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La crise des essais cliniques

Dimanche, 29 avril 2018

Toutes les personnes concernées par la recherche scientifique et avec lesquelles j’ai parlé refusent le projet de loi présenté par le ministère de la Santé. Ce projet stipulant l’interdiction des essais cliniqtaues à l’étranger portera un coup fatal à la recherche scientifique, qui ne pourra même plus entrer en concurrence avec les Etats les moins développés du monde. La Constitution stipule clairement la liberté de la recherche scientifique et l’obligation de l’Etat à accorder de l’intérêt à ce domaine, tout en consacrant au moins 10 % du PNB à l’enseignement, la santé et la recherche scientifique.

Et voilà que le ministère de la Santé vient de proposer un projet de loi qui n’a rien à voir avec le progrès que le monde entier connaît actuellement. Ce projet impose des restrictions qui ne feront qu’étrangler les nouveaux essais. Le prétexte que le ministère de la Santé avance est tout à fait incompréhensible : il s’agirait de protéger la sécurité nationale, alors que la protection réelle de la sécurité nationale est réalisée par le progrès et la capacité de concurrencer, et non en s’enfermant derrière les murs de l’arriération. Il suffit de regarder ce que fait Israël, cet Etat parasite qui ne possède rien des capacités humaines et civilisationnelles de l’Egypte, mais réalise cependant des taux de progrès scientifique dont rêvent tous les pays arabes réunis.

Le célèbre savant Dr Magdi Yaacoub m’a parlé d’une nouvelle branche de la médecine appelée médicine de précision, qui dépend des plus récentes découvertes scientifiques dans le domaine de l’ADN et de la carte génétique de l’homme. Selon cette science, le fait de soigner toutes les races humaines en utilisant les mêmes médicaments n’est plus efficace puisque, par exemple, la composition de l’ADN des habitants de la région arabe et leurs caractères sont différents de ceux de l’Amérique latine ou de l’Europe. Par conséquent, le médicament, qui pourrait être effectif avec un Européen, pourrait avoir des résultats différents chez un Chinois, par exemple. Il a été dernièrement découvert qu’un médicament célèbre utilisé pour guérir le cancer du sein en Europe ne réalise pas les mêmes résultats avec d’autres femmes habitant d’autres régions de la planète, et ce, pour des raisons génétiques.

C’est pour cela que les recherches se dirigent de plus en plus vers les analyses effectuées sur l’ADN de groupes humains différents pour connaître sa nature et sa composition, afin de parvenir aux médicaments efficaces pour chaque groupe. Ces analyses ont effectivement été effectuées à grande échelle sur un groupe d’Européens, à tel point que la carte génétique des Européens est aujourd’hui connue en détail. Mais en même temps, il reste encore beaucoup à faire pour les analyses des autres groupes humains de par le monde, en particulier ceux du Proche-Orient. C’est pour cela que j’ai vraiment été surpris en lisant les dernières déclarations du ministre de la Santé, Dr Ahmad Emadeddine, et que je n’ai pas bien compris. Celui-ci a déclaré qu’il est formellement interdit d’effectuer des analyses et des recherches génétiques en dehors de l’Egypte ! Et pour le faire, il faudrait obtenir une approbation sécuritaire ! Le prétexte serait que des Etats étrangers essaieraient d’obtenir les gènes égyptiens pour déclencher une guerre biologique contre le pays ! Puis le ministre de la Santé a ajouté au cours d’un entretien avec le journal Al-Masry Al-Youm : « N’importe qui fera sortir des échantillons humains sans l’approbation de l’Etat sera exposé à une peine de prison forcée entre 10 et 15 ans en plus d’une amende d’un million de L.E. ».

Là, je me trouve obligé d’avouer au ministre : l’année dernière, j’ai envoyé un échantillon de mon ADN à l’étranger pour connaître sa composition. J’étais alors en train d’écrire mes Mémoires dans lesquels j’ai cité que mon grand-père paternel m’avait dit, quand j’étais enfant, que nous venons d’une race arabe à laquelle appartient un des dirigeants qui avaient accompagné Amr Ibn Al-Ass lors de la conquête islamique de l’Egypte. Je voulais alors savoir, après que de longues années s'étaient écoulées durant lesquelles il y a eu beaucoup de mariages avec des familles d’autres origines, si l’élément arabe restait dominant dans ma composition génétique héréditaire. Et j’ai effectivement publié dans mes Mémoires les résultats de mes analyses effectuées dans un laboratoire célèbre aux Etats-Unis.

Aujourd’hui, je fais une confession au ministre de la Santé pour annoncer que je regrette profondément ce que j’ai fait et que je ne savais pas que cet échantillon, qui n’était qu’une trace de salive, sera utilisé pour déclencher une guerre biologique contre le peuple égyptien, alors que j’ai passé ma vie au service de ce peuple à travers les différents postes que j’ai occupés. Sachant qu’à l’étranger, il n’y a aucune restriction concernant de telles analyses, et n’importe qui a le droit de les faire comme je l’ai fait sans que ceci ne cause le déclenchement d’une guerre biologique ou chimique ou tout autre guerre où l’arme de destruction massive est employée. A ce propos, j’ai lu un avis différent de celui du ministre de la Santé, et qui a été écrit par le célèbre médecin Mohamad Aboul-Ghar. Celuici ne semble pas accorder un grand intérêt à cette histoire de guerre biologique. Aboul-Ghar estime que le projet de loi organisant la recherche scientifique et qui porte maintenant le nom d’essais cliniques, n’est pas du ressort du ministre de la Santé, mais du ministère de la Recherche scientifique.

En plus, ce projet de loi va mettre fin à la recherche scientifique en Egypte, ajoutant que les jurisprudences de la loi constitutionnelle ont annoncé l’inconstitutionnalité de cette loi. Quant au Dr Mahmoud Al-Motaïni, doyen de la faculté de médecine à l’Université de Aïn-Chams et partisan de la promulgation d’une loi organisant les essais cliniques, il trouve que ce projet de loi proposé implique beaucoup de défauts juridiques. Al-Motaïni estime que le projet de loi aurait dû être exposé aux universités qui sont les plus concernées par la recherche scientifique. Est-ce possible ? Pourquoi ne pas suivre l’exemple d’autres pays pour savoir ce qu’ils font et comment ils réalisent du progrès ? Pourquoi sommes-nous toujours dans un autre monde guidé par la sécurité nationale même en ce qui concerne les essais cliniques ?

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