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Trump, les Européens et l’Iran

Dimanche, 29 avril 2018

Tour à tour, le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, se sont rendu cette semaine à Washington pour des entretiens avec le président Donald Trump. Il fut notamment question de l’accord nucléaire avec l’Iran. Tandis que le chef de la Maison Blanche appelle à une révision du texte qui, selon lui, ne suffit pas pour « mettre fin aux activités suspectes de Téhéran », les Européens, eux, s’accrochent à l’accord conclu à Vienne en 2015 entre le régime islamiste et les grandes puissances, et censé mettre fin à toute activité nucléaire de l’Iran, en échange d’une levée des sanctions imposées à ce pays. Trump, qui ne semble pas vouloir assouplir sa position, a donné aux Européens jusqu’au 12 mai pour renégocier l’accord, le « pire jamais signépar les Etats-Unis », selon lui. Pourquoi cette agitation ? La guerre en Syrie a changé la donne dans la région. La victoire de Bachar Al-Assad, avec l’appui de la Russie et de l’Iran, a permis au régime iranien d’étendre son influence dans la région. Celui-ci possède désormais des unités militaires sur le sol syrien, ce qui lui permet de faire la jonction avec son allié du Hezbollah libanais. Un fait qui inquiète bien entendu les alliés des Etats-Unis dans la région : Israël et les pays du Golfe. D’où cet empressement du président américain de vouloir modifier l’accord. Celui-ci n’interdit pas à l’Iran d’effectuer des tests de missiles balistiques.

Ce n’est donc pas tant les activités nucléaires de l’Iran qui inquiètent Washington, que l’extension de son influence. Les récents événements dans la région, notamment la démission du premier ministre libanais, Saad Hariri, en guise de protestation contre la mainmise du Hezbollah libanais sur la vie politique au Liban, sont très révélateurs de la tension engendrée par la montée en flèche de l’hégémonie iranienne. Hariri était finalement revenu sur sa démission et a réintégré ses fonctions. Les Européens, eux, défendent l’accord, même si lors d’une récente visite aux Emirats arabes unis, le président français a quelque peu modifié sa position en affirmant que celui-ci pouvait être « complétépar des dispositions sur les activités balistiques de Téhéran ». Sans doute un geste envers les pays du Golfe qui reflète le souci de la France d’équilibrer ses relations régionales. La levée des sanctions imposées à Téhéran a donné le champ libre aux entreprises européennes pour investir le marché iranien. Depuis 2015 et la signature de l’accord, les échanges entre l’Iran et les pays européens sont repartis à la hausse. En 2016, les échanges commerciaux entre la République islamique et la France ont crû de 235 %. Début juillet dernier, le géant pétrolier français Total a signé un accord avec Téhéran de 4,8 milliards de dollars pour développer un important champ gazier, devenant la première compagnie occidentale du secteur à revenir dans le pays. Si pour les Américains contrer l’Iran paraît aujourd’hui une priorité, pour les Européens, ce sont les intérêts économiques qui priment .

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