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Que s’est-il passé à l’Unesco ?

Lundi, 16 octobre 2017

évaluer la tentative égyptienne de s’octroyer le siège du directeur général de l’Unesco, il est nécessaire de répertorier les enjeux de cette bataille, une bataille que la candidate française a fini par remporter. En effet, les résultats finaux ont été accueillis, au début, avec beaucoup de désarroi, non seulement de la part des Arabes, mais de la France, pays où siège l’Unesco. Et ce, aussi bien au niveau de la presse que de l’Assemblée nationale française. Comment donc Audrey Azoulay, la candidate française, a raflé toutes ces voix émanant de pays qui émettaient des réserves au départ à sa candidature, y compris l’Egypte ? Il faut avoir une idée de la carte des pressions exercées pendant cette bataille électorale qui ont atteint le niveau de chantage politique et évalué la performance égyptienne. De même, il est nécessaire d’analyser ce qu’adviendra dans l’avenir, pour comprendre pertinemment la nature et le rôle qu’endossera l’Unesco dans la prochaine étape. Car ce rôle sera radicalement différent de celui des 7 dernières décennies.

Auparavant, lors des anciennes élections du secrétaire général de l’Unesco, le lobby juif entrait en confrontation directe face à tous les candidats arabes. Mais cette fois-ci, il a changé de tactique sans changer d’objectif, celui d’empêcher tout candidat arabe d’accéder à la direction de l’Unesco. En 2009, l’action du lobby juif avait refusé solennellement le candidat arabe, qui avait pourtant un profil très intéressant à l’époque et qui était l’artiste Farouq Hosni. Mais cette fois-ci, sa stratégie consistait à travailler en catimini. Ce n’est un secret pour personne que le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) avait demandé au président Emmanuel Macron, lorsqu’il était encore candidat à l’élection présidentielle, de soutenir la candidate française aux origines juives, dont le nom était mis en avant par l’ancien président français, François Hollande. Le CRIF avait également demandé à Emmanuel Macron de s’engager à stopper toute sorte d’opposition à l’égard d’Israël et d’alliance avec les Arabes. Ainsi, la candidate française était soutenue fortement par le lobby juif, sans toutefois que ce ne soit fait ouvertement. Lorsque le représentant israélien à l’Unesco, Carmel Shama Hacohen, connu pour son impulsivité, a déclaré à voix haute que les Arabes, à savoir l’Egypte et le Qatar, représentaient une véritable menace à l’Unesco, il s’est ensuite redressé et est revenu sur ses mots.

Le travail du lobby juif a donc changé cette fois-ci. Il consistait à amplifier la force de l’adversaire au lieu de minimiser son importance comme il le faisait autrefois. Nombreux ont été surpris par le nombre de voix raflées par le candidat qatari jusqu’au dernier tour. Ces mêmes personnes n’ont pas réalisé, ni le candidat lui-même, que ces voix sont allées pour le compte de la candidate française. Cela était-il délibéré ? Ces voix ont-elles été dirigées pour accroître le poids du candidat qatari à un certain moment, puis au moment opportun, pour qu’elles aillent à la candidate française ?

La stratégie affirmant la menace du Qatar était composée de 3 volets. D’abord, Doha a été continuellement accusé de recourir aux pots-de-vin politiques. Le magazine Jeune Afrique avait publié la liste des membres qui ont perçu des fonds du Qatar. Ensuite, le Qatar a été accusé d’antisémitisme et enfin, d’être un Etat diffusant le terrorisme islamiste. Le site « Atlantico » avait publié que le candidat qatari appartenait à l’islam extrémiste (ce qui n’est pas vrai d’ailleurs), et qu’il avait rédigé l’introduction d’un livre antisémite. Tout cela est allé de pair avec les déclarations du représentant d’Israël selon lesquelles le Qatar et l’Egypte représentent une menace à l’Unesco.

Tout cela a coïncidé avec le retrait israélien et américain de l’Unesco qui, sans doute, reviendrait au fait que les Etats-Unis et Israël considèrent l’Unesco comme étant contre Israël.

Ainsi, pour la France, être en face d’un pays comme le Qatar serait inéluctablement à son profit. Alors qu’une concurrence avec un pays ayant l’histoire et la civilisation de l’Egypte aurait été plus problématique pour la candidate française.

Alors que la bataille était très serrée, la candidate française a rencontré, à plusieurs reprises, le candidat qatari sans qu’elle ne l’annonce. Alors que le Qatari s’en est vanté sur son compte sur Twitter. Chose qui a beaucoup étonné tous ceux qui ignoraient que la France instrumentalisait le Qatar au profit de sa propre victoire.

Ceci pour dire que la véritable bataille était entre l’Egypte et la France, et que la candidature française voulait essentiellement barrer la route à l’Egypte.

A cela s’ajoutent les efforts déployés par la France en Afrique lui permettant de collecter les voix d’un certain nombre de pays francophones, se souciant peu de la résolution auprès du sommet africain en juillet dernier ayant considéré l’ambassadrice Mouchira Khattab comme la candidate officielle du continent noir. Il était prévenu que les 17 Etats africains membres du conseil exécutif allaient donner leur voix à Khattab. Malheureusement, des 11 voix que l’Egypte avait obtenues au premier tour, 7 ou 10 venaient de l'Afrique. La moitié des délégués africains se sont désengagés de leur promesse au vote secret.

La concurrence entre l’Egypte et la France avait atteint son apogée lorsqu’il fallait choisir entre eux pour faire face au monstre imaginaire fabriqué de toutes pièces par la France pour effrayer le monde. Au cours de ce tour, le Qatar pouvait orienter un grand nombre des 22 voix qu’il a obtenues pour le compte de l’Egypte. Il semble également que la crise entre le Quartette arabe et Doha était le facteur ayant favorisé que ces voix ne se frayent pas un chemin vers l’Egypte. Il était donc tout à fait normal que la concurrence entre la France et le Qatar serait préalablement tranchée pour la France. Peut-être s’agit-il là de la raison essentielle pour laquelle l’Egypte a soutenu la France, pays siège de l’Unesco.

Quant au chantage politique exercé par les Etats-Unis et Israël dans cette bataille menée par l’Egypte avec performance et honnêteté, elle mérite un autre article .

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