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Agir au lieu de parler

Lundi, 12 février 2018

Plus on observe la situation des Arabes, plus on devient convaincu que la différence entre parler et agir constitue la même différence entre les pays développés et les pays retardés. Je dis ceci à l’occasion de la décision prise dernièrement par le président américain de diminuer la collaboration de son pays dans le budget de l’Unrwa, affiliée à l’Onu. Cette agence est responsable d’héberger et de nourrir plus de 5 millions de Palestiniens qui n’ont trouvé aucun moyen de mener une vie normale. Cette décision inhumaine a été prise après une autre encore plus déplorable sur Jérusalem que Trump a reconnue comme la capitale de l’Etat sioniste d’occupation. Ce qu’il y a de commun entre les deux décisions, c’est que les Arabes n’ont rien fait de concret face à des décisions que le monde entier a refusées.

Lors de la décision américaine concernant Jérusalem, j’avais écrit ici pour appeler les Etats arabes à reconnaître Jérusalem comme capitale de la Palestine, et je ne voulais pas dire se contenter d’un sommet arabe ou islamique pour faire cette déclaration. La décision de Trump a été suivie par un pas exécutif clair qui est le transfert de l’ambassade des Etats-Unis vers Jérusalem. Il fallait que l’annonce arabe sur Jérusalem capitale de la Palestine soit suivie par des pas exécutifs qui constitueraient un étau autour de la décision américaine. Par exemple, il aurait été possible d’exploiter le refus international de la décision pour élargir la reconnaissance de la capitale de l’Etat palestinien, voire élargir la reconnaissance de l’Etat palestinien même, alors que de nombreux pays estiment que l’instauration de cet Etat ne doit être faite que dans le cadre d’un règlement global, c’est-à-dire avec l’approbation israélienne. Et bien que la résolution de l’Onu promulguée en novembre 1947, stipulant l’instauration de l’Etat hébreu, stipule également l’instauration de l’Etat palestinien, l’Etat hébreu a vu le jour malgré le refus arabe. Alors pourquoi ceci n’est pas appliqué dans le cas contraire ? Le refus international de la décision de Trump aurait pu nous permettre de proposer une telle logique, et le monde entier était prêt pour la première fois à en discuter. Si auparavant, cette logique était refusée c’est parce qu’il y avait un accord implicite de ne pas prendre de décisions unilatérales. Mais aujourd’hui, ce principe a été mis à bas par la décision de Trump qu’il n’a même pas discutée avec ses alliés européens. Ces dernières années, le nombre d’Etats arabes qui ont reconnu Israël a augmenté, y compris l’OLP qui a annulé de sa charte la clause concernant la nonreconnaissance. Cet Israël que les Etats arabes ont reconnu est-il le même Etat qui s’est accaparé de Jérusalem et qui en a fait la capitale éternelle ? L’Etat hébreu qui a été reconnu avait pour capitale Tel-Aviv, et Jérusalem était sur l’agenda des négociations visant le règlement global, selon les résolutions de la légitimité internationale. La reconnaissance de l’Etat hébreu reste-t-elle valable dans le cas de la violation de la légitimité internationale et des territoires qu’il a occupés, devenant ainsi un Etat voyou ?

N’était-ce pas une occasion exceptionnelle d’ouvrir cette discussion pour la première fois avec tous les autres pays du monde qui refusent la décision de la violation de Jérusalem ? Est-ce que nous avons exploité cette occasion, ou bien nous sommes-nous contentés de pleurer et de crier notre refus de la décision de Trump, alors que son Administration poursuit les procédures nécessaires au transfert de son ambassade vers Jérusalem ? Et voilà qu’une deuxième décision est prise concernant la baisse des aides attribuées à l’Agence de secours des réfugiés palestiniens à 110 millions de dollars pour l’année courante en contrepartie de 350 millions en 2017. Encore une fois, comment les Arabes ont-ils réagi face à cette décision ? La réponse est : exactement de la même manière que lors de la décision concernant Jérusalem.

A ce propos, il faut observer la réaction, ou plutôt les actions, de tous ceux qui ont refusé la 2e décision américaine. Les Etats de l’Union européenne ne se sont pas contentés d’exprimer leur refus et de condamner la décision. Par exemple, le gouvernement belge a annoncé son intention d’augmenter sa participation au budget de l’agence d’une somme de 23,3 millions de dollars et la Hollande a annoncé son intention de présenter une aide supplémentaire de 15 millions de dollars.

Ne fallait-il pas plutôt que ce soit les Etats arabes qui prennent cette initiative ? Il n’est pas ici question d’une cause politique, mais il est question de fournir de la nourriture à plus de 5 millions de Palestiniens dont le nombre est en croissance continue depuis qu’ils ont été expulsés de leurs terres et de leurs maisons en 1948.

Les Etats-Unis, qui s’étaient précipités à reconnaître l’Etat hébreu construit sur les vestiges de la Palestine, s’étaient aussi précipités l’année d’après à contribuer à la fondation de l’Unrwa, considérant cette collaboration comme une responsabilité humaine que la communauté internationale doit assumer. Aujourd’hui, après que Washington s’est désengagé de cette responsabilité humaine pour des fins politiques, n’est-il pas temps d’agir ? Ou bien allons-nous encore nous contenter de parler ?

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