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Renforcer les partis politiques

Mardi, 31 juillet 2018

Si une vie politique saine fait appel à des partis politiques forts, un fait reconnu par tout le monde, je crois qu’aucun observateur n’est capable de détecter la moindre vitalité dans nos partis politiques, qui dépassent la centaine, et dont personne ne connaît les noms, à part quelques rares exceptions. Sinon, personne n’est au courant de l’orientation de ces partis, de leurs activités, et surtout personne ne croit qu’ils font partie de l’avenir de l’Egypte.

La majorité de nos partis ne sont pas représentés au parlement, n’ont pas d’organes de presse pour s’exprimer et, probablement, n’ont pas de sièges ou d’adresses fixes. Ce sont des réalités que l’on doit admettre avant de discuter le sujet des partis politiques. Heureusement, il existe aujourd’hui un mouvement qui laisse prévoir la naissance de nouveaux partis et la fusion de partis déjà existants …

Alors que le parlement actuel n’a que deux ans devant lui, conformément à la Constitution, et alors que l’on se dirige vers des élections municipales avant fin 2018, le renforcement des partis politiques devient un sujet important à discuter. Aujourd’hui, des secteurs entiers de la société, notamment les jeunes, se désintéressent de la politique, ce qui, en soi, est un danger étant donné que le mécontentement latent ne trouvera pas de moyen légitime d’expression. Ce problème dont souffrent beaucoup de sociétés, y compris dans les pays démocratiques, est plus pressant dans une société comme la nôtre, qui cherche à créer sa propre expérience politique et qui est minée par de graves problèmes économiques et sociétaux.

Parmi les régimes politiques qui ont été testés, seul celui du pluralisme a survécu. Les expériences bâties sur la mobilisation des masses et le parti unique ont toutes échoué. Seuls les régimes pluralistes ont réussi, et malgré les défis et les obstacles, ils ont pu rectifier le tir et récupérer leur vitalité grâce au climat politique qui les a engendrés.

L’Egypte, qui connaît le pluralisme depuis plus d’un siècle, dispose d’un riche héritage politique. Mais la pratique a été intermittente, ce qui l’a privée de la continuité et de l’accumulation des expériences. Et il n’est pas vrai que le 25 janvier 2011 a produit un foisonnement politique qui s’est éteint le 30 juin 2013. La réalité est tout autre, parce que l’important ce n’est pas la multiplication des discours, mais la capacité d’agir. Nous n’avons trouvé aucun parti sortir du lot. Tous les nouveaux partis étaient l’expression de vieilles querelles et la reproduction d’anciens programmes. Alors que les partis qui représentaient des forces politiques traditionnelles ont hissé des bannières religieuses et proposé des programmes sociaux et économiques calqués sur ceux de l’ex-Parti national démocrate. Au niveau de la pratique, ces « grands » partis se sont embarqués dans des querelles identitaires qui n’ont fait qu’exacerber la polarisation de la société. Finalement, dans la foulée de janvier 2011, aucun parti n’a proposé une politique digne d’être suivie.

Si jamais on se dirige vers le renforcement des partis politiques et de leur rôle dans la vie publique, il faudra considérer trois points. D’abord, tous les partis qui partagent le même cadre idéologique doivent fusionner. Parce que la duplication entrave les efforts de mobilisation et affaiblit la participation des citoyens dans la vie politique. Il faudra ensuite rompre avec l’habitude d’importer les « personnalités électorales » pour construire les « cadres » des partis. Ceux-ci sont souvent peu d’accord, ou carrément en désaccord avec les orientations de leur parti d’adoption. Cette tactique est le résultat de l’absence de l’éducation politique au sein des partis. Ceux-ci préfèrent se contenter de quelques succès immédiats plutôt que de construire une base populaire et de disputer les élections dans un climat libéral. Notons enfin que les partis politiques ont toujours été à l’affût des deals et des intérêts étroits plutôt que d’être guidés par une stratégie claire. Ceci a fait que chez les citoyens, les partis politiques évoquent toujours des idées négatives.

Il est important de tenir compte de ces trois points, aussi bien pour construire une nouvelle expérience politique que pour assurer un soutien à l’Etat. Parce que la création d’un parti politique pour soutenir l’Etat, comme certains le demandent, implique une vie politique dans le cadre — et non en dehors — de cet Etat, et se fait à travers un projet politique et non un discours émouvant.

Un parti soutient l’Etat quand il pratique la politique, tout comme un syndicat soutient l’Etat quand il assure son rôle syndical, et une institution religieuse quand elle prône la tolérance et la coexistence pacifique.

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