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Le rêve palestinien a-t-il été vaincu ?

Dimanche, 10 septembre 2017

Qu’est-il advenu de la cause palesti­nienne ? Cette question a préoccupé les Arabes depuis plus de 70 ans depuis la création de l’Etat hébreu sur les Territoires palestiniens et l’expulsion des habitants qui ont connu les pires massacres à Deir Yassine, à Yafa, à Saasaa et autres. La cause est-elle morte ? Les Arabes sont-ils préoccupés par autre chose après avoir perdu tout espoir en la cause palesti­nienne ? Le Newsweek américain a publié dans son dernier numéro un important article faisant la une disant qu’Israël a enfin triomphé dans sa guerre contre les Palestiniens et qu’il a réussi à vaincre le rêve palestinien. Mais est-ce que c’est vrai ? Est-ce que l’occupation des territoires arabes signifie vrai­ment qu’Israël a triomphé ? Le fait que 50 années se sont écoulées depuis l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem signifie-t-il que le rêve palestinien a été vaincu ?

Il est vrai que l’intérêt arabe pour la cause pales­tinienne a connu un net recul depuis le déclenche­ment des révolutions du Printemps arabe en 2011 en Tunisie, en Egypte et en Libye, depuis le chaos qui sévit en Syrie, en Iraq, au Yémen et en Somalie et depuis la division du Soudan. Les peuples arabes étant préoccupés par leurs soucis internes, Israël a saisi l’occasion pour construire davantage de colo­nies sur les territoires occupés et accélérer les opé­rations de judaïsation de Jérusalem.

Cependant, le magazine américain n’a pas abordé l’intérêt arabe pour la cause palestinienne. Il a plu­tôt mis l’accent sur ce qu’il a appelé la défaite palestinienne. Il a parlé de la division au niveau de la direction entre l’Autorité palestinienne (le Fatah) qui gouverne la Cisjordanie et le Hamas islamique qui gouverne la bande de Gaza. La division qui, selon les propos du magazine, a transformé le conflit israélo-palestinien en un conflit interpalesti­nien. Mais l’apparition d’un conflit politique entre deux ailes palestiniennes signifie-t-elle que le conflit d’existence avec l’occupation militaire israélienne est terminé ?

Il est étrange que la préoccupation des Arabes s’éloigne de la cause palestinienne au moment où le monde a commencé à porter attention à cette cause chronique négligée pendant de longues décennies. Dans l’Occident pro-Israël est apparue une opinion publique antagoniste aux politiques de ses gouver­nements au Moyen-Orient, même au sein des pays alliés d’Israël comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les réseaux sociaux ont largement contribué à libérer l’opinion publique de ces pays de l’emprise des médias traditionnels dominés par un fort lobby juif. L’opinion publique suit désor­mais ce qui se passe dans les territoires palesti­niens. Elle peut témoigner elle-même de l’arro­gance et de la violence des forces d’occupation, ainsi que du racisme et de la discrimination exercés par l’Etat contre les habitants arabes. A titre d’exemple, les colonisations étaient auparavant présentées comme un abri pour les réfugiés juifs sans toit. Mais l’opinion publique occidentale réa­lise désormais que la construction de ces colonies sur les territoires arabes occupés est illégale. Elle suit la violence et le terrorisme qu’exercent les colons contre les habitants de ces territoires, sous la protection de l’Etat de l’occupation. Ainsi, aux Etats-Unis, un appel au boycott des produits en provenance des colonies a été lancé. En réponse, des membres du Congrès ont présenté un nouveau projet de loi incriminant le boycott d’Israël par des individus et des institutions commerciales, avec une peine qui peut atteindre 20 ans de prison et une amende qui peut atteindre un milliard de dollars.

L’Union américaine des droits civils a dénoncé ce projet de loi confirmant qu’il est en contradiction avec la Constitution américaine qui stipule la liberté d’opinion et qui garantit la liberté d’expres­sion pacifique. Cependant, ce projet de loi n’est pas nouveau. Les Etats-Unis adoptent des politiques de boycott aussi bien au niveau officiel qu’au niveau individuel. Les Administrations américaines consé­cutives ont adopté ces politiques pendant des années contre certains pays comme Cuba.

Mais au-delà de la question du boycott, cette proposition de loi survient comme une réaction contre la montée des voix qui soutiennent les droits des Palestiniens aux Etats-Unis. Selon un sondage d’opinion effectué par l’institution Brookings en 2014, 38 % des Américains approuvent l’imposi­tion de sanctions contre Israël à cause de la construction illégale des colonisations sur les Territoires palestiniens occupés. L’année dernière, ce taux a même atteint 46 %. De plus, au sein du Parti démocrate, ce taux est passé de 48 % à 60 %, et la majorité des membres du parti estiment même qu’Israël possède plus d’emprise qu’il ne le faut sur la politique américaine.

Pour ce qui est de l’autre allié d’Israël, la Grande-Bretagne, nous constatons que le mouvement popu­laire de boycott d’Israël ne se limite pas à la construction illégale des colonies sur les Territoires occupés, mais aussi à la question de l’occupation elle-même et l’oppression raciste exercée par Israël contre les Palestiniens. C’est ainsi qu’est apparu depuis des années dans les milieux académiques un puissant courant de boycott des universités et des professeurs israéliens, ainsi qu’un refus de coopéra­tion académique avec Israël. S’est également répandu parmi les intellectuels un puissant courant de critiques d’Israël et de ses politiques racistes. Dans ce contexte, la pièce de théâtre Mon amie est Rachel Corrie, présentée pour la première fois en 2005, sera reproduite au début du mois prochain à Londres. Celle-ci présente cette jeune Américaine qui a trouvé la mort à cause de sa solidarité avec les Palestiniens qui ont refusé de quitter leurs maisons que les bulldozers militaires s’apprêtaient à détruire.

Le journal israélien Haaretz a dernièrement publié que le boycott européen des produits en pro­venance des colonies israéliennes a causé des pertes économiques à Israël atteignant 6 milliards de dol­lars entre 2013 et 2014, et que le volume des pertes prévues cette année pourrait atteindre 9,5 milliards de dollars.

La cause palestinienne n’est pas morte. Elle est encore vivante. Ses partisans augmentent de jour en jour de par le monde, même si les Arabes sont désormais préoccupés par leurs affaires internes.

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