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Déclarons Jérusalem capitale de la Palestine

Mercredi, 13 décembre 2017

Comment puis-je décrire la vague de colère soulevée dans le monde arabe et islamique suite à la déci­sion idiote du président améri­cain? Celui-ci a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, faisant peu de cas du droit des Palestiniens chassés de leurs domiciles dans la Ville Sainte et bafouant toutes les résolutions internationales. Ces résolutions qui confirment que Jérusalem est un terri­toire occupé qu’Israël n’a pas le droit d’an­nexer, et qui confirment qu’on n’a pas le droit de reconnaître la souveraineté d’Israël sur cette ville. Cet idiot a réussi à isoler son pays du monde entier par cette décision que ses alliés les plus proches, et non pas seule­ment les Arabes et les musulmans, ont refu­sée. L’Allemagne s’est vivement opposée à cette décision américaine soudaine. Il en est de même pour la France, l’Italie et même pour la Grande-Bretagne, car ces pays res­pectent le droit international et réalisent les dimensions historiques de cette cause qui ne peuvent être prises à la légère de cette sorte. Un comportement jamais adopté par les pré­sidents américains précédents.

Donald Trump a voulu sortir de son isole­ment croissant au sein de son pays vu les attaques auxquelles il est exposé et qui dépassent de loin celles que Richard Nixon avait connues à la suite du scandale de Watergate au début des années 1970. De crainte que ces attaques ne l’obligent à la démission comme ce fut le cas pour Nixon, Trump a voulu s’attirer la sympathie du lobby sioniste qui manipule la politique américaine et qui avance les intérêts d’Israël sur les intérêts des Etats-Unis eux-mêmes. Mais de cette manière, Trump a remplacé son isolement interne par un isolement externe que son pays n’a jamais connu aupa­ravant, ni même pendant ses guerres en Iraq ou au Vietnam.

Trump a annoncé cette désolante décision à l’occasion de la commémoration des 100 ans de la déclaration honteuse de Balfour de 1917, à l’origine de tout cela. Au moment où cette décision a été déclarée, je revisitais les correspondances des deux présidents Gamal Abdel-Nasser et John Kennedy échangées au début des années 1960. Par pur hasard, je suis tombé sur une lettre rédigée par Nasser dans laquelle il expliquait en toute simpli­cité à Kennedy la problématique de l’occupation israélienne engen­drée par la Déclaration Balfour. On aurait dit que cette lettre s’adressait à l’actuel président américain qui semble tout ignorer des réalités historiques et géogra­phiques de cette région, dont il s’est permis de déterminer le des­tin par sa décision idiote.

Nasser a rédigé ces célèbres mots que nous répétons sans même nous souvenir qu’il en est l’auteur: « Qui ne possède pas a fait une promesse à qui ne mérite pas. Puis les deux ont réussi, grâce à la force et au pouvoir, à ôter le droit à qui revient le droit légitime en ce qui concerne ce qu’il possède et ce qu’il mérite». Et d’ajouter: « Telle est la réalité de la Déclaration Balfour. Cette promesse faite par la Grande-Bretagne a octroyé des terres qu’elle ne possédait pas, mais que possédait le peuple arabe palesti­nien, pour instaurer une patrie juive en Palestine. Au niveau individuel, Monsieur le président, si ce n’est au niveau internatio­nal, il s’agit d’une affaire d’escroquerie évidente que tout tribunal ordinaire peut trancher en incriminant les responsables ».

Puis Nasser reprend: « Malheureusement, les Etats-Unis ont mis tout leur poids du côté opposé à la justice et à la loi, contra­dictoirement à tous les principes de liberté et de démocratie américaines. Il est fort décevant que le motif n’est autre que des considérations politiques locales n’ayant aucune relation ni avec les valeurs améri­caines, ni avec les intérêts américains à l’étranger. Le motif n’est autre que de gagner les voix juives dans l’élection prési­dentielle. Nous avions lu les écrits d’un ex-ambassadeur américain dans la région qui disait que votre prédécesseur, Harry Truman, avait mis tout son pouvoir émanant de son poste important à la tête de la nation américaine contre le droit évident de la Palestine. Le seul prétexte avancé aux res­ponsables qui avaient attiré son attention envers cette position dangereuse était de dire: Les Arabes possèdent-ils des voix dans les élections améri­caines ? ».

Nasser termine sa lettre adres­sée à Kennedy en disant : « Monsieur le président, je puis vous confirmer en toute sincérité que ce qui régit ma position et mon point de vue envers la cause de la Palestine n’est nullement le fait que je suis le président de la République arabe unie, mais le fait que je suis un parmi des mil­liers de nationalistes arabes ».

Est-ce que Trump a lu ces correspon­dances? A-t-il trouvé quelqu’un qui lui explique que les territoires que la Grande-Bretagne a octroyés aux juifs appartiennent au peuple palestinien, y compris Jérusalem ? Si le plan de partage de 1947 a octroyé à l’Etat hébreu une superficie déterminée en Palestine, il a octroyé une autre superficie aux habitants palestiniens. Pour ce qui est de Jérusalem, le plan ne l’a octroyée à aucune des deux parties et a décidé qu’elle soit inter­nationalisée. Mais Israël a violé la résolution à partir de laquelle elle a acquis sa légitimité et a occupé la partie est en 1967. L’occupation que ni les Nations-Unies, ni le reste du monde ne reconnaissent jusqu’à présent. Comment se peut-il alors que vienne Trump, qui semble ne rien connaître de tout cela, ou bien qui fait semblant de l’ignorer, et annonce tout simplement qu’Israël a le droit d’instal­ler sa capitale où il veut, comme si tous les territoires lui appartenaient ?

Dans ce contexte, une question s’impose : Qu’allons-nous faire? Le premier ministre turc a saisi l’occasion et a pris le rôle de défenseur de la khélafa et a déclaré que Jérusalem représentait une ligne rouge. Il a déclaré qu’il allait inviter à la tenue d’une conférence pour tous les pays musulmans et qu’il pouvait aller jusqu’à rompre les rela­tions de son pays non seulement avec les Etats-Unis qui ont émis cette décision, mais aussi avec Israël! Qu’est-ce que cela peut changer sur le terrain ?

Les manifestations de colère se sont déclenchées en Palestine, faisant des dizaines de martyrs par les balles de l’occu­pation israélienne et les surenchères turques n’avanceront rien. Ce dont nous avons vrai­ment besoin, c’est un sommet arabe urgent et sérieux qui prenne une décision opposée à la décision américaine et qui déclare Jérusalem capitale de l’Etat palestinien. L’Etat palestinien, qui est reconnu par tous les pays arabes et par la communauté inter­nationale et qui jouit du membership de l’Onu et de toutes ses organisations. Je dis bien Jérusalem et non pas Jérusalem-Ouest. En effet, la décision de Trump ne s’est pas limitée à Jérusalem-Ouest. Il a parlé de Jérusalem sans faire la différence entre la partie occupée en 1948 ou en 1967.

Seule une décision du sommet arabe rendra caduc la décision de Trump, car elle ne lui laissera pas le dernier mot et confirmera que la souveraineté de Jérusalem est encore sujet de conflit et que la décision de Trump n’a pas tranché le différend en faveur d’Israël. Ceci pourra peut-être pousser les autres pays du monde qui ont refusé la décision de Trump d’octroyer le même droit de l’instauration de la capitale aux propriétaires des territoires occupés et non pas aux occupants.

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