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La politique du boycott

Dimanche, 18 mars 2018

La visite du ministre omanais des Affaires étrangères, Youssef Bin Al-Alaoui, à la mosquée d’Al-Aqsa est passée sous silence par les médias, et l’opinion publique l’a pratiquement ignorée. Alors que cette visite constitue un exemple rare de la méthode employée par les Arabes pour faire face à l’occu­pation israélienne, basée pendant de longues décennies sur le boycott.

Jamais un responsable arabe de haut niveau ne s’était rendu dans la ville occupée de Jérusalem et la mosquée d’Al-Aqsa sauf dans le cadre d’une visite officielle en Israël, comme l’a fait l’ex-ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Maher en 2003, ainsi que d’autres ministres égyp­tiens et jordaniens. Et ce, dans le cadre de ce qu’on appelle les accords de paix conclus avec Israël. Quant au Sultanat d’Oman, il n’a jamais conclu d’accord de paix avec Israël, et cette der­nière visite du ministre des Affaires étrangères à Jérusalem n’était pas en marge d’un voyage offi­ciel en Israël. C’est-à-dire une visite en Palestine et non pas en Israël, qui a annoncé ne pas avoir été préalablement informé de cette visite.

Le Sultanat d’Oman adopte une politique diffé­rente à plusieurs niveaux. Par exemple, c’est l’unique Etat dans la péninsule arabique à ne pas participer à la guerre du Yémen, alors que tous les autres Etats ont collaboré avec l’Arabie saoudite dans son opération militaire au Yémen.

De même, on ne peut pas séparer cette visite des appels palestiniens répétés à tous les Arabes aux niveaux officiel et non officiel, afin de soutenir le peuple palestinien dans sa résistance contre l’oc­cupation et son isolement au sein de l’Etat hébreu.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, m’a à plusieurs reprises fait remarquer qu’« il est inadmissible de voir des visiteurs de par le monde entier soutenir la question palestinienne, tandis que les Arabes s’abstiennent de faire de même sous prétexte que se rendre dans les territoires palestiniens est considéré comme une normalisa­tion des relations avec l’occupant ».

En plus, des étrangers ont été tués en se dressant avec les Palestiniens contre les grues israéliennes venues détruire leurs maisons ou confisquer leurs terres pour construire des colonies à des immigrés juifs. Et les Arabes restent totalement absents de telles scènes.

Au cours de l’une de ses visites au Caire, le président Mahmoud Abbas m’a parlé de la néces­sité de protéger les biens arabes, se demandant pourquoi les personnalités arabes riches n’achè­tent pas les maisons et les terres arabes pour éviter qu’elles ne tombent entre les mains des autorités d’occupation. Celles-ci expulsent les propriétaires et confisquent leurs biens dans le cadre de la poli­tique de judaïsation de la ville de Jérusalem pour qu’elle perde son caractère arabe. C’est ce qui se passe actuellement: les noms des quartiers et des rues ont été changés pour porter des noms hébreux, et l’ancienne architecture arabe est en train de disparaître pour être remplacée par des bâtiments qui n’ont rien à voir avec le style arabe ancien. Où sont les Arabes de tout cela ?

Le même discours a été soulevé au cours de rencontres avec des écrivains et des intellectuels palestiniens qui expriment le désir de voir les Arabes partager leurs rencontres (conférences, festivals) au service de la cause palestinienne, et mettent l’accent sur l’identité arabe des Palestiniens. Un jour, je ne m’étais pas rendu à l’une de ces festivités culturelles dans les terri­toires occupés, et le poète Mourad Al-Soudani, président de l’Union des écrivains palestiniens, avait alors déclaré: A qui profite cette insistance à isoler le peuple palestinien des Arabes ? Nombreux écrivains et intellectuels pensent que cette séparation entre les Palestiniens et les Arabes profite uniquement à l’ennemi et enracine l’occupation dans les territoires arabes occupés.

La vérité est que notre politique de résistance à l’occupant israélien doit être remise en cause.

Personnellement, je suis convaincu que le boy­cott politique et culturel reste l’un des outils politiques les plus influents pour faire face à Israël. Ceci à condition que cet outil évolue, afin de ne pas nuire à la cause palestinienne au lieu de lui être utile.

La politique de boycott arabe est passée par de nombreuses étapes depuis 1948, et il faut conti­nuer à la développer afin de garantir son efficaci­té. Au début, les Arabes refusaient d’avoir affaire à quiconque possède un passeport israélien, même s’il était palestinien, et on ne leur permet­tait pas de participer à nos festivals artistiques et intellectuels. Puis, nous avons découvert que nous punissions ainsi les Palestiniens qui tenaient à leurs terres et qui ont choisi d’y rester malgré toutes les souffrances de l’occupation. Ainsi, pen­dant les années 1960, nous avions accueilli Mahmoud Darwich, Samih Al-Qassem et d’autres symboles de la cause palestinienne, malgré leurs passeports israéliens.

Sans nul doute, l’évolution la plus importante sur le plan palestinien est la décision absurde du président américain de considérer Jérusalem comme la capitale de l’Etat d’Israël, et le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Bien que cette décision soit très grave, la réaction arabe n’a pas été au niveau attendu.

Les Palestiniens ne cessent d’appeler les Arabes à les soutenir dans leur lutte. Et la visite du ministre omanais des Affaires étrangères consti­tue une réponse à cet appel, car elle a brisé le blocus imposé aux habitants arabes. La présence d’Al-Alaoui sur l’esplanade des Mosquées prouve au monde entier que les Arabes soutiennent les Palestiniens dans leur lutte contre l’occupation non seulement dans les instances internationales et sur les tables de négociations, mais aussi sur terre. Cette visite confirme l’arabité de Jérusalem qui restera la capitale de l’Etat palestinien, et montre que le boycott arabe doit être adressé aux forces d’occupation et non pas au peuple palesti­nien. Cette visite peut-elle constituer à l’avenir le début d’une évolution de la politique de boy­cott ?.

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