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La nouvelle géographie des pays arabes

Lundi, 22 janvier 2018

AU cours des dernières années, il y a eu ungrand éloignement entre les pays arabes,causé par les troubles et les différends. Iln’est pas uniquement question d’éloignement politique,mais aussi géographique. Effectivement, lesdistances entre les Etats sont devenues de plus enplus grandes, à tel point de dépasser leurs simplesvaleurs en kilomètres. Cette pensée m’est venuependant un voyage que j’ai dernièrement effectuéet durant lequel j’ai passé la plupart de mon tempsprès des frontières entre le Liban et la Syrie. Jedevais me diriger vers Damas pour assister à uneréunion de l’Union des écrivains arabes et recevoirle prix Al-Qods, pour l’ensemble de mes oeuvresdont une bonne partie est consacrée à la causepalestinienne. Et puisqu’il n’y a plus de lignesaériennes à destination de Damas en partance duCaire à part les lignes syriennes qui font ce voyageune seule fois par semaine, j’ai décidé de prendrel’avion pour Beyrouth, puis de continuer le trajetvers Damas en voiture. Un trajet d’environ 110 kmque j’avais fait auparavant plusieurs fois et qui nenécessite pas plus d’une heure. Par exemple, aucours du Festival de théâtre de Damas, on pouvaitaller déjeuner ou dîner à Chtaura au Liban ou dansl’un des célèbres restaurants de la région historiquede Aliya. On pouvait aussi quitter Beyrouthpour aller manger des glaces chez Ice CreamBakdash dans le quartier de Hamidiya à Damas etrevenir durant la journée. Effectivement, Beyrouthet Damas sont les deux capitales les plus proches,à part Manama et Doha entre lesquelles il y aactuellement une rupture diplomatique.

Cette fois-ci, j’ai été surpris de constater que letemps qui sépare les deux capitales n’est plusd’une heure, mais de 3 heures durant lesquelles jene me suis arrêté que pendant quelques minutespour jeter un coup d’oeil sur les misérables campsdes réfugiés syriens. Ces derniers sont venus auLiban pour fuir l’atrocité de la guerre imposée à laSyrie dans le but de détruire son infrastructure, àl’instar de ce qui s’est passé en Iraq, puis en Libye.Les tentes étaient tristes et blanches. Le blancn’est-il pas dans certains pays la couleur du deuil ?Ces camps sont pleins d’histoires tristes et sontégalement témoins de la situation des Arabes.Cet hiver, il n’a pas neigé sur le chemin, sinon letrajet aurait pris encore plus de temps. Mais en cequi concerne les procédures sécuritaires, rien n’achangé ; au contraire, elles sont devenues pluscompliquées, rappelant le film Al-Hodoud (lesfrontières), du célèbre acteur syrien DoredLahham. Tout d'abord, nous avons passé les frontièreslibanaises avec grande lenteur en une heureet demie, puis la même chose s’est répétée auxfrontières syriennes. J’avais obtenu le visa pour leLiban en arrivant à l’aéroport de Beyrouth etj’avais sur moi une photocopie du visa pour laSyrie, et le papier lui-même se trouvait au point depassage aux frontières syriennes. C’est pourquoi jepensais posséder toutes les clés qui ouvriraient lesfrontières fermées.

Après avoir constaté que le chemin entreBeyrouth et Damas nécessitait 3 heures, j’ai décidéde prendre ceci en considération sur le chemindu retour. Je me suis alors préparé pour arriver àBeyrouth le matin et j’ai accepté de donner unentretien à un programme télévisé à Beyrouthautour de mon autobiographie qui vient d’êtrepubliée sous le titre Yawman Aw Baad Yawm, et ce,avant de me rendre à l’aéroport le soir et deprendre l’avion pour rentrer au Caire. Mais onpeut planifier des choses et le destin en décideautrement. Au lieu de faire le trajet en 3 heures, jel’ai fait en 5 heures. J’ai passé les frontièressyriennes en une heure et demie comme prévu,mais cette fois, traverser les frontières libanaisesn’a pas été aussi facile que la première fois. Là,j’ai expliqué à l’officier d’Etat civil que j’ai obtenuà l’aéroport de Beyrouth un visa me permettantd’entrer et de sortir du Liban pendant 15 jours. Ilm’a dit qu’il devait contacter les autorités de l’aéroportde Beyrouth pour s’informer de la validitédu visa, et il m’a demandé de revenir après 1 heureou 2. Je suis alors retourné à la voiture pour meprotéger du froid glacial qui couvre le sommet desmontagnes où se trouvent les points de passage.Après plus d’une heure, je suis revenu faire laqueue. Il y avait une queue pour toutes les nationalités,y compris les Libanais. Une queue pour lesPalestiniens et 3 pour les Syriens. C’est alors quedans l’une de ces queues, il y a eu une dispute quia empêché les autres queues d’avancer, car tous lesofficiers sont allés vers la queue des Syriens pourrégler le problème. Un citoyen syrien avait accusél’officier libanais de l’avoir inscrit en tant queréfugié, alors qu’il devait être inscrit comme touriste,puisqu’il portait sur lui les 2 000 dollarsrequis pour rentrer au Liban. Les Syriens sontconvaincus que les autorités libanaises inscriventtous ceux qui passent les frontières comme étantdes réfugiés afin d'augmenter le montant des aidesfournies par les organisations internationales auLiban pour accueillir les réfugiés syriens, et qui,selon les voyageurs syriens qui faisaient la queue,atteignent 4 milliards de dollars par an, ceci alorsque les coupons que les autorités libanaisesoctroient aux réfugiés syriens suffisent à peine 3ou 4 jours par mois.

Ces chiffres peuvent être vrais ou faux, mais j’aitenu à les reprendre comme je les ai entendus. Cequi importe, c’est l’existence d’un différend profondet d’un manque de confiance entre Syriens etLibanais, et ceci a élargi le fossé entre les deuxpeuples et augmenté la distance entre les paysarabes, même les pays limitrophes. Il y a quelquesannées, on faisait le voyage entre les deux payspour aller déjeuner dans un restaurant d’un côté oude l’autre et revenir le même jour, mais tout peut changer

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