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Trois livres au Salon du livre

Lundi, 29 janvier 2018

Si vous avez l’occasion de vous rendre au 49e Salon international du livre du Caire (CIBF) qui vient d’ouvrir ses portes, vous devez miser sur 3 publications, dans des spécialisations différentes, que je considère essentielles. Si le premier livre n’a pas encore été distribué sur le marché, on le retrouve heureusement au Salon. Il s’agit de Les Reines d’Egypte, de l’égyptologue égyptien de renom et ancien ministre des Antiquités Mamdouh Al-Damati. Le livre est publié par l’Organisme égyptien du livre. Il vous surprend par le nombre de reines qui ont joué un rôle dans l’histoire égyptienne, que ce soit durant l’ère pharaonique, ptolémaïque — qui s’est étendue sur 300 années — ou dans l’Egypte islamique. Le livre retrace l’itinéraire de 20 reines, depuis la reine Myrette, qui était la première femme dans l’histoire de l’humanité à accéder au trône à la suite du décès de son mari. Elle a gouverné pendant 10 ans, de 2039 à 2029 av. J.-C. Lorsque son fils a grandi et pris les rênes du pouvoir, elle s’est retirée du devant de la scène politique. Le livre se termine avec la sultane Chagarat Al-Dorr, qui a marqué le début de l’époque mamelouke au XIIIe siècle. Elle a dirigé l’armée suite à la mort de son époux, Al-Saleh Najmeddine, et a vaincu les Croisés et Louis IX. Entre ces deux grandes femmes, l’écrivain passe en revue d’autres pages de l’histoire pour nous dévoiler les gloires de l’Egypte et de ses femmes qui ont régné avec compétence, mais également avec ruse et sagesse.

Al-Damati nous donne d’autres exemples de reines qui ont régné, elles, aux côtés de leurs époux et les ont soutenus. Il a en outre existé, comme le démontre le livre, une troisième catégorie de reines qui ont emprunté des surnoms de pharaons hommes et dont les règnes étaient prospères.

Le livre abonde en faits sur lesquels les historiens ne se sont pas arrêtés. En mentionnant le nom de la reine Cléopâtre, souvent, nous faisons allusion à Cléopâtre VII, qui a été immortalisée par les anciens historiens, hommes de lettres et poètes, à cause de ses histoires d’amour avec des empereurs romains. Cependant, ils ont ignoré ses compétences politiques hors pair et sa gestion caractérisée par la sagesse, ainsi que sa ruse légendaire qui s’est manifestée face à la superpuissance de l’époque, Rome. Al-Damati, cependant, nous dévoile d’autres facettes de l’Histoire, en mettant l’accent sur le rôle crucial d’autres personnages, jusque-là méconnus, comme Cléopâtre I, la fille du roi de Syrie, qui a été derrière l’accalmie entre l’Egypte et la Syrie après des années de conflits. Et ce, lorsqu’elle a épousé, à l’âge de 10 ans, Ptolémée V, âgé de 16 ans à l’époque et héritier du trône d’Egypte. Al-Damati nous démontre également dans quelle mesure elle était la raison derrière les hostilités entre les deux pays après sa destitution. Pour ce qui est de Néfertiti de la XVIIIe dynastie, l’auteur nous dit qu’elle n’était pas uniquement l’épouse du pharaon et la femme la plus influente de son royaume, mais il ajoute que, probablement, elle a régné pendant au moins un an après le décès d’Akhenaton. Selon Al-Damati, c’est probablement elle qui a porté le nom du pharaon Samankaraë.

Le livre Les Reines d’Egypte vient montrer que l’émancipation de la femme remonte à très loin et qu’elle était une question essentielle tout au long de l’histoire de l’Egypte, qui s’étend sur des milliers d’années au cours desquelles la femme a connu des victoires et des défaites.

Quant au second livre, il s’agit de Kyrie Eleison de l’écrivain journaliste Hamdi Rezq, que celui-ci a rédigé par amour des coptes, et qui a été publié par les éditions Rose Al-Youssef, dans la série Al-Kétab Al-Zahabi. Le livre nous enseigne des chapitres importants de notre histoire contemporaine. Il met l’accent sur une scène d’une importance particulière, avec plusieurs acteurs. Il s’agit de la première rencontre tenue par le président issu des Frères musulmans, Mohamad Morsi, avec les rédacteurs en chef des journaux, 48 heures après son accession au pouvoir. Au cours de celle-ci, Hamdi Rezq a interrogé avec audace le président sur la constitutionnalité de la position du guide spirituel des Frères musulmans, à partir de laquelle il a pu contrôler toutes les décisions de l’Etat. Une année plus tard, Rezq s’est trouvé aux premiers rangs de la révolution qui a surtout scandé « A bas le régime du guide » et non pas le régime des Frères.

L’aspect le plus important du livre est sa chronique délicate du fanatisme des Frères et leurs relations avec le terrorisme dès l’aube des temps. L’écrivain revient sur les écrits clandestins de Hassan Al-Banna et non pas ses discours publics. Il admet néanmoins que la position des salafistes prête toujours à équivoque. Ces derniers expriment librement leurs idées extrêmes, ce qui les fait basculer en fin de compte dans l’extrémisme et le terrorisme. Il se demande quelle est devenue la position des salafistes après la révolution.

Enfin, le troisième livre est intitulé La Révolution profonde, signé par le journaliste Mohamad Choër, rédacteur en chef adjoint d’Al-Ahram. J’aimerais d’abord féliciter Choër pour le titre significatif et nouveau du livre, qui répond à beaucoup de questions sur la Révolution du 25 janvier, notamment celle de savoir si elle en était réellement une. L’auteur s’est demandé si l’on doit s’aligner sur cette révolution ou bien sur celle du 30 juin et quels sont les acquis des deux. D’autres questions sont soulevées, comme celle de savoir si les objectifs des deux révolutions ont été réalisés et, enfin, une dernière : y a-t-il, après les deux événements, un espoir dans l’avenir ? Le génie du nom choisi par Choër vient du fait qu’il répond partiellement à toutes ces questions, bien qu’il conclue en disant que la réponse à la dernière question, c’est à nous de l’apporter. Le dernier chapitre du livre, intitulé L’Espoir, est une hymne à l’espoir que nous devons façonner de nos propres mains. La voie que le livre nous appelle à emprunter est la quatrième voie, ajoutée aux trois que la société connaît actuellement. La première étant celle de ceux qui ne cessent de se rebeller et qui croient uniquement à la révolution de janvier. La deuxième est la voie de ceux qui refusent cette révolution et croient plutôt à celle de juin. La troisième est celle des Frères qui rejettent les deux précédentes .

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