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Crise du Golfe : Conflit d'intérêts

Dimanche, 16 juillet 2017

La fin de la crise du Golfe s’im­posera tôt ou tard. Et ce, après des compromis qui seront imposés par les intérêts des différentes par­ties, et du rôle que chacune d’entre elles jouera. Il ne s’agit pas seule­ment des cinq parties directes de la crise, à savoir l’Arabie saoudite, les Emirats arabes, le Bahreïn et l’Egypte face au Qatar. Il s’agit éga­lement des intermédiaires, des alliés et notamment des Etats-Unis ainsi que des trois forces régionales, l’Iran, la Turquie et Israël. Les quatre pays qui ont décidé d’affronter le Qatar ont joué toutes les cartes, comme la fermeture des frontières et des espaces maritimes et aériens avec le Qatar. Ils ne peuvent exercer davantage de pression étant donné que la solution militaire est entière­ment écartée.

Le Qatar a pu résister jusqu’à pré­sent. Mais il déclare maintenant par le biais de son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bin Abdel-Rahmane Al-Thani : « Pas de négo­ciations avant la levée du blocus ». Et d’ajouter dans un entretien avec les journalistes à Doha : « Il convient de préciser à tout le monde que les négociations auront lieu d’une manière civilisée, c’est-à-dire sur des fondements solides et non pas sous des pressions ou sous un embar­go ». Quant à l’ambassadeur qatari à Washington, Mechaal Bin Hamad Al-Thani, il a précisé que le Qatar était passé de la phase de résistance à la phase de l’imposition des condi­tions et de la franchise. Dans un article publié dans le Wall Street Journal, il a écrit que la crise soule­vée avec son pays « n’a aucune relation avec le terrorisme, elle a trait à l’indépendance du Qatar que certains considèrent comme une menace pour eux », accusant Abu-Dhabi de « faciliter le blanchiment des fonds des groupes terroristes ».

Par ailleurs, le Qatar ne cache plus ses relations avec l’Iran, défiant ainsi les autres parties. C’est ce que le ministre qatari des Affaires étran­gères a tenu à confirmer en disant : « Le commerce avec l’Iran n’est pas un crime, selon les critères des pays du Conseil de coopération du Golfe. Tous les pays du Golfe aspirent à de bonnes relations avec l’Iran voisin ». Et d’ajouter que Doha occupe la cinquième place sur la liste du volume du commerce avec Téhéran. Cela signifie donc que le Qatar sera une partie forte dans la détermination des caractéristiques du règlement et que celles-ci ne lui seront pas dictées.

Parallèlement, les autres parties montrent clairement que ce sont leurs intérêts qui détermineront essentiellement leurs positions dans cette crise et que le règlement ne sera que l’expression de leurs intérêts. Les Etats-Unis qui réalisent parfaite­ment l’immensité de leurs intérêts avec tous les pays du Golfe, y com­pris le Qatar, jouent un double jeu. Ils tentent de satisfaire l’Arabie saoudite d’une part, et refusent d’hu­milier le Qatar d’autre part. Alors que le président américain écrit sur Tweeter des paroles réconfortantes pour l’Arabie saoudite, les piliers de son gouvernement et notamment son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, et son secrétaire d’Etat à la Défense, James Mattis, dessinent le règle­ment. Et ce, d’une manière à préser­ver les intérêts américains avec toutes les parties et à accroître son prix pour les pays du Golfe sous la forme d’accords militaires et écono­miques, c’est-à-dire que les Etats-Unis continuent à suivre la politique de « l’usurpation des fonds ».

Il n’est pas étrange que les Etats-Unis agissent de la sorte. Les rôles joués par le Qatar qui semblent maintenant refusés ou criminalisés n’étaient pas tout à fait inconnus pour les Etats-Unis. Il se peut même que le Qatar ait agi en coordination avec les Etats-Unis.

En même temps, la Turquie et l’Iran tentent de tirer profit de leur partie pris pour le Qatar, notamment de consolider leurs projets dans la région. En effet, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammed Javad Zarif, a dévoilé les ambitions de l’Iran lorsqu’il avait déclaré que la résolution de la crise pourrait se réaliser à travers « la création d’un mécanisme permanent pour les consultations, les pourparlers et la résolution des litiges dans notre région ». Ce qui signifie exploiter la crise pour imposer l’Iran comme partie régionalement reconnue dans la gestion des affaires de la région. D’autre part, la Turquie, qui a implanté une base militaire au Qatar, a tenté d’en implanter une autre similaire en Arabie saoudite. Mais le roi Salman Bin Abdel-Aziz a catégoriquement refusé. Cette base militaire a figuré parmi les compromis turcs pour faire pression sur son allié qatari. Par ailleurs, Israël ne s’est pas écarté d’un pouce de son but stratégique d’exploiter la crise du Golfe et la visite du prési­dent américain pour Riyad, pour normaliser les relations avec les pays arabes et pour éliminer tout ce qu’il considère comme des résidus palestiniens qui viennent troubler ces relations. Le Jérusalem Post a clairement dévoilé ces intentions lorsqu’il a écrit : « La déclaration saoudienne, émaratie, égypto-bahreïnie de rompre les relations avec le Qatar offre à Israël une occasion d’or pour changer les balances de force au Moyen-Orient pour son intérêt ». L’article encou­rage également ces quatre pays à considérer le Hamas comme un ennemi commun. Le plus important est que, au beau milieu de cette crise, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, s’est montré optimiste. Il a déclaré que « le règlement était imminent », c’est-à-dire le règlement de la crise palestinienne via la normalisation d’abord avec les Arabes. Mais il a également tenu à confirmer que la crise du Golfe « confirme à tous que le véritable danger n’est pas le sio­nisme, mais le terrorisme », et le terrorisme qu’il entend est la résis­tance palestinienne et l'Iran.

Tout le monde tente de réaliser ses intérêts et d’exploiter la crise du Golfe. Une réalité amère qui impose une question importante : Où sont les intérêts des pays arabes en litige ?.

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