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La politique de Trump en Syrie

Dimanche, 20 août 2017

Le 7e round de négociations de Genève autour de la Syrie a pris fin sans aboutir à rien. Ceci n’est pas étonnant puisque Staffan de Mistura, émissaire de l’Onu pour la Syrie, a lui-même fait cette remarque dans son allocution inaugurale, assurant qu’il fallait cependant poursuivre les négociations par intérim puisqu’il n’y avait pas d’autres solutions. Et en même temps, les pourparlers d’Astana ne semblent pas meilleurs. Il semble donc que seuls les accords bilatéraux entre la Russie et les Etats-Unis sont valables en Syrie.

En effet, l’accord de Hambourg, comme certains l’appellent ou bien l’accord du cessez-le-feu au sud de la Syrie, est respecté au minimum. Et il semble que les Russes font pression sur le régime syrien pour qu’il respecte l’accord afin d’obtenir la confiance du président Trump.

Depuis que Trump est arrivé au pouvoir en janvier dernier, il n’a consacré aucun de ses discours au désastre syrien. Au contraire, ses paroles reflètent une crainte de s’impliquer dans la crise syrienne à cause de sa complication et à cause de l’ingérence russe. C’est pour cela que le président américain a assuré à plusieurs reprises que le plus important était de lutter contre les groupes terroristes comme Daech, Al-Qaëda et autres. Il n’était donc pas étonnant de voir Trump proposer à plusieurs reprises durant sa campagne électorale d’effectuer une coopération avec la Russie afin de mettre fin à la présence des « méchants » en Syrie.

Depuis que Trump est devenu président, la situation est la même qu’en 2016, à part qu’une enquête criminelle a été ouverte concernant ce qui est appelé la complicité entre la Russie et la campagne de Trump et le rôle de la Russie dans les élections américaines de 2016. Ensuite, le ministère de la Justice a nommé Robert Mueller, ex-directeur du FBI, comme conseiller spécial pour diriger l’enquête.

Donc, n’importe quel pas entrepris par Trump envers la Russie peut avoir des résultats contraires au niveau de la politique américaine intérieure. C’est pour cela qu’il tenait à annoncer la conclusion de l’accord sur le sud de la Syrie, même si ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis et la Russie parviennent à un accord autour de la Syrie. Et ce n’est pas non plus la première fois que le cessez-le-feu est annoncé sans durer trop longtemps.

Aujourd’hui, le président Trump veut prouver au public américain que la coopération avec la Russie pour des fins nobles est possible, et cet accord qui sauve les vies en Syrie, comme il l’a écrit sur Twitter, en est le meilleur exemple.

Le recours du gouvernement d’Assad à l’arme chimique à Khan Cheikhoun en février dernier a montré un Trump différent de celui de la campagne électorale. Il est vrai qu’il était obligé d’agir ainsi pour se distinguer de la célèbre ligne rouge de l’ex-président Obama qui n’a exécuté aucune de ses promesses. Et bien que le régime syrien ait dépassé la ligne rouge en août 2013, Obama avait décidé de conclure un accord avec la Russie pour obliger le gouvernement syrien à renoncer à son arsenal chimique en contrepartie de cesser de frapper les sites qui auraient mené à la catastrophe que la Syrie vit actuellement.

Si à l’époque l’Administration d’Obama avait entrepris les procédures nécessaires, il n’y aurait pas aujourd’hui la Syrie divisée, et il aurait été possible de sauver des milliers de Syriens que le gouvernement a tués en ayant recours à l’arme chimique.

Pour ce qui est de l’accord de cessez-le-feu, ce n’est pas le premier, il y en a eu au moins 2 autres entre les Américains et les Russes dans l’objectif d’imposer le cessez-le-feu en Syrie ou dans des régions syriennes déterminées. Et aussi, permettre l’accès des aides humanitaires aux régions de combats ou assiégées. Il est surtout question de l’accord du 27 février 2016, conclu en marge de la Conférence de sécurité à Munich, et de celui du 9 septembre 2016 à Genève, fondé par le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, et l’ex-secrétaire d’Etat américain, John Kerry.

Kerry avait réussi à conclure un accord avec la Syrie autour de l’arrêt des actes répressifs pour que les régions assiégées obtiennent des aides humanitaires conformément à la résolution 2 268 du Conseil de sécurité. Et en même temps pour arrêter le recours du gouvernement syrien à l’arme chimique contre les civils.

L’accord n’avait pas duré longtemps puisque la Russie et les forces syriennes avaient poursuivi leur combat contre l’opposition armée dans les régions dominées par les rebelles sans la présence de Daech ou d’Al-Qaëda comme à Alep-Est. Et en fin de compte, la Russie et les forces syriennes avaient réussi à évacuer tous les combattants et les civils de cette région vers le nord de la Syrie après un combat militaire qui a visé tous les hôpitaux, et le gaz chlore a été employé avec abondance pour obliger les civils à quitter leurs maisons et leurs quartiers.

C’est pour cela qu’il ne faut pas être surpris si le nouvel accord n’est pas exécuté à la lettre, puisqu’il n’existe ni des mécanismes d’exécution ni des sanctions contre ceux qui ont violé l’accord précédent.

Selon Lavrov, le nouvel accord stipule le cessez-le-feu sur toutes les lignes sur lesquelles il y a eu une entente entre le régime syrien d’un côté, et les forces d’opposition armées de l’autre côté.

Il semble que Trump répète les mêmes accords que son prédécesseur avait conclus. Il est donc naturel de le voir réclamer au président français d’établir un plan pour le conflit en Syrie après ses déclarations bizarres concernant le destin du président syrien Assad qui, selon lui, ne serait pas un ennemi du peuple français. Trump est parvenu à la même déduction : le moment n’est pas propice pour se débarrasser d’Assad, il faut plutôt le récompenser pour avoir tué le plus possible de Syriens .

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