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L’élection présidentielle, une histoire égyptienne

Lundi, 02 avril 2018

La correspondante allemande au Caire m’a demandé si j’ai participé à l’élection, et lorsque je lui ai répondu par l’affirmative, elle m’a répondu que tous ceux à qui elle a posé la même question n’ont pas participé, car ils considéraient les résultats comme connus d’avance. Le taux de participation, ai-je dit, était élevé parce que les citoyens considéraient l’élection comme une épreuve nationale qui montre, si oui ou non, le peuple continuerait à soutenir le président Al-Sissi. Le peuple était conscient que le monde autour de nous considérait cette élection comme un soutien au président après l’expérience des 4 dernières années.

La correspondante m’a alors dit que l’électeur qui ne soutenait pas le président Sissi n’avait pas trouvé le moyen d’exprimer son refus. J’ai répondu que dans le monde entier, il y a ce qu’on appelle un vote d’opposition. Certains analystes occidentaux estiment qu’un grand nombre de voix obtenues par Donald Trump étaient l’expression d’un rejet de Hillary Clinton. Alors que chez nous, il y avait un deuxième candidat qui pouvait recueillir les voix opposées à Al-Sissi. Elle a répondu que ce candidat était inconnu avant l’élection. J’ai répliqué: Quelles que soient les réserves émises à son égard, il est en fin de compte le président d’un parti politique exis­tant. Alors que Trump n’avait aucune expérience politique avant de briguer la présidentielle. En réa­lité, le vote d’opposition ne s’intéresse pas à la validité du candidat, car son objectif est d’empê­cher l’élection du candidat opposé.

La correspondante m’a demandé alors mon avis au sujet d’un candidat présidentiel venant de l’ar­mée et non de la vie partisane. Je lui ai répondu que notre Constitution interdit que le président de la République soit inscrit dans un quelconque parti. S’il décide donc de briguer la présidentielle, il doit démissionner du parti. En plus, la situation des partis chez nous est déplorable. Ils sont au nombre de 80 et n’ont pas trouvé de candidat convenable pour se présenter à l’élection. Pour ce qui est de la question des militaires, je sens que c’est un argu­ment que certains brandissent pour attaquer le régime. Tous les peuples du monde font appel à des moments critiques de leur histoire aux militaires pour mener la barque de leur pays. Le général Eisenhower n’a-t-il pas accédé au pouvoir à la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

Dr Hoda Abdel-Nasser a rappelé, au cours d’un entretien qu’elle avait accordé à Radio France, que les Français avaient également amené le général De Gaulle à la présidence en 1958, alors que le pays passait par des circonstances difficiles après la guerre de Suez et la Révolution algérienne. De Gaulle n’était pas membre d’un parti, et était connu pour son dédain à l’égard des partis politiques.

Ensuite, j’ai dit à la correspondante: L’histoire de la récente élection doit être examinée d’un point de vue égyptien prenant en considération les circons­tances délicates par lesquelles passe le pays ainsi que les menaces qui guettent le peuple. Quelles que soient les accusations que certains cercles occiden­taux nous adressent sur la théorie du complot, un simple regard sur les pays voisins comme la Libye, le Soudan, le Yémen, la Syrie et l’Iraq prouverait à l’électeur égyptien que nous aurions pu endurer le même sort si l’armée n’était pas intervenue pour préserver l’Etat égyptien, surtout avec l’infiltration des groupes terroristes dans le Sinaï qui ne cachent pas leur intention de s’en prendre à l’armée et à la police. Ces derniers sont les piliers de l’Etat, et leur effondrement a entraîné l’effondrement de l’Etat en Iraq et en Libye.

L’histoire de la récente élection, madame, lui ai-je dit, n’est pas dissociée de l’histoire entre la personne de Abdel-Fattah Al-Sissi et le peuple égyptien qui se prolonge depuis 2012 et jusqu’à aujourd’hui. Une relation qui est passée par maintes évolutions que certains analystes occidentaux igno­rent délibérément, et qui se sont manifestées dans les interactions de la révolution du 30 juin 2013, où le peuple a choisi Abdel-Fattah Al-Sissi pour qu'il le libère du cauchemar des Frères. Ensuite, il l’a choisi pour qu'il se présente à l’élection et mène des réformes, amères mais nécessaires, qui auraient pu secouer sa popularité. Des décisions que ses prédé­cesseurs n’ont pas pu prendre car ils ont préféré garder leur siège présidentiel qui avait été secoué en janvier 1977, lorsque Sadate avait procédé aux mêmes réformes. Pourquoi personne n’a-t-il songé à faire une comparaison entre la position du peuple par rapport aux réformes entreprises par Sadate en 1977 et celles entreprises par Sissi à l’heure actuelle? La réponse claire est que le président Sissi jouit d’une large popularité malgré la souf­france des couches défavorisées.

Le peuple égyptien est parfaitement conscient que seul Sissi est capable de réaliser l’avenir qu’il prône. Les indicateurs qui nous viennent des ins­tances économiques mondiales sont tous positifs, que ce soit dans le domaine du forage du pétrole et du gaz ou bien dans les grands projets de produc­tion et les zones de libre-échange. Il est vrai que la plupart de ces projets n’ont pas encore récolté leurs fruits, mais le peuple les suit de près et voit les résultats palpables.

L’histoire de l’élection, qui est une histoire typi­quement égyptienne, doit être placée dans le contexte de la vie en Egypte, et non pas celui des références étrangères .

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