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Et si tous les partis n’en devenaient qu’un

Dimanche, 15 avril 2018

On dirait que les gens ont soudainement découvert avec l'élection présidentielle que les partis politiques égyptiens (dont le nombre a dépassé la centaine) n’avaient aucune valeur ni aucune efficacité. Ce sont seulement les dernières élections du Wafd qui ont rappelé l’existence de ce parti qui possédait un rôle influent avant la Révolution de 1952 et dans les années 1970. Ces élections ont rappelé aux Egyptiens qu’il existe 107 partis qui, depuis leur création, sont entrés dans un état d’hibernation qui n’est pas près de prendre fin. Ces jours-ci, on parle beaucoup des partis et de leur rôle quasi inexistant. D’aucuns se sont imaginé que la simple fusion de certains partis pourrait leur redonner soudainement vie pour acquérir un rôle influent sur la scène politique.

Malgré l’importance des partis et la nécessité de ressusciter leur rôle, il faut reconnaître que le pays traverse une période critique. Cette période ressemble à celle de l’Allemagne après la chute du régime nazi lorsque le pays a témoigné d’une unanimité populaire sans précédent sur le refus de tout ce que représente le troisième Reich. L’opinion publique à cette époque n’était nullement prête à écouter une opinion contraire à cette unanimité au point que l’Allemagne a légiféré des lois qui criminalisent l’adoption ou la propagande des idées nazies. Cette situation ressemble étrangement à l’unanimité que nous avons vue en Egypte à la suite de la chute du régime des Frères musulmans et du refus de l’opinion publique de tous ceux qui les défendent ou défendent leurs idées. Ces périodes de l’Histoire des peuples ne sont pas les meilleures pour le pluralisme des idées ou pour l’acceptation de partis ou de tendances politiques qui possèdent des idées contraires à celles de l’opinion publique. Par ailleurs, la guerre acharnée que nous menons contre le terrorisme depuis quatre ans rend le pluralisme des idées dans le meilleur des cas un luxe déplacé et dans le pire des cas une trahison nationale. Tout ceci ne permet pas d'activité partisane pluraliste où chaque parti politique possède des tendances intellectuelles et politiques différentes ou opposées des tendances de la société.

En revenant à la période qui a précédé les révolutions du 25 janvier et du 30 juin, nous constatons que les partis qui sont nés lors des régimes de Sadate et de Moubarak étaient tous des mort-nés. Ces partis n’ont vu le jour qu’avec l’autorisation et le consentement de l’autorité au pouvoir. Les partis d’opposition ne peuvent pas naître du coeur du pouvoir. Ils naissent de la terre où ils trouvent leurs racines et se propagent au milieu des gens. Raison pour laquelle ces partis n’avaient aucune efficience sauf quelques-uns. D’ailleurs, les mouvements qui ont effectivement influencé la société comme Kéfaya (ça suffit), 6 Avril ou autres sont tous apparus loin des partis. Même après la révolution, les partis sont nés de la Constitution qui stipule la liberté de former des partis grâce à un préavis sans avoir besoin d’obtenir une autorisation des autorités. Le mouvement Tamarrod (rébellion), qui a joué un rôle influent dans la révolution du 30 juin, lui aussi n’avait aucune relation avec les partis. Cependant, ceci ne signifie pas que nous acceptons l’absence du rôle des partis dans la vie politique.

Le pluralisme des idées et leurs interactions sur la scène politique sont nécessaires. Chaque tendance politique doit trouver son expression dans un parti et l’opinion publique doit accepter les différences entre tous ces partis. Comment est-ce possible ? D’aucuns pensent que le problème réside dans le grand nombre des partis et qu’il n’est pas normal qu’il y ait 107 partis dans un seul pays. Ils pensent donc que la solution est d’effectuer des fusions entre ces partis pour que leur nombre diminue et leur puissance augmente. Mais cette opinion ne se base sur aucune expérience historique.

Dans les années 1970, lorsque Sadate a limité le nombre de partis à 3 seulement, la puissance de ces partis n’était pas plus grande que celle des partis actuels. Si tous les partis fusionnent en deux partis seulement, comme c’est le cas en Angleterre et aux Etats-Unis, s’ils deviennent 5 ou 7 partis, comme c’est le cas en France et en Italie, aucun de ces partis ne sera efficace si les conjonctures des partis eux-mêmes ne s’améliorent pas. Le problème n’est pas dans le nombre mais dans la structure elle-même. Combien de partis sont basés sur une idée ou une tendance politique claire et déterminée ? Combien de partis se basent sur un procédé démocratique dans le choix de leurs directions, dans l’ascension des compétences ou la formation des nouveaux cadres ? Combien de partis comptent sur une stratégie solide pour parvenir au public qui représente la principale force de tout parti dans le monde ? Les Egyptiens sont très loin des partis existants. Ils ignorent même leurs noms et leur nombre. Avec qui travaillent donc ces partis ? S’ils n’ont aucune relation avec le public, comment pouvons-nous donc les appeler des partis ? Les partis se doivent de travailler au milieu des gens, d'être leur expression, d'adopter leurs causes, de présenter des solutions à leurs problèmes selon les tendances politiques du parti qui peuvent être partiellement ou radicalement différentes des tendances de l’opinion publique.

La solution n’est pas d’effectuer une fusion des partis, mais de bâtir des partis selon les règles appliquées dans le monde entier afin que nous puissions vraiment appeler nos 107 partis des partis.

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