette question, ainsi que les mesures à prendre dans les prochaines semaines, ce qui pourrait aider les Syriens à résister aux desseins qui visent leur « arabité », qu’ils soient américains, turcs ou iraniens

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